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Vapoter à l’adolescence a-t-il un impact sur l’espérance de vie ? Une étude a tenté d’y répondre

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Une simulation portant sur 4,1 millions d’Américains ayant grandi avec le vapotage a tenté de répondre à une question difficile : quel est l’impact réel de la cigarette électronique sur la mortalité à vie des adolescents qui l’ont adoptée ? La réponse des chercheurs est claire : un effet minime, dans un sens comme dans l’autre.

Ce qu’il faut retenir

  • Une simulation américaine a suivi les 4,1 millions de jeunes nés en 2004 (12 ans en 2016), de l’adolescence jusqu’à la fin de leur vie, en comparant un monde avec vapotage et un monde sans ;
  • Sur l’ensemble de la cohorte, l’effet du vapotage sur la mortalité reste minime quelles que soient les hypothèses : entre 31 jours de vie perdus et quelques jours gagnés ;
  • Au niveau individuel, l’écart est bien plus important : 7 à 8 % de risque de décès prématuré pour un fumeur, contre 0,15 à 0,84 % pour un vapoteur n’ayant jamais fumé, soit 10 à 50 fois moins ;
  • Si l’effet global est aussi faible, c’est que les effets s’annulent : entrées supplémentaires dans le tabagisme d’un côté, arrêts du tabac facilités de l’autre, et une majorité de vapoteurs n’ayant jamais fumé ;
  • La plupart des limites du modèle (vapoteurs tous traités comme intensifs, définition large du fumeur, etc.) le rendent plus sévère envers le vapotage : un modèle corrigé aurait probablement été plus favorable encore ;
  • Les auteurs concluent que le vapotage adolescent est très peu susceptible de constituer une source importante de mortalité prématurée à vie.

Une étude qui fait des hypothèses

Alors que la science poursuit ses recherches sur les effets sanitaires de la cigarette électronique à long terme, une équipe de chercheurs a souhaité simuler « les plages plausibles de résultats de mortalité à vie pour une cohorte d’une seule année de naissance exposée aux cigarettes électroniques depuis le début de leur utilisation chez les adolescents, jusqu’à leur prévalence maximale aujourd’hui. » Autrement dit, les scientifiques ont modélisé la trajectoire de vie de tous les adolescents américains qui étaient âgés de 12 ans lors de l’année 2016. Une année qui n’a pas été choisie au hasard, puisque cette cohorte était au début de l’adolescence « lorsque l’usage de la cigarette électronique chez les jeunes s’est généralisé » et avait 14-15 ans lors du « pic de vapotage chez les jeunes en 2018–2019 », soit des âges courant pour expérimenter différents produits, comme le tabagisme ou le vapotage.

En 2016, plus de quatre millions d’Américains (4 139 869) étaient âgés de 12 ans. Trois façons dont le vapotage pourrait influencer leur mortalité ont été intégrées au modèle de cette recherche1 :

  • des adolescents qui vapotent et se mettent à fumer à l’âge adulte ;
  • des adolescents qui vapotent et continuent de vapoter à l’âge adulte sans jamais fumer ;
  • des adolescents qui fument et, à l’âge adulte, arrêtent plus souvent grâce au vapotage qu’ils l’auraient fait si la cigarette électronique n’avait pas existé.

Les chercheurs ont ensuite comparé deux scénarios pour l’ensemble de ces jeunes. Dans le premier, le scénario « réel », la cigarette électronique existe et est utilisée telle qu’observée dans les enquêtes nationales américaines. Dans l’autre scénario, « contrefactuel », le vapotage n’a jamais existé et chaque jeune est simulé comme un potentiel fumeur classique, sans potentiel de sevrage tabagique grâce au vapotage. Un travail qui a été financé par une subvention conjointe du National Cancer Institute (NCI) et de la Food and Drug Administration (FDA), deux agences fédérales américaines.

L’étude des deux scénarios

Pour peupler ces deux scénarios, les chercheurs se sont appuyés sur la National Youth Tobacco Survey (NYTS), l’enquête de référence sur l’usage du tabac et du vapotage chez les jeunes Américains, en suivant la cohorte de ses 12 ans (2016) à ses 17 ans (2021).

Dans le monde réel, il y a eu 141 057 fumeurs et 441 393 vapoteurs n’ayant jamais fumé, à 20 ans, en 2024. Une partie de ces fumeurs (un peu plus d’un tiers) a d’abord vapoté avant de commencer à fumer, et le reste n’est jamais passé par la cigarette électronique.

