La cigarette électronique donne-t-elle le cancer ?

Comparée aux produits du tabac, la cigarette électronique, développée au début du 21e siècle, est un phénomène nouveau et fréquemment mentionné dans les médias. Il en résulte une certaine confusion dans la population, comme le montre une série de sondages menés récemment.

En 2015, au Royaume-Uni, près de 20% des personnes interrogées la considéraient aussi dangereuse pour soi qu’une cigarette traditionnelle [1]. Aux Etats-Unis, 82% des sondés estimaient en 2010 qu’elle était moins nocive que le tabac, contre seulement 51% en 2014 [2]. Dans le cadre d’une enquête européenne, 55 % des répondants en 2017 considèrent que la cigarette électronique est nuisible [3]. Nous allons ici tenter d’examiner la question des risques réels posés par la cigarette électronique pour la santé, en particulier le cancer, en se basant sur les études scientifiques les plus récentes et les plus pertinentes.

Composition d’une cigarette électronique

Les cigarettes électroniques peuvent varier dans leur poids et leur taille, mais elles sont toutes composées d’une batterie, d’un réservoir, et d’une résistance. Elles fonctionnent comme un vaporisateur, et permettent à l’utilisateur d’inhaler de la nicotine en chauffant un liquide (contenu dans le réservoir) composé de propylène glycol, de glycérine végétale, d’eau, de nicotine, et le plus souvent, d’arômes. Nous abordons plus loin la composition d'une cigarette électronique.

Le liquide chauffé est transformé en aérosol, communément appelé « vapeur », et visuellement similaire à la fumée d’une cigarette, bien qu’il ne contienne pas de tabac. Contrairement à la cigarette classique, le liquide ne s’allume pas par combustion, et ne génère donc pas de fumée. Ce dernier élément est une différence fondamentale entre la cigarette électronique et la cigarette traditionnelle, puisque combustion et fumée sont à l’origine des trois principales causes de mortalité due au tabagisme (cancer des poumons, insuffisances respiratoires, maladies cardiovasculaires) [4].

Les ingrédients des e-liquides

Il convient à présent de se pencher plus en détail à la vapeur produite par le e-liquide et qui est inhalée par l'utilisateur. La question des ingrédients des e-liquides est très présente dans la population et il est légitime de s'y intéresser. Ses composants de base ne changent pas, mais il existe une multitude de goûts disponibles sur le marché. Parmi les plus répandus, on peut citer les arômes de fruits, de desserts, de boissons, ou encore ceux qui imitent le goût du tabac. Ces derniers sont particulièrement populaires auprès des utilisateurs ayant récemment arrêté de fumer [5], et qui cherchent à reproduire la sensation procurée par la cigarette traditionnelle, tout en réduisant les risques liés à sa consommation.

Les nitrosamines spécifiques du tabac

La majorité des liquides contenant des arômes de tabac sont issus de l’industrie agro-alimentaire ou de la parfumerie, et quelques compagnies produisent des extraits de tabac à partir de macération de plantes. Ces derniers peuvent présenter des taux plus élevés de substances potentiellement dangereuses que les autres liquides, c'est par exemple le cas des nitrosamines spécifiques au tabac. Toutefois, il s’agit toujours de mesures nettement plus basses que celles trouvées dans les cigarettes classiques, car contrairement à ces dernières, les liquides sont transformés en vapeur par la cigarette électronique, et ne produisent donc ni combustion ni fumée.

Métaux, particules et céramiques

Au-delà des risques éventuels posés par les liquides, les cigarettes électroniques sont fabriquées à partir de métaux, de céramiques et de caoutchoucs, dont des particules peuvent s’ajouter à l’aérosol produit par l’utilisateur [6], et pénétrer ses poumons. Les particules métalliques semblent être généralement limitées à des taux négligeables [7], mais le degré de toxicité des autres composants n’est pas clairement établi, pourrait s’avérer cancérogène, et être également la source de maladies cardiovasculaires ou respiratoires.

Une étude en particulier présente des niveaux de métaux plus élevés dans certaines émissions de cigarettes électroniques que dans la fumée traditionnelle [8]. On notera que les modèles testés dans cet article (2013) sont d’une qualité et d’une technologie inférieures en comparaison des cigarettes électroniques disponibles aujourd’hui. Toutefois, les réactions chimiques dues à la chauffe des liquides peuvent engendrer la formation de nouveaux composants potentiellement dangereux, comme c’est le cas avec la fumée des cigarettes classiques [9]. Ces risques sont réels, mais répétons qu’ils restent toutefois limités par la présence très faible de substances toxiques, entre 9 et 450 fois plus basses que dans la cigarette conventionnelle selon les modèles [10].

