Les effets à long terme de la cigarette électronique

Il n’existe actuellement que très peu d’études quant aux effets potentiels de la nicotine sur la longue durée. De même, son inhalation prolongée, indépendamment de la fumée de cigarette, n’a pas encore été correctement étudiée[1]. La vape peut-elle favoriser la formation de cancers chez l’homme, en modifiant le processus biologique cellulaire[2] ? Impossible aujourd'hui de répondre à cette question, mais les données scientifiques restent jusqu'à présent assez rassurantes.

les effets à long terme de la cigarette electronique

Les risques potentiels

Les recherches sur le rôle de la nicotine dans la formation de tumeurs ont toutefois utilisé des doses plus élevées que celles absorbées par des gros fumeurs, et il convient donc de relativiser le risque posé. C’est notamment le cas d’une étude effectuée sur une durée de 5 ans, dont il ressort qu’aucun lien ne peut pour l’instant être fait entre l’utilisation de produits nicotinés et le cancer[3].

Une étude récente, souvent citée pour confirmer que les cigarettes électroniques ne présentent pas de dangers, précise toutefois dans sa conclusion qu’elles pourraient avoir un risque de promotion des tumeurs moindres en comparaison des cigarettes classiques, et donc représenter une source de dangers minimale[4]. Ceci ne signifie donc pas qu’elles soient inoffensives. Comme c’est bien souvent le cas, les femmes enceintes, les fœtus et les personnes mineures sont les catégories les plus vulnérables, mais il convient de garder à l’esprit qu’elles ne seraient pas absolument sans risques pour les utilisateurs adultes.

À l’heure actuelle, on ignore également les effets de la cigarette électronique sur les voies respiratoires. A court et moyen termes, des études ont montré un effet irritant sur cette zone, ainsi qu’une production accrue de sécrétions pulmonaires en réponse à l’aérosol chez certaines personnes. Il est encore impossible de savoir si ces effets peuvent être néfastes à long terme sur la capacité pulmonaire de l’utilisateur, même si on note une amélioration des symptômes respiratoires chez les individus ayant abandonné la cigarette au profit de la cigarette électronique[5].

A l’heure du bilan

Aujourd’hui encore, aucune étude d'envergure ne permet de connaître les effets de ces liquides et des composants des cigarettes électroniques au-delà de 12 mois[6], même si, comme répété précédemment, le risque est estimé largement moindre en comparaison de celui posé par le tabac. Il est donc important de garder à l’esprit que les cigarettes électroniques peuvent tout de même être nocives pour la santé sur la longue durée. On ignore par exemple si des nitrosamines spécifiques du tabac (NAST, autres que ceux présents dans les feuilles de tabac) se forment durant la production de « vapeur »[7].

En novembre 2017, le médecin Riccardo Polosa publie la première étude[8] de suivi à long terme qui s'intéresse à l'état de santé de nouveaux vapoteurs qui n'ont jamais été fumeurs. Si cette étude a ses limites elle apporte des réponses très rassurantes pour les utilisateurs de vaporisateurs en concluant à l'absence d'effets négatifs sur le long terme.

Les conclusions des principales études se basent sur ce que nous savons actuellement des composants de l’aérosol pour proposer des hypothèses : l’inhalation répétée de particules, d’oxydants et de substances cancérigènes est susceptible d’augmenter les risques de cancer du poumon, de troubles respiratoires et de maladies cardiovasculaires à court et moyen terme. Il y a donc des raisons de penser que ce soit également le cas à long terme. Il s’agit de proportions très réduites en comparaison des risques induits par la consommation de tabac, mais même à des degrés moindres, ils ne peuvent être ignorés, d’autant plus car ces effets prendront du temps avant d’être étudiés.

Références

[1] Royal College of Physicians, Nicotine without smoke, Tobacco harm reduction, 2016, 79.
[2] Inhalateurs électroniques de nicotine, rapport de l’OMS, 21 juillet 2014, 4.
[3] Royal College of Physicians, Nicotine without smoke, Tobacco harm reduction, 2016, 72.
[4] Breheny, Oke, Pant et al., Comparative Tumor Promotion Assessment of e-Cigarette and Cigarettes Using the In Vitro Bhas 42 Cell Transformation Assay, Environmental and Molecular Mutagenesis 58, 2017, 197. Cette étude a été financée et réalisée par le fabricant de cette cigarette électronique spécifique, une multinationale du tabac.
[5] Royal College of Physicians, Nicotine without smoke, Tobacco harm reduction, 2016, 80.
[6] Royal College of Physicians, Nicotine without smoke, Tobacco harm reduction, 2016, 82.
[7] Farsalinos, Gillman, Poulas, et al., Tobacco-Specific Nitrosamines in Electronic Cigarettes, Comparison between Liquid and Aerosol Levels, Int. J. Environ. Res. Public Health, 2015, 12, 9050.
[8] Riccardo Polosa, Fabio Cibella, Pasquale Caponnetto, Marilena Maglia, Umberto Prosperini, Cristina Russo, Donald Tashkin. - Health impact of E-cigarettes: a prospective 3.5-year study of regular daily users who have never smoked. Scientific Reports | 7: 13825 | DOI:10.1038/s41598-017-14043-2

Pour aller plus loin