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Trois anciens directeurs de l’OMS appellent à intégrer la réduction des risques dans la lutte antitabac mondiale

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Trois anciens directeurs de l’OMS appellent l’organisation à intégrer la réduction des risques dans sa stratégie antitabac mondiale, arguant que les approches conventionnelles ne suffisent plus à accélérer le déclin du tabagisme.

Un objectif « sans fumée 2040 »

Le 20 avril 2026, Robert Beaglehole, Ruth Bonita et Tikki Pang, trois anciens directeurs de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), l’ont appelée à intégrer la réduction des risques dans sa stratégie de lutte contre le tabagisme. « Nous défendons l’idée que la réduction des risques liés au tabac devrait être formellement intégrée à la mise en œuvre de la CCLAT [Convention-cadre pour la lutte antitabac, N.D.L.R.] et proposons un objectif mondial “sans fumée 2040”, défini comme une prévalence du tabagisme quotidien chez les adultes inférieure à 5 % d’ici 2040 — une cible réaliste, mesurable et équitable. »

Ils rappellent que si la CCLAT constitue le pilier de lutte antitabac mondiale, 20 ans après son lancement, « les progrès ont ralenti. » En cause, selon eux, les stratégies jusqu’ici mises en place par l’OMS, comme l’augmentation des taxes, l’interdiction de la publicité ou encore la réglementation des espaces sans fumée et le soutien au sevrage tabagique, dont la « capacité à faire baisser rapidement la prévalence du tabagisme est limitée. »

Pour eux, « la priorité de santé publique est d’éliminer le tabac combustible plutôt que l’usage de la nicotine en tant que tel. » Ils rappellent que, dans certains pays où la réduction des risques liés au tabac a été privilégiée, des effets positifs se sont produits sur la population. « En Suède, l’usage répandu du snus a été associé à certains des taux de tabagisme et de charge de morbidité liée au tabac les plus faibles d’Europe, avec des taux de cancer du poumon inférieurs de moitié à la moyenne de l’Union européenne. Au Japon, l’introduction des produits du tabac chauffé en 2016 a été suivie de déclins sans précédent des ventes de cigarettes. Aux États-Unis, les baisses de prévalence du tabagisme ont coïncidé avec une adoption croissante du vapotage chez les adultes fumeurs. » Soulignons toutefois que, jusqu’à présent, les services de santé publique suédois ne citent pas l’usage du snus comme élément ayant participé au déclin du tabagisme.

Les anciens directeurs de l’OMS rappellent également le paradoxe dont sont victimes ses recommandations officielles. Alors que l’organisation souhaite une réglementation stricte, voire une interdiction des produits du vapotage, du tabac chauffé, ou encore des sachets de nicotine, les cigarettes restent largement disponibles. « Ce déséquilibre risque de protéger les produits les plus dangereux tout en limitant l’accès aux substituts plus sûrs. »

Selon eux, « un cadre réglementaire proportionnel au risque renverserait cette logique en reconnaissant le continuum de risque entre les produits nicotiniques et en alignant réglementation, fiscalité et communication publique en conséquence. » Les cigarettes seraient alors soumises aux restrictions les plus strictes et aux taxes les plus élevées, tandis que les alternatives sans fumée devraient être réglementées, notamment pour protéger les jeunes, mais « sans pour autant compromettre leur capacité à se substituer au tabagisme. »

Beaglehole, Bonita et Pang rappellent aussi que la réduction des risques « est explicitement reconnue à l’article 1(d) de la CCLAT comme composante d’une lutte antitabac globale, aux côtés des stratégies de réduction de l’offre et de la demande. », mais qu’en pratique, elle est restée « sous-développée, réglementée de façon incohérente et politiquement controversée. »

« Les preuves scientifiques, les outils politiques et l’expérience concrète nécessaires pour mettre fin à l’épidémie mondiale de tabagisme existent désormais. Ce qui reste limité, c’est la volonté politique d’intégrer pleinement la réduction des risques liés au tabac dans la lutte antitabac mondiale. Un objectif mondial “sans fumée 2040” — centré sur l’élimination du tabac fumé plutôt que de l’usage de la nicotine en tant que tel — offre une voie claire et atteignable pour accélérer le déclin du tabagisme et réduire l’une des plus grandes causes évitables de décès dans le monde. », concluent-ils.

L’OMS régulièrement ciblée

Ce n’est pas la première fois que des experts interpellent l’OMS quant à sa position sur la réduction des risques liés au tabac. En 2017, 70 scientifiques signaient une lettre l’appelant à adopter « une approche plus positive à l’égard des nouvelles technologies et des innovations susceptibles de mener plus rapidement à terme l’épidémie de maladies causées par le tabagisme. »

En 2021, lors du E-Cigarette Summit, Robert Beaglehole avait déjà pris la parole en fustigeant l’organisation pour « son objectif irréaliste d’abstinence de nicotine » et sa « résistance obstinée à l’adoption de produits moins nocifs. »

Quelques mois plus tard, c’était au tour de 100 experts du monde entier de rédiger un courrier appelant à « supporter et promouvoir l’inclusion de la réduction des méfaits du tabac dans la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac. »

Enfin, en 2024, Ruth Bonita et Robert Beaglehole rédigeaient un commentaire dans la revue scientifique, The Lancet, indiquant qu’il n’y a « aucune justification scientifique à la position de l’OMS selon laquelle les cigarettes électroniques et autres nouveaux produits à base de nicotine devraient être traités de la même manière que les produits du tabac. »

Autant de déclarations qui sont toujours restées lettre morte.

À propos des auteurs

  • Robert Beaglehole : Directeur, Département Maladies chroniques et promotion de la santé (2004–2007) ;
  • Ruth Bonita : Directrice, Surveillance des maladies non transmissibles (1999–2005) ;
  • Tikki Pang : Directeur, Politique et coopération en matière de recherche (1999–2012). A participé à plusieurs reprises au Global Tobacco and Nicotine Forum, une conférence à laquelle plusieurs cigarettiers sont présents. Pang a également déclaré avoir visité les laboratoires de British American Tobacco au Royaume-Uni, et indiqué que les cigarettiers « devraient être considérées comme faisant partie de la solution [au tabagisme] plutôt que comme la cause du problème ».

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