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Comment acheter un médecin pour vendre des cigarettes électroniques

Keith Ablow, membre de l'équipe médicale de la chaine Fox News, parle de la cigarette électronique sans rien y connaitre.

Keith Ablow, membre de l’équipe médicale de la chaine Fox News, parle de la cigarette électronique en se frottant les mains.

Les campagnes de désinformation des groupes anti-tabac sont nombreuses aujourd’hui à se dresser contre la cigarette électronique. Les arguments classiques peuvent être par exemple la fameuse histoire de l’antigel ou du pied à l’étrier pour les jeunes. Mais de l’autre côté de la barrière, les personnes ayant des intérêts financiers dans l’industrie de l’e-cigarette ne font parfois pas mieux que leurs opposants.

Dernier article en date, le petit discours désintéressé d’un certain Keith Ablow sur le site de Fox News (Etats-Unis) au sujet de la cigarette électronique. Keith Ablow est un psychiatre charismatique qui vend ses services à l’américaine via des livres aux titres révélateurs, comme « vivre la vérité » ou encore les « 7 révélations qui vont changer votre vie ».

En dehors du manque cruel de crédibilité du personnage quand il parle de psychologie, il est intéressant de noter qu’il parle de la cigarette électronique sur le site de la chaine Fox News, considérée par beaucoup comme un média de propagande conservatrice.

Fondée par le célèbre Rupert Murdoch, la chaine Fox news, qui se veut « honnête et équilibrée » est très souvent analysée par les critiques comme le reflet d’une Amérique profonde, chrétienne et bien pensante. Difficile alors d’imaginer que la cigarette électronique ait une bonne place là bas. Or voici ce que dit Ablow, membre de l’équipe médicale de la chaine, à propos de la cigarette électronique :


Début des propos de Keith Ablow

La cigarette électronique semble fonctionner, aussi bien psychologiquement que physiquement

Étant donné que bon nombre de mes patients ont affirmé avoir utilisé les cigarettes électroniques pour arrêter de fumer avec succès, je recommande désormais ce produit à tous ceux qui ont essayé d’arrêter du jour au lendemain, en vain.

Et je crois que le temps est venu pour que d’autres médecins en fassent autant.

Les cigarettes électroniques sont composées d’un embout, qui contient un liquide (dont la nicotine), un atomiseur (qui chauffe le liquide et le transforme en vapeur), d’une batterie et d’un indicateur lumineux LED qui s’allume comme le bout d’une cigarette allumée.

Alors que les premières versions de la cigarette électronique remontent à 1963, avec un brevet délivré à l’inventeur Herbert Gilbert, les versions modernes des e-cigarettes, qui sont la base de grands noms de l’industrie comme Logic et Blu, ont été introduites au début de ce siècle.

La raison évoquée par mes patients et pour laquelle les cigarettes électroniques sont plus efficaces que les patchs ou les gommes à la nicotine est qu’elles simulent l’acte de fumer, mais pas parfaitement.

Elles sont assez bonnes pour substituer les vraies cigarettes mais pas assez pour devenir une dépendance en soi. Par analogie, dans le domaine de la dépendance alimentaire, c’est comme si un aliment pauvre en calorie vous remplit assez pour vous empêcher de vous goinfrer de sucreries et met une certaine distance avec cette dépendance, mais devient par la suite vite oublié car il n’est pas si alléchant.

Bien entendu, il est impératif que la cigarette électronique soit une imitation assez convaincante. Et, à ce propos, Logic semble avoir un léger avantage psychologique compte tenu de ce que me disent mes patients au sujet d’une expérience de la cigarette très réaliste, mais pas trop, comme indiqué ci-dessus.

De manière intéressante, la marque Logic semble être la plus vendue à New York, peut-être en raison de ces facteurs.

Il existe à n’en pas douter une polémique au sujet du danger ou non des cigarettes électroniques. Les critiques font remarquer qu’elles contiennent, bien sûr, de la nicotine (c’est là toute l’idée après tout). Et les critiques ont également trouvé d’autres substances dans la vapeur dégagées par les cigarettes électroniques, voire même des substances cancérigènes, mais en quantité si infime que les partisans de ce produit prétendent qu’elles n’auraient aucun effet néfaste sur le bien-être.

