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France : le CNCT demande l’interdiction des arômes pour la cigarette électronique

Mis à jour le 3/03/2023 à 12h49
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L’organisme a conduit une vaste enquête sur 2 ans qui la pousse à réclamer l’interdiction de tous les arômes autre que celui du tabac.

L'interdiction des arômes dans la cigarette électronique

Une interdiction des arômes serait catastrophique pour l’efficacité de la cigarette électronique dans le sevrage tabagique.

L’expertise des vape shops reconnue, et pourtant…

Le vapotage sera-t-il un jour reconnu à sa juste valeur ? En tout cas, pas aujourd’hui. Ce lundi 13 février marque la publication d’une étude (au format PDF) réalisée par le Comité national contre le tabagisme (CNCT), qui s’est déroulée entre les années 2020 et 2022, autour de 4 axes :

  • Un observatoire empirique mensuel.
  • Une enquête « client mystère » sur un panel représentatif des lieux de vente.
  • Une analyse de la promotion dans la presse professionnelle.
  • Une enquête auprès des vendeurs.

Dans ses conclusions, l’organisme recommande de « limiter au maximum la mise sur le marché de nouveaux produits de la nicotine conçus comme de nouvelles portes
d’entrée dans l’addiction nicotinique voire tabagique », de « faire interdire les cigarettes électroniques jetables et inclure des critères environnementaux dans les autorisations de mise sur le marché », mais également de « supprimer tous les arômes autre que l’arôme tabac »

Les produits de l’enquête

L’enquête a suivi plusieurs produits en particulier, allant du tabac chauffé avec l’IQOS de Philip Morris International (PMI), aux cigarettes électroniques avec VEEV (PMI), VUSE de British American Tobacco (BAT) et Blu (Imperial Brands), en passant par les Puffs ou encore les sachets de nicotine, notamment les marques Aroma King et Velo (fabriquée par BAT pour cette dernière). 

Les lieux de vente 

Magasin de tabac

Les buralistes seraient réticents à vendre des cigarettes électroniques traditionnelles par manque de connaissances et de temps à consacrer aux clients.

Le premier point auquel l’étude s’attaque concerne les points de vente. Un total de 615 visites mystères auraient été réalisées dans toute la France métropolitaine. Deux tiers dans des bureaux de tabac (415) et le dernier tiers dans des boutiques spécialisées (200). 

Sur place, si la publicité pour les produits du tabac serait bien respectée, ce ne serait pas le cas concernant les boutiques de vapotage dont 95 % ne respecteraient pas la législation en matière de publicité pour les produits de la vape. 

« Le suivi au long cours d’un large panel de lieux de vente souligne la permanence d’un phénomène publicitaire d’ampleur, le plus souvent illicite pour les nouveaux produits du tabac (tabac chauffé) ainsi que pour les produits du vapotage et les autres produits de la nicotine, comme les sachets de nicotine », note le rapport. 

Le document réalisé par le CNCT contient plusieurs photos prises sur des points de vente, décrites comme étant des « exemples de publicités illicites »

Sur les 23 photos jointes au rapport, 16 concernent des produits de l’industrie du tabac, 6 des Puffs, et 1 concerne des sachets de nicotine. Nulle trace de la moindre publicité pour des cigarettes électroniques fabriquées par des marques indépendantes de Big Tobacco (hormis les Puffs, que nous ne comptons pas dans la catégorie des cigarettes électroniques traditionnelles).

La publicité en ligne a également été observée. Selon le CNCT, là encore, elle ne respecterait pas la loi, notamment sur les réseaux sociaux, et particulièrement sur Instagram, où plusieurs influenceurs faisaient la promotion de produits du vapotage. Une fois de plus, tous les exemples inclus à l’enquête concernent des appareils fabriqués par l’industrie du tabac… 

La presse professionnelle 

Pour cette partie de son enquête, la CNCT a consulté plusieurs magazines :

  • La Revue des tabacs.
  • Le Losange.
  • E-Cig Mag.
  • Ultimate Vape.

On notera que le Vaping Post magazine (ou anciennement PGVG magazine), qui refuse historiquement les publicités en provenance de l’industrie du tabac, ne fait pas partie de cette liste.

Au cours de la période étudiée, le comité a référencé un total de 1 154 publicités parues au travers de 66 numéros de la Revue des tabacs et du Losange

Sur toutes ces publicités, 57 % concernaient des produits du tabac et du vapotage. Plus précisément, 21 % correspondaient à des produits de la vape, et 8 % à des produits du tabac chauffé. 

