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Pourquoi la vape est-elle 95 % moins dangereuse que le tabac fumé ?

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Si la majorité des vapoteurs sait que la vape a été officiellement déclarée comme étant « au moins 95 % moins nocive que le tabagisme » par le ministère de la santé britannique, très peu savent en réalité pourquoi. Retour sur les étapes qui l’ont conduit à cette conclusion.

14 critères étudiés

En 2015, le ministère de la santé britannique a officiellement déclaré que le vapotage est « au moins 95 % moins nocif que le tabagisme ». Un point que l’organisation maintenait à la fin de l’année 2018, lors du lancement de sa nouvelle campagne destinée à aider les fumeurs à arrêter le tabac.  Cependant, si la nouvelle s’est rapidement répandue à travers le monde, peu de gens se sont réellement intéressés aux raisons qui ont conduit Public Health England (PHE) à faire cette déclaration. Aujourd’hui, nous vous proposons un résumé des différentes démarches réalisées par l’organisme qui l’ont amené jusqu’à cette annonce.

Un long processus, de nombreuses études

Tout commence au cours de l’année 2014 lorsque que le ministère de la santé britannique commande un rapport [1] destiné à étudier les effets de la vape sur la santé. L’année suivante, après avoir pris connaissance de ses conclusions, il déclare officiellement que « le danger associé à l’utilisation [de ces produits] risque d’être extrêmement faible, et certainement beaucoup plus faible que le tabagisme ». Même son de cloche concernant les risques d’une exposition passive à la vapeur de cigarette électronique (CU), qui sont alors jugés « susceptibles d’être extrêmement faibles ».

Que disait le rapport commandé par PHE ?

Le rapport commandé par le ministère de la santé britannique se compose de 30 pages. Réalisé par le professeur John Britton et le docteur Ilze Bogdanovica, tous deux exerçant au UK Centre for Tobacco and Alcohol Studies de la University of Nottingham, il débute en indiquant dès les premières lignes que « bien qu’il soit prouvé que les cigarettes électroniques contiennent des substances toxiques (…), les concentrations de ces substances sont nettement inférieures à celles des cigarettes classiques ».

La document s’attèle ensuite à expliquer le potentiel de réduction des risques liés au tabagisme que propose la vape. Il indique ainsi que l’un des atouts du vaporisateur personnel est de pouvoir permettre aux fumeurs de conserver leur « identité de fumeur » à l’aide d’un outil de réduction des risques liés au tabagisme, à l’image « non-médicale et socialement acceptable ». Le document note également que depuis l’émergence de la vape au Royaume-Uni en 2007, plusieurs sites parlant de la vape ont vu le jour, alors qu’aucun n’existe à leur connaissance à propos des substituts nicotiniques traditionnels (patchs et gommes à mâcher). Un fait qui démontrerait l’intérêt que suscite la cigarette électronique auprès d’une partie de la population.

Pour les auteurs du rapport, la situation est claire. La vape a « clairement le potentiel de réduire la prévalence du tabagisme au Royaume-Uni ».

Comme l’indique la direction de la santé publique du Royaume-Uni dans son propre rapport [2] publié peu de temps après, « ces conclusions concordent avec un examen effectué par une équipe internationale d’experts, qui a estimé que les risques du vapotage représentent moins de 5 % des risques liés au tabagisme [3] »

Le document stipule qu’elles concordent aussi « avec un examen complet de la littérature pertinente effectué par une autre équipe internationale, qui a conclu [4] que les aérosols de cigarettes électroniques peuvent contenir certaines des substances toxiques présentes dans la fumée de tabac, mais à des niveaux bien inférieurs ».

Là encore, concernant les effets à long terme, si les scientifiques se montrent prudents, ils ne masquent pas pour autant leur positivité. Ils expliquent ainsi que « les effets à long terme sur la santé de l’usage d’une cigarette électronique sont inconnus, mais comparés aux cigarettes, les CU sont susceptibles d’être beaucoup moins, voire pas du tout, nocives pour les usagers ou les passants ».

