Face à un marché noir du tabac qui capte désormais 80% de la nicotine consommée en Australie, un comité sénatorial propose de geler la taxe sur les cigarettes et de libéraliser la vente des cigarettes électroniques.
Le tabac, un problème politique
Début juin 2026, un rapport de l’Australian Bureau of Statistics (ABS) indiquait que 80 % de la nicotine consommée en Australie provenait de sources illicites en 2025, contre 12 % en 2017. Un phénomène dont l’ampleur s’est accentuée au fil des ans et des restrictions grandissantes sur les produits contenant de la nicotine. Dans le pays, le tarif d’un paquet de cigarettes dépasse les 26 euros (43 A$) et la commercialisation des cigarettes électroniques est réservée aux pharmacies. Face à cette situation, le comité sénatorial a déposé un rapport le 31 août 2026 qui propose de geler l’accise sur le tabac « jusqu’à ce qu’une réduction significative du marché illicite du tabac puisse être obtenue », et de suivre le modèle néozélandais pour la vente de produits de la vape, « afin d’autoriser la vente légale de cigarettes électroniques contenant de la nicotine (…) en tant qu’alternatives comparativement moins nocives pour les fumeurs australiens. »
Ces recommandations, qui proviennent d’un comité sénatorial à majorité libérale, sont loin de faire l’unanimité. Si certains acteurs les ont accueillies avec bienveillance, notamment dans le secteur du commerce de détail, le gouvernement s’est d’ores et déjà prononcé contre toute baisse immédiate des taxes sur le tabac, qualifiant le rapport de « coup monté » de la part des libéraux. Certains députés du camp gouvernemental ont également tenu à rappeler que l’opposition a reçu des dons de Big Tobacco, et que son objectif est de « bénéficier aux grandes compagnies de tabac et à ceux qui ont un intérêt direct à vendre davantage de nicotine aux Australiens. »
De l’autre côté du spectre, les partis Coalition (droite conservatrice) et One Nation (extrême droite) ont tous deux proposé une diminution de l’accise sur le tabac de 80 et 75 %. Des demandes qui ont fait bondir certains défenseurs de la santé publique qui estiment qu’une baisse du prix des cigarettes ferait également diminuer leur prix sur le marché noir, puisqu’ils ne coûteraient que 28 cents à produire. Aucune baisse légale ne pourrait ainsi concurrencer ces tarifs. Pour la députée travailliste Tanya Plibersek, le projet du parti Coalition « tuera des gens ».
Le dossier de la taxation des cigarettes, et plus généralement, la politique antitabac du pays, pourrait bien s’inscrire prochainement dans un positionnement de moyen terme entre le gouvernement et une opposition en quête de lignes de démarcation, à l’approche des élections fédérales prévues d’ici 2028.
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