Une chose sur laquelle personne ne semble discuter au sujet des cigarettes électroniques, aussi bien chez Logic que chez Blu ou toute autre grande marque, est qu’elles sont loin d’être aussi dangereuses que les cigarettes conventionnelles. Logic affirme que son produit évite d’utiliser 4.000 toxines que l’on trouve dans les vraies cigarettes.

Compte tenu de mon expérience et de celle de nombreux médecins avec lesquels j’ai discuté, il semblerait que le moment est propice pour conduire des essais cliniques à grande échelle dans lesquels les patients qui fument se verraient donner des cigarettes électroniques par leur médecin, encouragés à les utiliser puis interrogés sur leur consommation de tabac au cours de semaines, mois et années suivantes.

Si les résultats obtenus sont en faveur de ce produit, alors il serait peut-être sage de la part des compagnies d’assurance maladie d’offrir gratuitement les cigarettes électroniques aux fumeurs. Je parie qu’elles économiseraient beaucoup d’argent à terme, suite aux coûts liés aux traitements des maladies cardiaques et des cancers.


Fin des propos de Keith Ablow

Après avoir bien informé le consommateur, le médecin passe à la caisse

Carmen Electra s'électrise quand il s'agit de tirer sur une ecig de la marque Logic.

Carmen Electra s’électrise quand il s’agit de tirer sur une ecig de la marque Logic.

On le voit très vite, cet article est une publicité pour les marques Logic et Blu. On connaissait la campagne « Rise from the ashes » de Blu, mais la marque Logic restait pour moi inconnue. La photo de Carmen Electra trouvée sur le site du vendeur, dans la rubrique “à propos”, donne très vite le ton.

Blu Cigs et Logic semblent avoir bien arrosé notre médecin, je ne serais pas surpris de voir bientôt sa photo avec une blonde à gros seins sur l’une des pages Facebook de ces deux marques.

Cet article sur Fox News montre que l’industrie de la cigarette électronique semble malheureusement reprendre les schémas déjà utilisés par les cigarettiers de l’époque en débauchant stars de cinéma et scientifiques véreux. L’argent a malheureusement toujours le dernier mot et tout est bon pour convaincre le client. Les stars de cinéma qui affichent des marques sans retenue c’est un fait courant, mais c’est la première fois que je vois un médecin en faire autant.

En dehors du côté mercantile bien gras qui dégouline de cet article, selon moi Ablow a raison sur deux points :

  • La cigarette électronique est aussi efficace car elle imite le geste de fumer et qu’elle maintient le marqueur nicotinique dans le comportement.
  • Les premiers brevets déposés aux Etats-Unis datent bien de 1963

Mais il a tort de dire qu’elle ne provoque pas de dépendance pour l’utilisateur. Dans mon cas je sais très bien que j’ai remplacé une addiction par une autre. Le niveau de cette dépendance est sans doute différent et à priori plus faible si j’en crois mes premières envies matinales, mais l’attachement que j’ai pour le substitut est très fort, je ne vais pas le cacher.

Comparer ensuite la cigarette électronique à des aliments allégés en calories qui, au final, se font oublier car ils ne sont pas si satisfaisants, reste une analogie très limite à mon sens. Manger du chocolat ou boire du Coca n’a jamais tué personne. Le tabagisme est à des années lumières de ce type de comportement.

Pour finir Ablow nous offre une petite tentative de modération en nous disant que la cigarette électronique contient quand même de la nicotine et des produits cancérogènes détectés en très petite quantité mais ne menaçant pas notre “bien être”.

Je ne vois pas où est le problème de la nicotine, jamais mise en cause dans la mortalité des fumeurs, alors qu’on ne sait rien de l’effet à long terme sur l’organisme, des traces de nitrosamines contenues dans la vapeur des cigarettes électroniques.

