Entre 2012 et 2022, la proportion d’Américains estimant la vape plus dangereuse que la cigarette a été multipliée par dix. Une étude tente d’en expliquer les causes mais sans y parvenir totalement. Et la France ou le Royaume-Uni ne font pas exception.
Une bascule spectaculaire en dix ans

Comme le souligne les chercheurs, la perception de la nocivité du vapotage a fortement évolué au cours des années étudiées. Alors qu’en 2012, les Américains étaient 2,8 % à juger la vape plus nocive que le tabagisme, ce chiffre était de 30,4 % en 2022. En parallèle, la part de ceux la jugeant moins nocive est passée de 50,7 % à 16,7 %. Une évolution particulièrement négative alors qu’au cours des dix années étudiées, de nombreuses études scientifiques ont confirmé la moindre nocivité du vapotage par rapport au tabagisme, et son efficacité pour arrêter de fumer.
Real Cost et EVALI, les deux coupables désignés par l’étude
Selon les auteurs, cette évolution pourrait s’expliquer de deux manières : la campagne nationale antitabac The Real Cost, étendue par la FDA aux produits du vapotage à partir de 2018, notamment avec un film antivape, un jeu vidéo antivape, et même un comics antivape signé Marvel. Ainsi que l’épisode de maladies pulmonaires qui a touché les États-Unis en 2019, rapidement baptisé EVALI par les CDC, pour E-cigarette, or Vaping, product use-Associated Lung Injury.
Durant cette période, plusieurs dizaines de vapoteurs avaient perdu la vie, et la cigarette électronique avait été désignée coupable. Après enquête des autorités sanitaires, il s’agissait en fait de consommateurs d’e-liquides au THC dont l’un des ingrédients était l’acétate de vitamine E, un agent épaississant qui provoquait des lésions pulmonaires à l’inhalation.
Les chercheurs indiquent toutefois que le design observationnel de leur travail ne permet d’établir de causalité entre ces deux événements et l’évolution de la perception des risques du vapotage par les habitants des États-Unis.
Une liste d’épisodes bien plus longue que celle retenue par l’étude
S’il y a peu de doute que ces épisodes ont marqué les Américains, les scientifiques semblent pourtant en avoir oublié plusieurs. Aux États-Unis, la cigarette électronique fait régulièrement l’objet d’attaques en tout genre et pas une semaine ne passe sans que les médias n’en fassent leurs gros titres, parfois lors d’affaires qui s’étalent sur plusieurs mois. Nous pourrions par exemple citer « l’affaire Juul », le fabricant de pod qui, après son succès fulgurant sur le marché, a été accusé d’être responsable de la hausse du nombre de vapoteurs chez les mineurs. Une affaire qui a été à l’origine de plusieurs déclarations alarmistes de la FDA au sujet du vapotage. Par exemple, Scott Gotlieb, alors commissaire de l’organisme de santé, n’hésitait pas à parler d’« épidémie de vapotage chez les mineurs » ou encore à qualifier la vape de « tragédie de santé publique ».
L’histoire de Juul avait également été à l’origine de la mise en place de nouvelles restrictions sur la cigarette électronique, comme l’interdiction (rapidement suspendue) de la marque elle-même, la presque interdiction des arômes pour les pods à cartouches, ou encore le refus d’autorisation de mise sur le marché de plusieurs millions de produits du vapotage.
Ajoutons à cela divers événements sporadiques comme le manifeste laissé par un tueur de Minneapolis dans lequel il parlait du vapotage, le mythe de l’antigel dans les e-liquides ranimé par la plus importante association de médecins des USA, les déclarations des CDC qui indiquent que la chute du tabagisme dans le pays est gâchée par la hausse du vapotage, les nombreuses plaintes déposées par des États contre des fabricants de cigarettes électroniques, voire l’industrie toute entière, les prises de position antivape du Congrès, l’interdiction de tous les arômes dans plusieurs grandes villes américaines, l’interdiction des produits de la vape sur plusieurs grandes plateformes comme eBay, FedEx, et plus récemment Shopify.
Un phénomène qui ne s’arrête pas aux frontières américaines
Pourtant, si cette accumulation d’épisodes a sans doute pesé auprès de l’opinion publique, elle ne suffit pas à expliquer le phénomène à elle seule. Preuve en est, cette tendance s’observe aussi dans d’autres pays du monde. Au Royaume-Uni, par exemple, où les pouvoirs publics ont toujours été favorables à la cigarette électronique en tant qu’outil de sevrage tabagique, une partie grandissante du public continue de considérer le vapotage comme étant aussi nocif que le tabagisme. Dans l’Hexagone, selon le dernier sondage OpinionWay pour la FIVAPE, « 72 % des Français, soit 3 personnes sur 4 ne sont pas conscients de la réduction des risques entre vaper et fumer. »
Une question persiste alors : à qui la faute ?
Sources et références
1 Alexander Wu, Sumin Son, Matthew Lee, Sandi L Pruitt, Chul Ahn, David Balis, John D Minna, Cristina Thomas, David E Gerber, Association of Vaping-Related Events with Relative Harm Perceptions of E-Cigarettes, Nicotine & Tobacco Research, Volume 28, Issue 8, August 2026, Pages 1439–1442, https://doi.org/10.1093/ntr/ntag024
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