La Turquie va prochainement étudier la mise en place de l’interdiction générationnelle du tabac pour toutes les personnes nées après le 1er janvier 2015. Mais le pays souhaite également interdire complètement la vente de cigarettes après 2040.
Tout un programme antitabac à venir
Alors que le Royaume-Uni a interdit la vente de tabac aux personnes nées à partir du 1er janvier 2009, et que les Maldives en ont interdit l’achat, la détention et la consommation à celles nées à partir du 1er janvier 2007, la Turquie veut aller plus loin. Dans une interview donnée fin septembre 2026, le professeur Toker Ergüder, qui a participé à la rédaction de l’avant-projet de loi, en a détaillé les principales mesures.
Comme aux Maldives, les personnes nées après le 1er janvier 2015 ne pourraient, de toute leur vie, ni acheter, ni consommer, ni vendre de produits du tabac. Mais la Turquie interdirait également la production et la vente de tabac dans tout le pays après 2040. « J’espère que nous redeviendrons un pays où la cigarette n’existera plus », a indiqué Ergüder.
Avant cette interdiction totale, le paquet neutre serait mis en place et les cigarettes slim seraient retirées du marché. « Une réglementation sur le paquet standardisé va être introduite. Il faut savoir qu’après 2012 notamment, les fabricants de cigarettes ont commencé à cibler les femmes. Ils ont lancé sur le marché ce que nous appelons les cigarettes fines. […] Cette mesure vise elle aussi à protéger les femmes », avance le professeur.
Selon lui, malgré une tendance générale à la baisse dans le monde ces dernières années, le tabagisme serait reparti à la hausse en Turquie. « L’augmentation du taux de tabagisme chez les femmes est de l’ordre de 40 à 50 % », souligne-t-il, avant d’ajouter que les ventes de cigarettes auraient largement augmenté entre 2012 et 2025, passant de 91 000 à 160 000 tonnes.
Si, dans de nombreux pays, les jeunes adultes se tournent de plus en plus vers le vapotage, la Turquie a interdit l’importation et la vente de cigarettes électroniques et de tabac chauffé depuis février 2020. Les jeunes adultes, et les fumeurs n’ayant pas réussi à se sevrer du tabagisme grâce aux substituts nicotiniques, n’ont donc pas d’alternative moins nocive vers laquelle se tourner.
L’avant-projet propose également la mise en place d’une interdiction de fumer sur les terrasses des restaurants. Les parcs et jardins publics, quant à eux, bénéficieraient de zones fumeurs qui seraient aménagées de manière à ne pas être visibles de l’extérieur. « À mon avis, le plus important est que les enfants et les jeunes ne verront désormais plus personne fumer », indique Ergüder.
Une « taxe santé » serait également mise en place sur la vente de cigarettes, dont les revenus iraient aux services de prévention et de promotion de la santé. Enfin, d’autres mesures seraient prévues, dont un système de vérification d’identité qui rendrait impossible l’achat de tabac par carte bancaire pour les mineurs.
Les modalités de toutes ces mesures sont encore floues, et le calendrier d’application et les moyens de contrôle prévus ne seront connus qu’au moment du dépôt de la proposition de loi au Parlement. Un dépôt qui devrait intervenir en octobre 2026.
Toker Ergüder est professeur de santé publique à la faculté de médecine Gülhane de l’Université des sciences de la santé (SBÜ), où il dirige aussi le centre consacré à la prévention des maladies non transmissibles. Il est également membre du conseil scientifique de Yeşilay, une association anti-addiction.
Mi-septembre, des sondages commandés par l’association ont indiqué que 89,3 % des 1 461 personnes interrogées en ligne et 83,2 % des 5 481 Turcs interrogés sur le terrain soutiennent l’interdiction générationnelle du tabac. L’interdiction totale de la vente et de la production de cigarettes aurait quant à elle reçu 80 % de soutien des personnes interrogées, et 45 % chez les fumeurs.
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