Des emails confidentiels obtenus par le magazine Reason révèlent comment l’agence de santé publique californienne contourne l’interdiction légale de faire du lobbying avec des fonds publics. Elle sous-traite discrètement son activisme politique à un consultant payé simultanément par un lobby antitabac privé.
Un magazine soutenu par l’industrie du tabac
Le magazine Reason appartient à la Reason Foundation. Ce think tank libertarien s’oppose depuis toujours aux législations antitabac. Plusieurs cigarettiers font partie de ses financeurs depuis les années 80.
Un État profondément antitabac, et antivape

Les éléments qui ont été mis au jour par l’enquête sont pour le moins troublants. L’article rapporte, par exemple, une étude publiée par le CDPH en 2025, dans la revue scientifique Tobacco Control, censée évaluer l’impact des premières interdictions totales de vente de tabac aux États-Unis. Cette recherche s’était en fait uniquement concentrée sur sept commerces, situés dans deux des localités les plus riches d’Amérique (le tabagisme est beaucoup plus répandu chez les classes sociales défavorisées, N.D.L.R.), et durant la période COVID avec les restrictions les plus strictes. Autrement dit, le CDPH a observé les ventes de tabac dans quelques magasins fréquentés par une grande majorité de non-fumeurs, à une époque où personne ne pouvait sortir de chez soi, et a conclu que les résultats de son étude « suggèrent la viabilité des interdictions de vente comme stratégie efficace de contrôle du tabac. »
Soulignons également une phrase pour le moins contradictoire dans la section des conflits d’intérêts : « Le Département de santé publique de Californie a participé à la conception de l’étude, à la collecte des données, à l’analyse, à l’interprétation et à la rédaction. Le CDPH n’a pas influencé les résultats ni les conclusions de l’étude, malgré l’affiliation de certains auteurs avec le financeur. [traduction] »
Le CDPH aurait donc participé à la conception de l’étude, son analyse, son interprétation et sa rédaction, mais sans influencer ses résultats ni ses conclusions.
Un lobbyiste aux deux casquettes
Autre révélation de Reason, le CDPH aurait embauché un lobbyiste pour jouer le rôle d’intermédiaire entre l’agence de santé publique et l’activisme politique qui lui est interdit. Dans cette affaire, trois acteurs coexistent : l’agence de santé de Californie, l’American Cancer Society Cancer Action Network (ACS CAN, un lobby antitabac privé), et Tim Gibbs, un consultant indépendant qui travaille… pour les deux en même temps.
Le CDPH aurait ainsi embauché Gibbs pour travailler sur une mission de “Training and Technical Assistance for Endgame Community Education”. En clair, former et accompagner des militants locaux pour convaincre leurs villes respectives d’interdire la vente de tabac. En parallèle, l’ACS CAN aurait embauché Gibbs pour pratiquer la même activité, mais de manière directe.
Une frontière qui n’existe pas
L’enquête démontre que la séparation entre le California Department of Public Health et l’ACS CAN est en fait parfaitement fictive. Non seulement Gibbs et Debra Kelley, sa coordinatrice de projet pour le contrat avec le CDPH, participent aux réunions internes de l’agence, mais ils reçoivent également certains e-mails qui contiennent des informations confidentielles. Dans l’un d’eux est d’ailleurs indiqué que son contenu est « pour vos yeux uniquement [traduction] ». Gibbs ne serait donc pas un simple prestataire externe, mais une véritable extension déguisée de l’agence de santé publique, qui assurerait une mission d’activisme politique normalement interdite au CDPH.
Et les éléments démontrant que l’agence de santé publique californienne utilise bien des fonds pour faire de l’activisme ne s’arrêtent pas là. Fin 2025, un groupe de travail a été formé pour concevoir un sondage à l’échelle de l’État afin de « tester » les messages à promouvoir en faveur d’une interdiction totale de la vente de tabac. Ce sondage aurait été financé par les contribuables californiens… et trois employés du CDPH faisaient partie du groupe de travail.
Comme si ce n’était pas suffisant, Reason rapporte également qu’en septembre 2025, la cheffe de l’unité de planification stratégique et politique du CDPH a quitté son poste pour devenir… directrice des relations gouvernementales d’ACS CAN.
Entre personnel partagé, données confidentielles transmises ou encore sondages financés par les contribuables pour optimiser des campagnes pro-interdiction, cet article démontre clairement qu’aujourd’hui, en Californie, la frontière entre l’agence de santé publique et le lobby antinicotine semble complètement effacée.
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