On est mal. Oui, on est vendredi, mais surtout, on est mal. Le classement PISA l’affirme, en plus poli : les élèves français sont teubés. À la limite de l’illettrisme. Et en plus, ils vapent. Ce doit être vrai, c’est la presse qui l’affirme.
Mode éphémère
C’était partout dans la presse : le classement PISA est catastrophique en France.
Le PISA, pour Programme international pour le suivi des acquis des élèves, est une enquête internationale pilotée par l’OCDE qui mesure et compare les performances des systèmes éducatifs en évaluant les compétences des élèves de 15 ans dans trois domaines clés : lecture (compréhension de l’écrit), mathématiques et sciences.
Et donc, à quinze ans, les Français ne savent ni lire, ni écrire, ni compter et pensent que la Terre est plate. Du moins, si l’on en croit la presse.
Parce que, si l’on en croit la science, le PISA est assez contestable. Les marges d’erreur sont énormes, les exercices d’évaluation sont créés en anglais et traduits, ce qui donne parfois des énoncés incompréhensibles, les échantillons ne sont pas exhaustifs, et bien d’autres observations qui tendent à dire que, bon, finalement, le PISA est à l’ananas (ce qui est le mal absolu, rappelons-le).
Ce à quoi PISA répond : de toute façon, vous êtes nuls en sciences.
Comme d’habitude, la presse reprend le résultat sans nuance, avec un petit twist cette année, c’est que la France va élire, dans quelques mois, son nouveau Président de la République, ou sa nouvelle présidente, allez savoir. Évidemment, tous les candidats ont accusé le gouvernement en place et tous les gouvernements précédents, sauf ceux dont ils ont pu éventuellement faire partie. Et ont promis de remonter le niveau, façon pepperoni PISA.
Mais, pourtant, l’esprit scientifique n’est pas mort en France.
Pour la science
Quatre jeunes gens sont « tombés comme des mouches » après avoir tiré sur une vape à Hazebrouck, dans le Nord.
A priori, à la sortie d’un lycée professionnel, quatre jeunes auraient tiré sur la même vape, avant de s’effondrer, pris de malaise. Heureusement, transportés à l’hôpital, ils vont mieux et leur pronostic vital n’est absolument pas engagé.
Évidemment, on songera tout de suite que se partager une vape, ce n’est pas sain, ça favorise la transmission de maladies, mais les médecins soulignent qu’aucun virus n’est aussi rapide. Il n’empêche : ne le faites pas.
En revanche, la police a sa petite idée là-dessus, et a placé un jeune en garde à vue (dont il est sorti depuis) au motif d’infraction sur les stupéfiants. Il aurait introduit une drogue de synthèse dans la e-cigarette.
Et on a envie de dire : mais bravo ! Voilà un jeune qui a envie de connaître les effets d’une substance, il choisit donc un mode d’admission, sélectionne un échantillon de cobayes, et procède à l’expérience. Et les autorités le persécutent, alors qu’il ne voulait rien d’autre que de faire remonter son pays dans le classement PISA, certainement. D’accord, au niveau éthique, ce n’est pas encore ça, mais soulignons l’effort. On a un candidat sérieux à l’IgNobel, là. Vous voyez que l’esprit scientifique vit encore en France.
Il faut lire
D’ailleurs, sur l’aspect lecture du PISA quatre fromages, on explique que les jeunes comprennent mal les textes qu’ils lisent.
Mais, et si les jeunes comprenaient bien, au contraire, des textes mal écrits ?
Prenons les trois articles partagés par Google Actu sur ce sujet. « “Ils sont tombés comme des mouches” : quatre jeunes victimes d’un malaise en inhalant la vapeur d’une cigarette électronique » pour France 3 Hauts de France via France Info, « Quatre mineurs transportés à l’hôpital après un malaise en inhalant la vapeur d’une cigarette électronique » pour La Dépêche, « Quatre lycéens d’Hazebrouck hospitalisés, sans doute à cause d’une cigarette électronique » selon Delta FM.
Un lecteur aura tendance à penser que quatre jeunes ont été pris de malaise à cause d’une cigarette électronique. Pourtant, quand on retourne un peu la question, c’est sur le contenu de la vape que la justice et la police investiguent. À notre connaissance, les policiers ne placent pas systématiquement en garde à vue les gens qui prêtent leur vape à quelqu’un d’autre.
On peut lire parfois « untel est mort d’une overdose d’héroïne », et c’est triste mais vrai. Les gens trouveraient bizarre qu’on écrive « il est mort suite à l’utilisation d’une seringue ».
Et ainsi PISA constate que les gens croient que le problème, c’est la vape, alors que c’est la drogue, et on en revient à ce qu’on disait tout à l’heure : ce sont les énoncés qui sont nuls. La France est un pays de génies incompris.