Les dangers de la cigarette électronique

En comparaison des dangers inhérents à la cigarette traditionnelle, il apparaît clair que la version électronique est nettement moins nocive. Ceci est vrai non seulement car il s’agit de « vapeur » et non de fumée, mais également car les substances qu’elle contient sont dans des quantités moindres, voire négligeables [11]. Toutefois si l'on pose la question des dangers de la cigarette électronique, il est impossible aujourd’hui d’affirmer que la cigarette électronique est véritablement sans danger. Pas nécessairement car elle est toxique, mais à cause d’un manque de données, du fait de sa « jeunesse ».

L’insuffisance des données explique d’ailleurs que certains travaux se contredisent mutuellement. La conclusion d’une étude de 2012 soutient par exemple que la cigarette électronique n’aurait pas d’influence sur la tension artérielle et le cœur humain, alors qu’une recherche de 2013 démontre le contraire [12]. Ces contradictions ne découlent pas nécessairement du fait qu’un article est plus récent qu’un autre, mais également de l’offre, toujours grandissante, et de qualité variable, des modèles de cigarettes électroniques et de liquides disponibles sur le marché. Pour bien comprendre les enjeux aujourd’hui, il est donc nécessaire de prendre en compte la diversité des recherches sur le sujet.

Les effets sur le long terme

Les cigarettes électroniques ont jusqu’ici été discutées dans une perspective actuelle, mais il faut également considérer les conséquences de leur emploi sur une longue durée. Leur usage n’est pas exempt de risques, en particulier car aucune recherche sur les effets à long terme n’est disponible aujourd’hui.

Le propylène glycol n’est par exemple pas considéré comme dangereux s’il est ingéré, mais des études le soupçonnent d’être potentiellement toxique s’il est inhalé à répétition. De même, les effets de la glycérine végétale sur la longue durée restent inconnus [13]. La cigarette électronique est généralement admise comme 95% moins nocive que la cigarette et sa fumée, mais l’usage régulier des arômes présents dans certains liquides explique le 5% de risques résiduels sur le temps long [14].

Les dernières études sur la cigarette électronique et le cancer

Une étude italienne [15] a évalué en 2017 le risque de cancer associé aux microparticules présentes dans la vapeur d'une cigarette électronique. Les commentaires qui en découlent permettent d'estimer que le risque cancérigène de la cigarette électronique face au tabac fumé est de 57 000 fois inférieur.

Références

[1] Public Health England, E-cigarettes: an evidence update, 2015, 59.
[2] Public Health England, E-cigarettes: an evidence update, 2015, 79.
[3] https://fr.vapingpost.com/eurobarometre-2017-55-des-europeens-estiment-le-cigarette-nocive/
[4] Royal College of Physicians, Nicotine without smoke, Tobacco harm reduction, 2016, 5.
[5] Farsalinos, Gillman, Melvin et al., Nicotine Levels and Presence of Selected Tobacco-Derived Toxins in Tobacco Flavoured Electronic Cigarette Refill Liquids, Int. J. Environ. Res. Public Health, 2015, 12, 3440.
[6] Czogala, Goniewicz, Fidelus et al., Secondhand Exposure to Vapors From Electronic Cigarettes, Nicotine & Tobacco Research, Volume 16, Number 6655, 2014, 656.
[7] Farsalinos, Voudris, Poulas, Are Metals Emitted from Electronic Cigarettes a Reason for Health Concern? A Risk-Assessment Analysis of Currently Available Literature, Res. Public Health, 2015, 12, 5216.
[8] Williams, Villareal, Bozhilo et al., Metal and Silicate Particles including Nanoparticles are present in Electronic Cigarette Cartomizer Fluid and Aerosol, PLoS ONE, March 2013, 5.
[9] Goniewicz, Knysak, Gawron, et al., Levels of Selected Carcinogens and Toxicants in Vapor from Electronic Cigarettes, Tobacco Control, March 2014, 3.
[10] Goniewicz, Knysak, Gawron, et al., Levels of Selected Carcinogens and Toxicants in Vapor from Electronic Cigarettes, Tobacco Control, March 2014, 2.
[11] Royal College of Physicians, Nicotine without smoke, Tobacco harm reduction, 2016, 83.
[12] Farsalinos et al., 2012, vs. Vansickel and Eissenberg, 2013, cité dans http://www.stop-tabac.ch/fr/un-point-sur-la-recherche
[13] http://www.stop-tabac.ch/fr/decryptage-des-e-liquides
[14] Public Health England, E-cigarettes: an evidence update, authors’ note, 2015.
[15] Mauro Scungio,Luca Stabile,Giorgio Buonanno. Measurements of electronic cigarette-generated particles for the evaluation of lung cancer risk of active and passive users. Journal of Aerosol Science. doi.org/10.1016/j.jaerosci.2017.10.006

Pour aller plus loin :

Récemment dans l'actualité

La revue Tobacco Control publie une étude du Docteur Stephens de l’Université de St Andrews en Ecosse. Lire l'article : Cigarette électronique : 1% de risque de cancer face au tabac