Quelle méthode scientifique a permis de conclure à la réduction des 95% ?

La recherche ayant désigné la vape comme étant « au moins 95 % moins nocive que le tabagisme » a été réalisée par un groupe d’experts internationaux convoqués par l’Independent Scientific Committee on Drugs (ISCD).

Les experts ont tout d’abord élaboré un « modèle d’analyse décisionnelle multicritères de l’importance relative des différents types d’effets nocifs liés à l’utilisation de produits contenant de la nicotine ». En d’autres termes, les scientifiques ont mis au point un moyen de noter les différents produits contenant de la nicotine, selon le danger qu’ils représentent. La note de 100 étant attribuée au produit le plus dangereux, la note de 0 signifiant que le produit ne représente aucun risque.

Les chercheurs ont ainsi attribué une note générale à chaque produit (12 au total) selon 14 critères de nocivité. 7 relatifs aux dangers pour l’utilisateur du produit, et 7 pour les dangers qu’il représente pour les autres.

À droite, la liste des 14 critères étudiés.

Il est important de savoir que les produits n’ont pas été notés « à la va vite ». La notation attribuée à chaque critère a été pondérée en fonction de l’importance de celui-ci. Ainsi, les critères de santé ont naturellement eu plus de poids dans la note finale, que les critères économiques par exemple.

Une fois ce fastidieux travail réalisé, alors que la cigarette de tabac a reçu une note de 100, la désignant ainsi comme le produit le plus dangereux des 12 étudiés, le vaporisateur personnel s’est vu attribuer une note de 5, soit 95 points de moins.

C’est de cette façon que la vape a alors été reconnue comme étant « au moins 95 % moins nocive que le tabagisme ».

Le tableau récapitulatif des résultats. Le tabac reçoit une note de 100 tandis que la vape se voit attribué le score de 5 seulement.

A retenir : après examen du rapport qu’il a commandé en 2015, ainsi que de toute la littérature disponible concernant la vape, le ministère de la santé britannique indique que le danger associé à l’utilisation d’un vaporisateur personnel risque d’être « extrêmement faible » par rapport au tabagisme. Concernant les effets à long terme, PHE note que bien qu’ils soient inconnus, ils sont susceptibles d’être « beaucoup moins, voire pas du tout nocifs » par rapport à la consommation de cigarettes de tabac. Le vapotage est ainsi déclaré comme étant « au moins 95 % moins nocif que le tabagisme » peu de temps après. Des affirmations renouvelées en 2018.

Formaldéhydes et acroléine

Mais ce n’est pas tout. L’un des autres points sur lesquels s’est penché PHE afin de s’assurer de la réduction des risques liée au tabagisme que propose la vape, concerne la présence de différents produits toxiques dans la vapeur, et plus particulièrement le formaldéhyde ou encore l’acroléine.

La première étude ayant relevé ce phénomène était originaire du Japon, et s’est révélée agir comme un « signal de départ » pour de nombreux autres travaux par la suite. Très largement reprise par les médias du monde entier, elle fut citée pour la première fois au cours de l’année 2014 par le Japan Times [5]. Selon elle, « lors des tests de différentes cigarettes électroniques, l’une a été responsable d’émissions de formaldéhydes 10 fois supérieures aux cigarettes de tabac ».

Comme l’explique PHE dans son document, et comme l’article de presse lui-même le précise, ces émissions de produits toxiques ne se sont produites que lorsque l’e-liquide était « surchauffé ».  L’organisme ne manque pas non plus de rappeler qu’au moment de toute cette agitation médiatique, l’étude en question n’avait même pas encore été publiée.

