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Ivre, il écrit l’article du vendredi

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La lecture de la presse est toujours pleine d’histoires édifiantes, particulièrement à la rubrique « faits divers ». On y apprend par exemple la différence entre un bon et un mauvais vapoteur. Le bon vapoteur, il voit une e-cigarette, il vape, tandis que le mauvais vapoteur, il voit une e-cigarette… Il finit au tribunal.

Les plats et les ronds

Honnêtement, il y a des choses dont on sait qu’elles ne nous décevront pas. Tenez, par exemple, vous lisez le journal, le matin, et vous voyez le titre « Ivre, il… » suivi d’une péripétie souvent improbable. Si vous êtes un fin connaisseur, vous savez que vous ne serez pas déçu : jamais nos contemporains ne vont autant dans le n’importe quoi que lorsqu’ils sont fin beurrés.

Récemment, votre serviteur s’est découvert une nouvelle passion dévorante, l’équivalent antialcoolique pseudoscientifique, l’article de journal qui commence par « Un platiste… ». Et c’est un festin pour fin gourmet, tant ceux de nos contemporains qui soutiennent aujourd’hui que la Terre est plate rivalisent avec nos camarades ivres, mais, eux, sans avoir ingéré la moindre substance.

Orlando Fergusson, carte de la Terre plate (1893)

Parfois, le soir, je me prends à rêver mélancoliquement à l’aboutissement absolu de cette collection qui ne dit pas son nom, LE titre ultime : « Ivre, un platiste… ».

D’ailleurs, il y a quelques années, la Flat Earth Society, association américaine des tenants de la Terre plate, avait lancé une campagne de recrutement sur Facebook, en se payant une publicité. Dans la présentation de l’association, il y avait écrit « La Société de la Terre plate a des membres tout autour du globe ». Et en dessous, on avait un commentaire du très sérieux magazine Science : « Relisez-vous. Lentement ».

Mais l’ivresse n’excuse pas tout, comme l’a fait obligeamment remarquer un Tribunal correctionnel breton. Ainsi, un homme a été condamné à sept mois de prison avec sursis pour avoir lancé sa cigarette électronique au visage de sa compagne, au prétexte que ses activités sexuelles récréatives n’étaient pas, selon lui, exclusives.

En voilà un qui ne sait pas prendre la vie du bon côté : Serge Lama, lui, était « cocu, mais content », comme il le disait si bien dans les « Petites femmes de Pigalle ». Lui, il n’est pas content, et, d’ailleurs, peut-être même pas cocu. 

Détail de l’histoire, qui vaut le détour, c’est que le lanceur de vape est enseignant. Et non, je ne ferais pas de blague sur le fait qu’avec des profs comme ça, ce n’est pas étonnant qu’il y ait recrudescence de croyance en la Terre plate.

Mais quel que soit le prétexte, entendons-nous bien : que ce soit une cigarette électronique ou n’importe quel autre objet, on ne lance rien sur le visage d’une femme, sauf un baiser du bout des lèvres.

« Pas d’accord ! ».

Tiens, bien le bonjour, Madame Sévère, mais que faites-vous ici ? Attendez, je vérifie au planning, oui, effectivement, il n’y avait rien de prévu pour vous avant la fin du mois.

« Oui, très cher, mais vous avez vu les statistiques ? Les lecteurs m’adorent, j’ai même désormais une rubrique à mon nom, je suis au Vaping Post chez moi. Et donc, lorsque j’entends une énormité, j’interviens : on a parfaitement droit de lancer des choses à la tête des gens, même des cigarettes électroniques, c’est même très plaisant ».

Maîtresse Sévère, vous avez bien noté que la jeune femme n’était pas consentante ?

« Ah ? Oh, pardon, j’avais loupé le début. Oh, et bien, dans ce cas, excusez-moi de vous avoir dérangé, faites comme si je n’avais rien dit, et à bientôt, donc ».

(Image : GPT4)

Et bien, merci pour cette intervention pertinente, Maîtresse Sévère, et à bientôt. Où en étais-je ? Ah, oui : mais que s’est-il passé ? Et bien, j’ai ma théorie.

Si ce personnage a lancé quelque chose à la tête de l’infortunée, c’est manifestement sur le coup d’une impulsion. Et, dans ce cas, on se saisit du premier objet qui tombe sous la main, en l’occurrence, une vape. Qu’il avait donc, soit à portée, soit déjà à la main. Et pourquoi ? Pour vapoter. Et pourquoi vapoter ? Parce qu’il avait besoin de nicotine. Et pourquoi avait-il besoin de nicotine ? Parce qu’il n’en avait pas assez.

Non, mesdames et messieurs les jurés, mon client n’est pas un bourreau, c’est en réalité une victime, oui, la victime du sous-dosage en nicotine à cause de la cigarette électronique, et donc, la victime n’est pas celle de mon client, c’est la victime de la vape ! Aussi je vous demanderai d’acquitter mon client et de condamner la vape, qui est coupable de tout !

Mais qu’est-ce qui m’arrive ? Oh, je crois que je comprends : c’est à force de lire le journal. Entre « un platiste démontre que la Terre est plate, puisque les plaques Lego City censées imiter notre monde le sont aussi » et « Ivre, il déclare que Alien Covenant est le meilleur film de Ridley Scott », il y a tous ces articles « Une étude montre que la vape… ».

La morale de cette histoire ? Choisissez la vôtre. En ce qui me concerne, je vais résilier l’abonnement à mon journal et consacrer le temps ainsi économisé à écrire un roman. J’ai une idée absolument géniale : c’est l’histoire d’un platiste alcoolique…