Dans le scénario contrefactuel (celui où le vapotage n’aurait pas existé), en appliquant uniquement le taux d’entrée dans le tabagisme observé chez les jeunes qui n’ont jamais vapoté, les chercheurs estiment que 116 018 membres de la cohorte auraient quand même fini fumeurs à 20 ans.

L’existence du vapotage aurait donc « créé » 25 039 fumeurs supplémentaires (141 057 fumeurs dans le monde réel avec le vapotage, et 116 018 simulés dans le monde sans cigarettes électroniques). Un chiffre qui reflète plusieurs phénomènes que les chercheurs ne peuvent pas isoler : l’effet passerelle, c’est-à-dire les jeunes qui commencent par vapoter puis se mettent à fumer, et les jeunes ayant de simples profils à risque qui auraient de toute façon fumé, que la vape existe ou non.

Ces effectifs (141 057 fumeurs et 441 393 vapoteurs du monde réel, et 116 018 fumeurs du monde « imaginaire ») ont ensuite été utilisés pour simuler, individu par individu, l’espérance de vie de chaque groupe.

La mortalité de chaque groupe

Les chercheurs ont fait vivre, virtuellement, chaque profil (fumeur, vapoteur exclusif, ex-fumeur passé au vapotage, etc.) sur toute une vie, année après année.

Le principe était simple : pour chaque année d’une vie simulée, un tirage aléatoire (grâce à la méthode Monte Carlo, que nous avons expliquée dans notre article sur les risques de la cigarette électronique révélés par le rapport de l’Anses) déterminait si la personne arrêtait de fumer ou de vapoter, et si elle mourait cette année-là. Les chiffres utilisés pour cette simulation provenaient de probabilités réelles. Par exemple, pour le risque de mortalité du tabagisme, les chiffres étaient tirés d’une grande étude de cohorte américaine sur le long terme, qui a mesuré le risque de mortalité selon l’âge et le nombre d’années depuis l’arrêt du tabac. Le taux d’arrêt spontané du tabac était quant à lui fixé à 5,5 % par an, là encore, un chiffre provenant d’une autre recherche2.

Pour le vapotage, faute de données de mortalité à long terme (ce qui est précisément le problème que l’étude cherche à contourner, N.D.L.R.), les chercheurs ont formulé plusieurs hypothèses. Ils ont fait varier quatre paramètres, chacun sur plusieurs valeurs, et ont testé absolument toutes les combinaisons possibles entre elles :

  • le risque de mortalité du vapotage, par rapport à celui du tabac : 5 %, 15 % ou 30 % (avec un test supplémentaire à 50 %, jugé irréaliste par les experts consultés, mais inclus par prudence) ;
  • le taux d’arrêt du vapotage : de 5,5 % par an (identique au tabac) jusqu’à 22 % (quatre fois plus rapide) ;
  • le gain de cessation tabagique attribuable au vapotage : de 0 % (le vapotage n’aide pas du tout à arrêter de fumer) à 30 % de chances d’arrêt en plus ;
  • la durée moyenne de vapotage après un arrêt du tabac réussi grâce au vapotage : 5, 10 ou 20 ans, avant que la personne arrête aussi de vapoter.

Chaque combinaison de ces quatre paramètres a constitué un scénario testé séparément, et chaque scénario a été répété 10 millions de fois pour un même individu afin de lisser les effets du hasard et obtenir une estimation stable de sa probabilité de décès prématuré et du nombre d’années de vie perdues, comparée à un jumeau virtuel qui n’aurait jamais fumé ni vapoté.

Ajoutons que, pour leur recherche, quand quelqu’un arrêtait de fumer grâce au vapotage, son risque de mortalité ne retombait pas aussi vite que s’il avait arrêté sans rien fumer ni vapoter ensuite. Les chercheurs ont ralenti la baisse du risque, proportionnellement au risque attribué au vapotage. Par exemple, si le vapotage était considéré comme 30 % aussi risqué que le tabac, la baisse du risque après l’arrêt du tabac était freinée de 30 % tant que la personne vapotait encore.

C’est cette mécanique, répétée pour chaque sous-groupe (fumeurs classiques, vapoteurs exclusifs, ex-fumeurs passés au vapotage) et pour chacune des dizaines de combinaisons de paramètres, qui a produit les résultats de cette étude.

Les résultats

Quelles que soient les hypothèses retenues, l’effet du vapotage sur la mortalité de l’ensemble de la cohorte est toujours resté très faible.

Dans le scénario le plus défavorable à la cigarette électronique (risque du vapotage estimé à 30 % de celui du tabagisme, aucun effet sur le sevrage tabagique, et arrêt du vapotage aussi lent que l’arrêt du tabagisme), la probabilité de décès prématuré d’un jeune augmentait de 0,44 point.