De très faibles émissions de produits toxiques lorsqu’un vaporisateur personnel est utilisé normalement

Quelques mois plus tard, en janvier 2015, une recherche similaire [6] voyait le jour. Selon ses conclusions, lors de l’utilisation d’un vaporisateur personnel de 3e génération ( N.D.L.R : à puissance variable), le taux de formaldéhydes retrouvé dans l’aérosol d’une cigarette électronique était « 5 à 15 fois supérieur à celui d’une cigarette de tabac, lorsque le vaporisateur personnel était utilisé à puissance maximale, pendant 3 à 4 secondes », provoquant de ce fait un dry hit.

Comme le rappelle une nouvelle fois PHE, outre le fait que ces résultats aient été obtenus par des machines à fumer, aucun vapoteur ne prend de bouffées aussi longues, ni à une telle puissance. De plus, lorsque l’utilisateur d’une cigarette électronique « vape un dry hit », il recrache instinctivement la vapeur à cause de son goût insupportable. Un goût que les machines à fumer ne détectent pas. De ce fait, bien que la présence de ces substances toxiques soient indéniables dans le cas d’une surchauffe du e-liquide, aucun vapoteur ne les inhalera à répétitions.

Impossible de vaper en dry hit permanent

Quelques mois plus tard, ces affirmations ont été confirmées par une étude [7] réalisée par le professeur Farsalinos. En effet, durant sa recherche, le scientifique a reproduit les conditions d’utilisation du vaporisateur personnel, dans lesquelles ces hauts niveaux de formaldéhydes avaient été détectés. Selon ses conclusions, aucun des vapoteurs présents n’a pu vaper dans les mêmes conditions que les machines à fumer. Tous ont été forcés de recracher la vapeur à cause des dry hits provoqués. Cependant, dans le cadre d’une utilisation normale, aucun ne s’est plaint et les niveaux de produits toxiques alors présents dans les aérosols étaient « absents ou négligeables ».

Même son de cloche concernant l’acroléine puisqu’une autre recherche scientifique [8] a révélé que les vapoteurs possédaient « des niveaux bien inférieurs d’acroléine et de crotonaldehyde dans leurs urines, comparés aux fumeurs de tabac ».

À retenir : un vaporisateur personnel ne produit des niveaux de formaldéhydes plus élevés qu’avec le tabagisme, que lorsqu’il est utilisé dans de mauvaises conditions. Dans le cadre d’une utilisation normale, la vapeur produite par une cigarette électronique contient des taux de produits toxiques « absents ou négligeables ».

Vapotage et problèmes pulmonaires

Une autre des études majeures [9] ayant relevé des problèmes de santé causés par la cigarette électronique a été réalisée en février 2015. Consistant à enfermer des souris dans une boîte afin de les exposer à l’aérosol d’une cigarette électronique, ses conclusions étaient que la vape provoque « des inflammations et des infections des poumons, et même un cancer ».

Pour PHE, il y a de nouveau plusieurs problèmes concernant cette étude.

Le premier est que le vaporisateur personnel est un outil de réduction des risques liés au tabagisme. Ainsi, toute étude cherchant à mettre en lumière des problèmes causés par la vape, doit l’être en comparant lesdits problèmes causés par le tabagisme. Ce que cette étude n’a pas fait.

Le second problème est que le groupe de souris ayant été exposé aux vapeurs de cigarettes électroniques était « beaucoup plus stressé » que le groupe de contrôle. Le stress affectant les « réponses bactériennes et virales », une fois encore, les résultats de l’étude sont faussés aux yeux des scientifiques du Royaume-Uni.

De plus, étant donné l’enfermement subit par les souris étudiées, « les animaux ont également souffert d’empoisonnements répétés à la nicotine ». Le ministère de la santé du Royaume-Uni explique ainsi que la perte de poids accélérée, l’immunité réduite et la mort précoce des animaux « étaient beaucoup plus susceptibles d’être le résultat d’un stress prolongé et d’un empoisonnement à la nicotine que d’une exposition aux radicaux libres ». Radicaux libres qui, selon l’étude en question, étaient bien présents dans l’aérosol de cigarette électronique, mais « à des niveaux 1 000 fois plus faibles que dans les cigarettes de tabac ».

