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Le Ministre qui voit des buralistes partout

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Un Ministre qui apporte son soutien aux entreprises, c’est courant. Un Ministre qui salue les entreprises pour leur réussite, c’est courant, pas assez, mais c’est courant. Mais un Ministre qui ne retient que ce qu’il veut bien retenir, ça aussi, hélas, c’est un peu trop courant.

Le Ministre tourne en Losange

Alain Griset (Photo Gezelin Gree – Ministère de l’économie)

Alain Griset n’est pas le plus connu des Ministres du gouvernement actuel. Ce qui est un peu normal : Ministre délégué, chargé des PME, ce n’est pas son action qui passionne le plus le grand public, qui a ces temps-ci les yeux plus tournés vers l’Intérieur ou la Santé. A la décharge d’Alain Griset, son poste exige de la compétence, mais sa technicité l’empêche d’être sexy ou spectaculaire.

Dans le Magazine des buralistes, Le Losange, le Ministre s’est laissé aller à une petite confidence : « Il m’est arrivé déjà, à deux reprises, de faire référence à la Transformation des buralistes auprès d’autres professions ».

Le Ministre poursuit en expliquant que la façon dont les buralistes se mobilisent pour changer leur profession est exemplaire, au vu des impératifs de santé publique. Il conclut en soulignant que  le fait que ça fonctionne bien est rassurant et peut montrer à d’autres que c’est possible.

Et il faut être humble, et reconnaître que les buralistes ont fait un gros travail de transformation. Mais il faudrait peut être aussi indiquer au Ministre que les autres professions n’en ont peut être ni le besoin, ni les moyens.

Parce que, nous sommes bien d’accord, un buraliste qui voit son activité baisser parce qu’il distribue des produits qui tuent 70 000 personnes par an en France, et qui cherche à changer de métier, c’est bien, c’est un problème de santé publique, c’est normal. Et c’est tout à l’honneur des buralistes, d’ailleurs, d’accomplir ce travail.

En revanche, une libraire ou un vendeur de chaussures qui voit son activité baisser parce que le stationnement est de plus en plus cher et difficile à trouver alors que les grandes surfaces en périphérie disposent d’immenses parkings gratuits, ce n’est pas de santé, mais de politique publique, dont il est question.

Demain les va-nu-pieds

On peut très bien imaginer demain, ou plutôt après-après demain, vu les politiques actuelles, un monde sans tabac. Ce serait un bien, et il n’y a rien d’étrange à expliquer aux buralistes que leur produit phare tue des gens, il est bien d’en changer. En revanche, il est plus difficile d’imaginer un monde où on se promènerait sans vêtements et les cheveux longs, et il devient soudain plus délicat d’expliquer aux coiffeurs ou aux boutiques pourquoi ils devraient changer leur activité.

Et on ne veut surtout pas imaginer un monde où on ne lirait plus. Quand on voit l’état d’un monde où on lit moins, il apparaît comme vital de sauver les libraires et de redonner le goût de la lecture.

Enfin, monsieur le Ministre, lorsqu’il a parlé à ces autres professions des efforts des buralistes, leur a-t-il proposé, à eux aussi, de prendre un tiers de frais de transformation à sa charge ? Au vu du mal qu’ont beaucoup de commerçants à obtenir ne serait-ce que dix fois moins pour pallier au désastre Covid, il est permis d’en douter.

Si l’Europe, demain, sabre la vape, proposera-t-on jusqu’à 30 000 euros aux boutiques pour changer d’activité ? C’est une question rhétorique.

Monsieur Alain Griset n’est certainement pas là par hasard. Nous ne doutons pas de son intelligence et de sa compétence. Mais il serait bien qu’il précise sa pensée sur ce point. Parce que, là, il donne l’impression de crier à quelqu’un qui se noie « dites, vous devriez essayer le saut en parachute, j’ai un ami qui en fait, c’est formidable ! ».

Cet article d’opinion n’engage que le point de vue de son auteur et ne représente pas forcément l’avis de la rédaction.

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