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Verre, brûlé, aux landes de bière

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Allez, on va se faire un petit vendredi décontracté, aujourd’hui, après tout, c’est la fin de semaine. Asseyez-vous confortablement, vous buvez quoi ? 

Làààà bàààààs, au Conémaraaaaaa

Pardon de commencer le présent article par une anecdote personnelle, mais…

« Non mais vous rigolez, ou quoi ? Vous ne faites que ça tout le temps, Monsieur du Vendredi ! ».

Merci de votre intervention, Maîtresse Sévère. Poursuivons. Donc, pardon, mais ladite anecdote illustre parfaitement le vertige existentiel que je ressens certains samedis derrière le comptoir de la boutique de vape où je travaille ce jour. Le lendemain du vendredi.

Il y a longtemps, un collègue de travail nous avait invités chez lui à boire l’apéritif pour fêter sa médaille du travail. Il était marié à une Britannique d’ascendance irlandaise, et leurs enfants s’étaient dispersés un peu partout dans le monde. Il avait choisi le mode de vie qui lui semblait le plus pertinent pour assimiler toute cette identité, et était donc devenu amateur de whisky.

Moi non plus, je n’ai jamais compris le rapport.

Donc, toute la petite équipe que nous étions alors avait pris place dans son salon, et il avait ouvert son bar, qui recelait des trésors.

Les chants du malt d’aurore

Vous avez déjà écouté parler un amateur de whisky ? Que vous aimiez ou pas cette boisson, c’est fascinant. Lorsqu’ils parlent de leur passion, les vrais connaisseurs de whisky vous font voyager, véritablement. Quand un passionné parle de whisky, on se retrouve aussitôt projeté dans les paysages des landes irlandaises ou des Highlands écossais, le visage battu par le vent qui nous apporte des odeurs de tourbe et d’embruns, contemplant au loin des bâtisses séculaires de pierres assombries par le temps.

Et notre collègue était un conteur particulièrement doué.

« Celui là » expliquait-il en exhibant une bouteille « c’est un whisky japonais distillé avec l’eau de source qui vient des neiges du mont Fuji, lorsqu’elles fondent l’été. Je l’ai ramené d’un marchand qui se trouvait sur un marché pas loin d’un petit village japonais sur la route de Tokyo ».

« Et celui-là » en sortant une autre, « c’est un whiskey irlandais. Parce que whisky, c’est Écossais, mais en Irlande, on dit whiskey. Il a été distillé trois fois dans un alambic en cuivre à partir d’orge non maltée. Je l’ai ramené de notre séjour au Connemara ».

« Celui-ci », exhibant un troisième trésor, « c’est donc un whisky écossais. Il a été distillé à partir d’orge germée, séchée avec de la fumée de tourbe, et distillé avec de l’eau venant d’un Loch dans un château des Highlands. Je l’ai ramené directement de là-bas, où nous avons passé une nuit. Il est dit que la cave est hantée, d’ailleurs ».

Et ainsi de suite. Avant de nous servir, il demanda « quelqu’un met du coca, dans son whisky ? ». Un peu penaud, je levai la main.

Et mon collègue me regarda, goguenard. « T’inquiète, j’ai ce qu’il te faut » et, sortant une nouvelle bouteille, il détailla : « celui-ci a été distillé dans une usine. Je l’ai ramené du supermarché ».

Avec puissance, la maîtrise n’est plus rien

Et, parfois, je ressens cela. Lorsqu’à un client, je décris un liquide, poussé par l’enthousiasme, « celui-ci, c’est une vanille, très crémeuse, avec des fruits à coques où domine la noix de pécan, ils y ont ajouté une goutte de café pour ajouter de l’amertume et un doigt de whisky pour lui donner de rondeur » et qu’il me sort un ato de bourrin.

Ce précieux liquide qu’un aromaticien aura savamment élaboré au fin fond d’un laboratoire tandis que, dans des éprouvettes autour de lui mûrissent des essais précédents, concentré sur la recherche du goût parfait comme un alchimiste sur la recette de la Pierre philosophale, pour que le fruit de ses patientes recherches finisse pulvérisé à 90 watts et beaucoup trop d’air, mais quelle horreur !

Aussi, lorsque j’achète du whisky pour agrémenter mon coca, je fais toujours en sorte de prendre le moins cher, et de laisser les meilleures bouteilles aux véritables amateurs, tout comme, à la boutique, je me débrouille pour voir l’atomiseur de mon client afin de déterminer quel niveau de subtilité mixologique je vais lui proposer.

Parce qu’il faut être intransigeant. Ne pas l’être, c’est mettre de l’eau dans son vin, et n’importe quel œnologue vous le dira : c’est mal.