Une méta-analyse publiée en juin 2026 a cherché à établir un lien entre l’usage de la cigarette électronique et trois critères glycémiques : le prédiabète, le diabète, et la résistance à l’insuline. Résultat : aucune association démontrée entre vapotage exclusif et diabète, mais des signaux fragiles sur les deux autres critères. Des conclusions à manier avec précaution tant les limites méthodologiques sont importantes.
L’étude dont il est question dans cet article a été réalisée par le Center of Excellence for the acceleration of Harm Reduction (CoEHAR). Son fondateur, Riccardo Polosa, a reçu des financements des cigarettiers British American Tobacco (BAT) et Philip Morris International (PMI). Le centre a également bénéficié de fonds en provenance de PMI par le biais de Global Action to End Smoking (ex-Foundation for a Smoke-Free World), via ECLAT SRL, une entreprise de recherche italienne affiliée à l’université de Catania.
- Aucune association démontrée entre vapotage exclusif et diabète, ni en transversal ni en prospectif
- Le seul groupe avec une association significative pour le diabète est celui des vapofumeurs — qui continuent de fumer en parallèle
- Les signaux sur le prédiabète et la résistance à l’insuline existent mais sont trop hétérogènes et trop limités pour en tirer des conclusions
- La fiabilité globale des résultats est qualifiée de « très faible » par le système GRADE
- Des études prospectives plus longues restent nécessaires pour trancher
Une étude aux résultats contrastés

Pour leur analyse, les auteurs ont inclus dix études publiées entre 2019 et 2025, dont neuf sont transversales et une de cohorte prospective. Au total, ces recherches couvraient plus de 2,8 millions de participants adultes répartis différemment entre les pays d’origine de chaque étude : six américaines, trois sud-coréennes et une écossaise. Pour tenter d’isoler les effets du vapotage seul, les chercheurs ont réparti les participants en trois groupes : les vapoteurs exclusifs, les vapofumeurs (vapoteurs et fumeurs en même temps), et les anciens vapoteurs.
Prédiabète : des résultats trop hétérogènes
Concernant le prédiabète, les résultats n’ont pas été probants. Après combinaison des résultats, les scientifiques sont arrivés à la conclusion que l’association la plus élevée (1,34) était associée au groupe des vapoteurs exclusifs. Les vapofumeurs obtenaient quant à eux une association de 1,26, tandis que les anciens vapoteurs obtenaient 1,13. Des chiffres rendus très incertains à cause de la forte hétérogénéité des résultats obtenus par les études analysées. Alors que certaines montraient une association entre prédiabète et vapotage exclusif de seulement 1,04, d’autres arrivaient à 1,97. Autrement dit, alors qu’une étude ne trouvait aucune association entre l’utilisation d’une cigarette électronique et un prédiabète, une autre estimait que le vapotage doublait les chances d’en souffrir. Le résultat de cette hétérogénéité est un I² de 74 %.
Qu’est-ce que le I² ?
Le I² est une formule statistique qui compare la variation observée entre les études à la variation qu’on attendrait par le seul fait du hasard. Un I² proche de 0 signifierait que les études observées obtiendraient des résultats très proches. Dans le cas du prédiabète pour le groupe des vapoteurs exclusifs, et pour le groupe des vapofumeurs, les I² sont respectivement de 74 et 75 %. Autrement dit, 74 et 75 % des écarts observés dans les études ne proviennent pas du hasard et sont le fruit de véritables variations (différences entre les populations étudiées, méthodologies, définitions, etc.). Des valeurs de I² si élevées rendent les estimations des chercheurs très incertaines.
Diabète : pas d’association pour les vapoteurs exclusifs
Au sujet du diabète, les résultats de l’étude semblent plus clairs. Ni le groupe des vapoteurs exclusifs ni celui des anciens vapoteurs n’ont montré d’association significative (OR 1,04; IC 95 % 0,93-1,16 et OR 1,11; IC 95 % 0,80-1,54). Seul le groupe des vapofumeurs enregistrait une association significative (OR 1,23; IC 95 % 1,01-1,49), mais avec une hétérogénéité très élevée (I² = 77 %).
Que signifient les chiffres OR 1,04; IC 95 % 0,93-1,16 ?
