Deux anciens directeurs de l’OMS ont publié un commentaire dans The Lancet pour sommer leur ancien employeur d’intégrer la réduction des risques dans sa politique antitabac. Ils avertissent que sans cette troisième jambe, les mesures actuelles ne suffiront pas à mettre fin à l’épidémie de tabagisme.
Le Royaume-Uni est averti
Photo : Gfuerst / Wikimedia Commons / CC BY-SA 3.0
En mai 2026, Robert Beaglehole, Ruth Bonita et Tikki Pang, trois anciens directeurs de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), appelaient leur ancien employeur à intégrer le principe de la réduction des risques dans sa politique antitabac. Le 12 juin, deux d’entre eux se sont à nouveau exprimés sur le sujet par le biais d’un commentaire dans la revue scientifique, The Lancet. Robert Beaglehole et Ruth Bonita y félicitent le Royaume-Uni pour sa décision d’interdire la vente de tabac aux personnes nées après 2009, mais l’avertissent aussi : de futures réglementations ne doivent pas restreindre l’accès à des alternatives moins nocives au tabagisme.
« L’adoption du Tobacco and Vapes Act 2026 en Angleterre et au pays de Galles est notable, car elle maintient l’accent principal sur le tabagisme et distingue le tabac combustible des produits nicotiniques à moindre risque, soulignent d’abord les anciens directeurs de l’OMS, avant de relever que certains commentateurs ont exprimé des inquiétudes quant au fait que de futures réglementations pourraient décourager l’utilisation d’alternatives nicotiniques sans combustion pour arrêter de fumer. »
À ce sujet, ils mettent en garde le Royaume-Uni en indiquant que « créer une génération sans tabac et mettre fin au tabagisme en une génération relèvent de deux objectifs différents. ». Alors que le premier consiste en une stratégie de prévention ciblant les futurs fumeurs, le second vise à accélérer la réduction de la consommation chez les fumeurs actuels.
L’OMS (encore) sommée d’adopter la réduction des risques
La suite de leur commentaire s’adresse directement à l’OMS. Beaglehole et Bonita rappellent à nouveau que la Convention-cadre pour la lutte antitabac (CCLAT) s’appuie sur trois piliers : la réduction de la demande, la réduction de l’offre, et la réduction des risques. « Sa mise en œuvre s’est largement concentrée sur les deux premiers axes, tandis que la réduction des risques reste le moins développée. », notent-ils.
Ils rappellent aussi que l’efficacité de ces deux premiers axes varie selon de nombreux facteurs, comme leur application, l’accessibilité financière, l’ingérence de l’industrie ou encore les revenus tirés du tabac par certains pays. Après avoir souligné que 40 pays du monde ne sont toujours couverts par aucune de ces mesures, ils alertent sur le fait que, même dans les pays où elles sont le plus drastiquement appliquées, comme le Brésil, l’Île Maurice, les Pays-Bas ou la Turquie, la prévalence du tabagisme masculin continue de varier de 15 à 40 %.
« Si l’objectif est de mettre fin à l’épidémie de tabagisme plutôt que d’en repousser l’issue, la politique mondiale de lutte antitabac doit donner la priorité au remplacement rapide des cigarettes par des alternatives nicotiniques moins nocives pour les adultes les plus exposés aux méfaits du tabac », assènent alors les anciens directeurs de l’OMS.
Pour appuyer leurs dires, ils citent l’exemple de la Nouvelle-Zélande, où le rythme de la diminution du tabagisme aurait quadruplé après que les produits du vapotage soient devenus largement disponibles. « Cette association suggère que des baisses beaucoup plus rapides sont possibles lorsque les fumeurs adultes disposent de voies réalistes pour sortir du tabagisme. »
Ils appellent donc l’OMS à « fournir le leadership technique nécessaire à l’intégration de la réduction des risques dans la mise en œuvre de la Convention-cadre. », notant que, jusqu’à présent, ses recommandations sont restées trop prudentes, notamment à cause d’inquiétudes liées à l’usage de la cigarette électronique par les jeunes, à la sécurité à long terme de son utilisation, ou encore à l’implication de Big Tobacco sur ce marché. Et s’ils jugent ces inquiétudes légitimes, ils indiquent qu’elles ont été « surestimées dans certains milieux par rapport aux dommages persistants du tabagisme. »
« Mettre fin au tabagisme en une génération exige les trois stratégies de la Convention-cadre : réduction de la demande, réduction de l’offre et réduction des risques. La prévention du tabagisme chez les jeunes reste essentielle, mais elle ne doit pas détourner l’attention de la tâche urgente consistant à réduire les risques chez les personnes déjà exposées au tabac combustible. », concluent-ils.
Plus de news de la vape