Là encore, selon les chiffres du CNCT, la publicité serait largement dominée par l’industrie du tabac, qui aurait dépensé plus de 6,5 millions d’euros en promotion au cours de la période étudiée. 

« Les annonceurs restent prioritairement les fabricants de tabac qui intègrent cette communication dans le cadre de leur stratégie d’ensemble de marketing, articulée avec leur communication digitale et les publicités déployées dans les lieux de vente », souligne l’enquête dans ses conclusions. 

Les buralistes et tenanciers de vape shops

Vape shop

Les vendeurs de boutiques spécialisées posséderaient de solides connaissances techniques.

Le Comité national contre le tabagisme a également conduit des entretiens destinés à étudier les perceptions des vendeurs sur les différents types de produits, leur rôle dans le sevrage tabagique, et l’intérêt de la publicité au sein du lieu de vente. Selon le CNCT, de grandes disparités existent les buralistes et les propriétaires de vape shops. 

Tandis que les buralistes seraient « plus favorables » aux systèmes fermés de type Pods et Puffs, mais également au tabac chauffé, ils seraient beaucoup plus réticents concernant les cigarettes électroniques « qui exigent plus de connaissances techniques et de conseils aux clients »

Les vendeurs en vape shops, quant à eux, valoriseraient les cigarettes électroniques classiques, « domaine dans lequel ils ont développé une certaine expertise technique, également reconnue par les buralistes ». S’ils seraient assez ouverts concernant les Pods à système ouvert, ils se seraient aussi montrés beaucoup plus critiques au sujet des Pods à système fermé, des Puffs, et du tabac chauffé. Une partie des interrogés réclameraient même une interdiction des Puffs. 

« Le déclin du marché des produits traditionnels de tabac a conduit les buralistes à s’intéresser aux nouveaux produits à la nicotine essentiellement. Ils sont fortement sollicités par les multinationales du tabac pour promouvoir leurs propres produits que ce soit les cigarettes électroniques comme le tabac à chauffer.

Dans le réseau des magasins spécialisés, les vendeurs affichent une préférence pour les cigarettes électroniques classiques, qui restent leur cœur de métier. L’utilisation de sels de nicotine dans la composition des puffs et des pods inquiète davantage ces vendeurs, qui connaissent mieux la cinétique de la nicotine et voient ici une source massive d’initiation à la dépendance nicotinique (…) Plus qualifiés que ceux des autres réseaux sur le plan technique, les vendeurs des magasins spécialisés sont les plus impliqués dans l’accompagnement du sevrage tabagique, mais sont divisés sur la certification qui serait nécessaire pour formaliser cette activité », note l’enquête. 

Les recommandations du CNCT

Cette enquête a conduit le Comité national contre le tabagisme à formuler plusieurs recommandations, dont certaines qu’il estime mériter d’être particulièrement mise en avant :

  • L’interdiction des arômes autre que celui du tabac pour l’ensemble des produits contenant de la nicotine.
  • Un meilleur encadrement de la vente de ces produits.
  • Une révision approfondie de la réglementation des nouveaux produits de la nicotine, mais également de la nicotine en tant que telle. 

Pour rappel, plusieurs études (1, 2, 3, 4) ont démontré l’importance du rôle des arômes dans les produits de la vape pour la réussite du sevrage tabagique. Leur interdiction empêcherait tout simplement de nombreux fumeurs d’arrêter de fumer grâce à la cigarette électronique. Elle pourrait même conduire certains vapoteurs actuels à retourner au tabagisme.


(1) L’enquête réalisée par le fabricant de Pods Juul
(2) Russell, Christopher, et al. “Changing Patterns of First e-Cigarette Flavor Used and Current Flavors Used by 20,836 Adult Frequent e-Cigarette Users in the USA.” Harm Reduction Journal, BioMed Central, 28 June 2018, https://doi.org/10.1186/s12954-018-0238-6
(3) L’enquête réalisée par l’IEVA
(4) Farsalinos, K.E.; Romagna, G.; Tsiapras, D.; Kyrzopoulos, S.; Spyrou, A.; Voudris, V. Impact of Flavour Variability on Electronic Cigarette Use Experience: An Internet Survey. Int. J. Environ. Res. Public Health 2013, 10, 7272-7282. https://doi.org/10.3390/ijerph10127272

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Une réponse à “France : le CNCT demande l’interdiction des arômes pour la cigarette électronique”

  1. Il me semble que le risque d’interdiction des arômes est sous-estimée par la profession (ou au moins les instances représentatives). Elles devraient mobiliser leur base pour organiser un mouvement de défense de la vape, incitant à adhérer au CNCT, seul moyen d’obtenir un changement de stratégie de cette association.