OR, ou Odds Ratio : c’est le rapport de probabilité. Lorsqu’on compare plusieurs groupes entre eux, un OR de 1 signifierait des probabilités similaires pour les deux groupes. Si un groupe obtenait un OR de 2, alors ce groupe aurait deux fois plus de risques d’être touché par la pathologie étudiée. Dans cet exemple, un OR de 1,04 signifie une quasi égalité entre les deux groupes, avec une différence théorique de seulement 4 %.
IC 95 %, ou intervalle de confiance à 95 % : puisqu’une étude porte sur un échantillon et non pas sur la population entière, le véritable Odds Ratio (OR) est forcément un peu incertain. La valeur de l’IC indique donc la probabilité que le véritable OR se situe entre les deux valeurs qui suivent.
0,93 : la borne basse. Dans cet exemple, elle signifierait que les vapoteurs auraient 7 % de risque en moins que les non-vapoteurs de souffrir d’un diabète.
1,16 : la borne haute. Le risque que les vapoteurs souffrent d’un diabète serait 16 % plus élevé que chez les non-vapoteurs.
OR 1,04; IC 95 % 0,93-1,16 : le groupe des vapoteurs aurait 4 % de risque supplémentaire de souffrir d’un diabète par rapport aux non-vapoteurs (OR 1,04). Les scientifiques sont sûrs à 95 % (IC 95 %) que le véritable risque se situe entre – 7 % (0,93) et + 16 % (1,16).
Résistance à l’insuline : données insuffisantes
Enfin, concernant la résistance à l’insuline, les chercheurs sont arrivés à la conclusion que le groupe des vapoteurs aurait 37 % de risque supplémentaires d’en souffrir par rapport aux non vapoteurs (OR 1,37; IC 95 % 1,06-1,77). Des résultats qui demanderont des recherches supplémentaires puisque les auteurs n’ont pu inclure que deux études à leur analyse.
La cohorte prospective confirme
Terminons avec les résultats de la seule étude de cohorte prospective prise en compte par les chercheurs, mais synthétisée séparément puisqu’elle ne rapporte pas d’OR comme les études transversales, mais des Hazard Ratios (HR), qui prennent en compte la temporalité des événements.
Dans leur analyse, les chercheurs ont indiqué que les vapoteurs exclusifs n’avaient pas d’association significative avec le diabète de type 2 (HR 0,88; IC 95 % 0,66–1,16), tout comme le groupe des vapofumeurs (HR 1,12; IC 95 % 0,97–1,28). Dans cette recherche, seul le groupe des fumeurs obtenait une association significative avec la maladie (HR 1,18; IC 95 % 1,11–1,26). Des chiffres qui viennent donc renforcer ceux des études transversales analysées par les chercheurs dans cette méta-analyse.
Des limites importantes
Comme toutes les études scientifiques, cette nouvelle recherche comporte plusieurs limites qu’il convient de souligner pour mieux en appréhender les conclusions.
D’abord, le design transversal de cette étude ne permet pas d’établir de causalité. L’hétérogénéité des résultats entre les études observées rend également ses conclusions peu fiables. Le critère de la résistance à l’insuline souffre quant à lui d’un manque de données puisque seules deux études ont été incluses à la méta-analyse des chercheurs.
Des limites que les chercheurs reconnaissent eux-mêmes en indiquant que la fiabilité de leurs résultats est qualifiée de « très faible » par le système de notation GRADE.
Au final, cette méta-analyse apporte une nuance importante : le vapotage exclusif ne révèle aucune association démontrée avec le diabète, ni dans les études transversales ni dans la seule étude de cohorte prospective disponible. L’unique groupe pour lequel une association significative a été observée est celui des vapofumeurs, c’est-à-dire des personnes qui continuent de fumer en parallèle du vapotage. Un résultat qui pointe donc davantage vers les effets de la cigarette combustible que vers ceux de la vapeur.
Les signaux sur le prédiabète et la résistance à l’insuline existent quant à eux, mais restent trop fragiles méthodologiquement pour en tirer des conclusions.
Sources et références
1 Adebisi, Y.A., Campagna, D., Ceriello, A. et al. Association between electronic cigarette use and prediabetes, diabetes, and insulin resistance: a systematic review and meta-analysis. Intern Emerg Med (2026). https://doi.org/10.1007/s11739-026-04430-x
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