Que sont les radicaux libres ?

Les radicaux libres, ou free radicals en anglais, sont des molécules instables et hautement réactives.

Pour faire simple, l’oxygène dans le corps se divise en atomes simples accompagnés d’électrons non appariés. Le problème est que les électrons aiment fonctionner par paires, ainsi, ceux étant isolés (d’où leur nom radicaux libres) « piègent » le corps humain afin de chercher d’autres électrons avec qui former une paire. Un processus endommageant les cellules, l’ADN ainsi que les protéines.

Présents en très grande quantité dans la fumée de cigarettes, les radicaux libres font partie des molécules les plus dangereuses. Elles sont notamment reconnues responsables de causer divers cancers, maladies cardiovasculaires et autres vieillissements cutanés.

La même année, une autre étude [10] révélait des résultats similaires. Toutefois, comme l’indique le ministère de la santé britannique, « une fois encore, aucune comparaison avec le tabagisme n’a été faite ».

A retenir : actuellement, les seuls symptômes avérés [11] lors de l’utilisation d’un vaporisateur personnel sont une irritation locale de la bouche ainsi que son assèchement. Concernant les voies respiratoires, une recherche [12] a révélé une amélioration de la condition de patients fumeurs atteints d’asthme. Une autre étude [13] n’a quant à elle révélé aucun effet significatif sur le corps humain suite à l’utilisation d’une cigarette électronique pendant 1 an et demi.


Voir les références
[1] Britton, J. and I. Bogdanovica, Electronic cigarettes : A report commissioned by Public Health England.London : Public Health England, 2014 [2] McNeill A, Brose LS, Calder R, Hitchman SC, Hajek P, McRobbie H : E-cigarettes : an evidence update – A report commissioned by Public Health England, 2015 [3] Nutt, D.J., et al., Estimating the harms of nicotine-containing products using the MCDA approach.European addiction research, 2014. 20(5): p. 218-225 [4] Hajek, P., et al., Electronic cigarettes: review of use, content, safety, effects on smokers and potential for harm and benefit.Addiction, 2014. 109(11): p. 1801-1810 [5] The Japan Times. E-cigs pose much higher cancer risk than thought: Japanese study.28 November 2014 [6] Jensen, R.P., et al., Hidden Formaldehyde in E-Cigarette Aerosols.New England Journal of Medicine, 2015. 372(4): p. 392-394 [7] Farsalinos, C., E-cigarette aerosols generates high levels of formaldehyde only in ‘dry puff’ conditions.Addiction, (in press) [8] Hecht, S.S., et al., Evaluation of toxicant and carcinogen metabolites in the urine of e-cigarette users versus cigarette smokers.Nicotine & Tobacco Research, 2014: p. ntu218 [9] Sussan, T.E., et al., Exposure to Electronic Cigarettes Impairs Pulmonary Anti-Bacterial and Anti-Viral Defenses in a Mouse Model.PLoS One, 2015. 10(2): p. e0116861 [10] Lerner, C.A., et al., Vapors produced by electronic cigarettes and e-juices with flavorings induce toxicity, oxidative stress, and inflammatory response in lung epithelial cells and in mouse lung.PLoS One, 2015. 10: p. e0116732 [11] Hajek, P., et al., Electronic cigarettes: review of use, content, safety, effects on smokers and potential for harm and benefit.Addiction, 2014. 109(11): p. 1801-1810 [12] Polosa, R., et al., Effect of smoking abstinence and reduction in asthmatic smokers switching to electronic cigarettes: evidence for harm reversal.Int J Environ Res Public Health, 2014. 11(5): p. 4965-4977 [13] McRobbie, H., et al., Electronic cigarettes for smoking cessation and reduction.Cochrane Database Syst Rev, 2014. 12: p. CD010216

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