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Pourquoi ça avait déjà mal commencé

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Un dernier article du vendredi pour l’année 2022 sous forme de récit épique d’exploration, de conquête et de sciences. Qui a légèrement mal tourné, au point que, quatre siècles plus tard, des gens en meurent encore par millions.

Vers le Nouveau Monde

Nicolas Durand de Villegagnon

En 1494 est signé le traité de Tortesillas, entre l’Espagne et le Portugal, lequel traité sera convenablement adoubé par le Pape Alexandre VI Borgia, qui en fera une bulle. Les termes du traité sont simples : une ligne imaginaire est tracée sur la carte du Nouveau Monde découvert par Christophe Colomb en 1492, ce qui se trouve d’un côté est à l’Espagne, ce qui se trouve de l’autre appartient au Portugal.

Autant dire que le reste du monde, à savoir l’Angleterre et la France, n’apprécie pas. Et se lancent également à la conquête du Nouveau Monde, bulle ou pas bulle. Le Pape, on s’en arrangera, quant aux autres… Et bien on leur fera la guerre, comme d’habitude.

En 1555, Henri II, roi de France, décrète qu’il faudrait installer une colonie au Brésil. Le royaume a quelques difficultés plus au nord, au Canada, et ce ne serait peut-être pas si mal, se dit Sa Majesté, de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier.

C’est un jeune ambitieux, Nicolas Durand de Villegagnon, qui est chargé de cette mission. Jeune, mais déjà expérimenté : c’est lui qui a exfiltré la Reine Marie Stuart pour la ramener en France, au nez et à la barbe de la marine anglaise, réputée la plus puissante du monde. Il s’embarque donc pour le France Antarctique, à savoir le Brésil, puisque l’autre Antarctique, à savoir l’Antarctique, n’a pas encore été découvert.

Baie de Guanabara

Nicolas Durand de Villegagnon se met donc en route avec deux navires transportant six cents hommes. Quelques soldats, des prêtres, des savants, et le gros des troupes, composé de pauvres qui avaient le choix entre partir ou mourir de faim, et de repris de justice, à qui on a laissé le choix entre l’exécution ou l’exil. Qu’est-ce qui pouvait mal se passer ?

Après trois mois de traversée, l’équipée atteint la baie de Guanabara, au Brésil, et fonde une colonie baptisée Fort Coligny, en référence au conseiller du roi qui avait organisé l’expédition.

Et tout fonctionne à merveille. Les colons sympathisent avec les indigènes présents dans la région, et des liens amoureux se forment entre les Français et les Indiennes de la tribu de Cumhambebe, le chef local.

Nicolas Durand de Villegagnon voit que tout se passe bien, et écrit à Coligny, pour lui demander d’envoyer plus de colons. Et de préférence des protestants, parce que Villegagnon s’est converti avant son départ. Il voit Fort Coligny comme une utopie religieuse où tous vivraient en paix.

Carte de la France Antarctique

Sauf que le message met trois mois à parvenir en France, et les colons encore trois mois pour arriver. Et sur place, l’ambiance a changé. Villegagnon a soudain décidé que le protestantisme, finalement, c’était le mal, est redevenu catholique et a sommé tout le monde de se convertir. Les protestants de l’expédition, menés par les pasteurs, ont refusé, et pris le contrôle de la seconde ville qui venait d’être créée. Les tensions sont fortes, et c’est le moment que choisissent beaucoup de savants pour rentrer en France.

Nicolas Durand de Villegagnon est rappelé à Paris pour faire son rapport sur la débandade, en 1560, tandis que les Portugais décident de faire appliquer la bulle royale, et donnent l’assaut sur la colonie française. En chemin, ils reçoivent le renfort des indigènes, qui se sont retournés contre les Français après que la moitié de leur peuple soit mort des maladies importées par les colons.

D’accord, mais en quoi cette histoire a sa place sur le Vaping Post ? Et bien, parmi les scientifiques qui ont participé à l’expédition, se trouve un certain André Thevet, géographe. Qui écrit un livre sur l’expédition, et ramène quelques souvenirs. Dont les graines d’une plante qui, après quelques péripéties, se verra plantée dans les jardins de l’ambassade de France au Portugal par un certain Jean Nicot.

Oui : l’histoire du tabac avait déjà mal commencé.

Sources :

« Atlas des territoires éphémères » de Benoist Simmat (un cadeau parfait à offrir ou s’offrir, au passage)

« Rouge Brésil » Jean Christophe Rufin (Prix Goncourt 2001)

« 7 juin 1494. Partage du monde à Tordesillas » sur Hérodote.net

« Chronologie des papes » de Jean Mathieu Rosay

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