La vulgarité se termine sur une super idée qu’il soumet aux assurances : donner des cigarettes électroniques gratuitement aux fumeurs pour augmenter leurs chiffres d’affaires. En voilà une bonne idée …

Références

Electronic cigarettes seem to work, psychologically and physically (Dr. Keith Ablow, 30 janvier 2013) : http://www.foxnews.com/health/2013/01/30/electronic-cigarettes-seem-to-work-psychologically-and-physically/

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  • Dr Ablow a raison aussi quand il affirme que la ecig seule ne rend pas dépendant quelqu’un sans passé tabagique. Tes propres chiffres montrent que tous ceux qui vapotent sont d’anciens fumeurs.

    Les experts se chamaillent pour définir ce que recouvrent les termes dépendance, addiction, assuétude. Le problème fondamental, c’est que c’est avant tout subjectif : la science n’aime pas le subjectif, elle s’acharne à l’éliminer car la base de la science c’est d’être capable de reproduire une expérience et d’observer objectivement ce qui se passe.

    Je ne sais pas ce que tu entends par “remplacer une addiction par une autre”, ni ce que signifie ta remarque “mon niveau d’addiction a bien changé” dans ton papier du 14/05/2012. Nous sommes tous addicts, ce n’est pas une maladie mais une caractéristique fonctionnelle de l’être humain, et du jeûne qui découvre la vie notamment. Cela ne devient problématique que quand le comportement induit une souffrance ou un risque. Est-ce que tu souffres de vapoter ? Ou est-ce que ce n’est un plaisir que tu t’offres, comme boire un café, même plusieurs cafés, auquel cas eh bien, profites !

    Je discutais hier soir avec un des plus anciens vapoteurs français suite à une alerte cardiovasculaire, plus de 4 ans déjà, en zéro. Cobaye volontaire, il a repris la nicotine (en 6 mg) et effectivement ressent
    un plus fort plaisir à vapoter, et plus souvent. Pour l’instant il ne compte pas revenir en zéro : pourquoi s’obliger à manger du pain sans sel alors qu’avec sel c’est meilleur ? Pourquoi se limiter à de la bière sans alcool si l’on n’a jamais eu de problème avec l’alcool ? Idem pour le café : le déca, c’est moins bon, et cela a moins d’effet plaisant. Manger du pain et boire du café dès le matin, même tous les matins, ce n’est pas une addiction !

    • Je sais bien que tu n’aimes pas le mot “addiction” et qu’il n’a sa place scientifique nulle part. Je l’emploi dans un sens très personnel, tout du moins celui que je lui donne c’est l’attachement que j’ai pour quelque chose que je sais mauvais pour moi et dont j’aimerai me débarrasser, mais que j’aime en même temps assez, pour fermer les yeux et accepter ma relation avec lui. C’est un plaisir qui se construit dans l’oubli.

      Ce que je signifie par “mon niveau d’addiction a bien changé” c’est simplement l’intensité de cette relation que j’ai à l’objet, qui est toujours très forte, mais qui s’est transformée. Je ne m’en plains pas, je suis heureux de fumer plus proprement car c’est quelque chose de toute manière que je n’aurai jamais pu abandonner.

      Ablow dit que le substitut se fait vite oublier car il est moins alléchant. C’est sur ce point, notamment, que je ne suis pas d’accord. Mais les expériences individuelles diffèrent sans doute …

      • Jacques Le Houezec

        Je ne suis pas d’accord avec vous, la dépendance existe réellement, ce n’est pas juste une vue de l’esprit. Et elle a tout à fait sa place dans la science! J’en veux pour preuve les revues scientifiques telles que Addiction, Drugs & Alcohol Dependence, etc…