Pour l’hypothèse la plus favorable au vapotage (risque du vapotage de 5 % de celui du tabagisme, augmentation du taux de réussite de sevrage tabagique de 30 % grâce à la vape, et arrêt du vapotage quatre fois plus rapide que l’arrêt du tabagisme), la probabilité de décès prématuré diminuait de 0,06 point.

Ramenés en nombre de jours de vie, ces chiffres indiquent que l’existence de la cigarette électronique ferait perdre entre 0 et 31 jours de vie selon les hypothèses. Avec certaines qui feraient même gagner quelques jours.Se pose alors une question : pourquoi un effet aussi faible ? La réponse est simple : les différents effets du vapotage s’annulent en grande partie entre eux.

D’un côté, le vapotage pourrait pousser certains jeunes vers le tabagisme, ce qui représenterait un effet négatif pour la santé. De l’autre, le vapotage aurait permis à certains fumeurs d’arrêter de fumer, ce qui représenterait un effet positif pour la santé. Enfin, la majorité des vapoteurs de cette cohorte n’avait jamais fumé, et, pour eux, le risque du vapotage seul est bien plus faible que celui du tabagisme. À l’échelle des quatre millions de jeunes, ces trois effets se compensent globalement.

Le chiffre le plus frappant de cette étude provient plutôt de l’effet du vapotage à l’échelle individuelle. Un jeune qui fume aurait un risque de mourir prématurément d’environ 7 à 8 %. Un jeune qui vapote, sans jamais avoir fumé, aurait un risque compris entre 0,15 et 0,84 %, selon les hypothèses. C’est-à-dire 10 à 50 fois moins de risque de mourir prématurément qu’un fumeur.

Les limites de cette étude

Cette étude comporte plusieurs limites que les auteurs listent eux-mêmes :

  • Le modèle utilisé par les chercheurs ignore complètement les maladies non mortelles, comme les effets respiratoires, cardiovasculaires, etc. Les scientifiques justifient ce choix par la complexité de les intégrer à leur simulation et par un choix de se concentrer sur l’issue la plus grave, qui est la mort ;
  • En appliquant le taux de passage au tabagisme le plus bas à toute la population du scénario contrefactuel, les chercheurs ont probablement sous-estimé le nombre de jeunes qui auraient fumé même si la vape n’avait pas existé ;
  • La définition de « fumeur régulier » était très large, donc le nombre de vrais fumeurs est probablement surestimé ;
  • Le modèle utilisé traite tous les vapoteurs de la même manière : comme des utilisateurs intensifs. Or, certains jeunes peuvent vapoter occasionnellement seulement. Les risques du vapotage ont donc probablement été surestimés ;
  • Les 25 039 fumeurs supplémentaires attribués au vapotage mélangent un potentiel effet passerelle véritable à des jeunes qui auraient fumé de toute façon. Et l’inverse est également ignoré : des jeunes qui se sont mis à vapoter au lieu de fumer parce que la cigarette électronique existait ;
  • Enfin, les années étudiées étaient de 2016 à 2024 et les e-cigarettes ont évolué depuis le début de la période étudiée. Certaines délivrent aujourd’hui plus de nicotine, ce qui pourrait les rendre plus addictives, mais également plus efficaces pour arrêter de fumer. Deux évolutions que le modèle utilisé dans cette étude n’a pas prises en compte.

Malgré ces limites, les auteurs rappellent que la plupart d’entre elles biaisent leur modèle dans le sens d’une sévérité accrue envers le vapotage. Un modèle corrigé de ces biais donnerait donc probablement un résultat encore plus favorable, ou pas moins favorable, que celui obtenu.

Ils concluent en indiquant que, quelle que soit la combinaison d’hypothèses retenue, le vapotage chez les adolescents de cette cohorte est « très peu susceptible de constituer une source importante de mortalité prématurée à vie ».

Sources et références

1 Warner, K. E., Sun, R., Brouwer, A. F., & Méndez, D. (2026). The lifetime mortality implications of vaping and smoking initiated during adolescence. American Journal of Preventive Medicine, 108547. https://doi.org/10.1016/j.amepre.2026.108547

2 David Méndez, Thuy T T Le, Kenneth E Warner, Monitoring the Increase in the U.S. Smoking Cessation Rate and Its Implication for Future Smoking Prevalence, Nicotine & Tobacco Research, Volume 24, Issue 11, November 2022, Pages 1727–1731, https://doi.org/10.1093/ntr/ntac115

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