        Je suis d’accord avec toi quand tu dis que ta dépendance a sûrement changé. Elle est certainement moins forte, car la vitesse d’absorption de la nicotine est plus lente qu’avec la cigarette. Mais je ne suis pas d’accord quand tu dis que tu as remplacé une dépendance par une autre. C’est la même, c’est toujours de la nicotine que tu es dépendant, mais tu ressens que cette dépendance est moins forte, et c’est sans doute vrai. Et il n’y a aucune honte à être dépendant de la nicotine. C’est juste un fait. Et si en plus ta dépendance n’a pas d’effet nocif avéré, pourquoi se priver?
        Et pour finir, je n’aime vraiment pas les gens qui se cachent derrière un pseudo pour raconter n’importe quoi, n’est-ce pas Monsieur D…

        • Irène BONNET

          Je commence à bien suivre vos débats, c’est très intéressant, toutefois, vous ne parlez pas de ceux qui comme moi vapent (je préfère à vapotent…) en 0 nicotine depuis 1 an, sans manque et en se régalant des différentes saveurs, tout simplement, et au contraire vous parlez d’un cas qui n’a pas pu se sevrer de la nicotine et qui est retourné à du 6 mg/ml… en occultant, excusez-moi du peu, tout ceux qui n’ont eut aucune difficulté à réaliser ce superbe exploit… 🙂

          Il est certain que ceux qui se pensent accro à la nicotine et qui démarrent la vape en 18 mg/ml on beaucoup plus de mal à arriver au N0, mais pour ceux qui on commencé en 6 mg/ml avec des taffes occasionnelles en 12 mg/ml pour éviter le stress du manque, ce fut bien plus facile et, en deux mois, j’étais à 0 nicotine tout en restant zen et sans prise de poids.

          Et zou, tout baigne!

          • Jacques Le Houezec

            C’est très bien, et je suis content que vous fassiez partager votre expérience, il n’empêche que pour les fumeurs vraiment dépendants c’est bien la nicotine qu’ils recherchent.
            Et puis tout le monde peut se sevrer de n’importe quelle drogue sans rien, des tas de gens l’ont fait (j’ai arrêté de fumer il y a près de 30 ans, et il n’y avait rien pour ça, mais ça n’a pas été facile, croyez-moi!), ce n’est pas une raison pour souffrir si l’on peut l’éviter.

          • Irène BONNET

            Ce que je voulais dire, c’est que pour certains, pas si rares, c’est vraiment facile d’arrêter le tabac ET la nicotine avec l’e-cig.
            Je crois que ce qui peut vous heurter c’est quand je dis que ceux qui démarrent à 18 mg/ml se pensent accro à la nicotine, ma question est le sont-ils vraiment? pour certains oui, pour d’autre le 18 les rassurent mais les maintient dans un état de dépendance et ils vont avoir du mal à baisser le taux de nicotine, ce qui reste l’objectif de beaucoup de vapeurs. J’apprécie beaucoup vos commentaires, ils sont justes et modérés ce qui reste rare dans ce monde de polémiques qu’est la vape.
            Merci à vous.
            Irène

            Le 1 février 2013 01:03, Disqus a écrit :

        • Didier

          Je suis en parfait accord avec ça. Je suis pour ma part conscient que ma dépendance est liée à la nicotine; Ceci dit, en consomer de manière plus “saine” ne me pose aucun problème même si je sais qu’on parle bien ici d’addiction.

      • Jacques Le Houezec

        Quant à ta remarque : “Cet article sur Fox News montre que l’industrie de la cigarette électronique semble malheureusement reprendre les schémas déjà utilisés par les cigarettiers de l’époque en débauchant stars de cinéma et scientifiques véreux.”
        J’en suis sûr pour Blu, pas certain pour Logic (mais en voyant le site, j’ai peu de doute), saches que ces marques sont détenues par des cigarettiers, ils ne font donc qu’utiliser les méthodes marketing bien éprouvées par le passé et encore maintenant !

  • guitou34

    L’addiction à l’aspect ! Trop fort le medecin pour vendre la e-cig Logic

  • www.vaporium.ca

    Nous avons aidé des centaines de personnes à cesser de fumer à l’aide de la cigarette électronique. Chaque jour nous recevons des témoignages de personnes qui nous remercient de leur avoir fait connaître cette merveille qui les a fait arrêter de fumer et qui se sentent en meilleure santé.