73 % de réussite, 150 000 clients, un produit « approuvé en toxicologie » : Breez ne manque pas d’arguments pour vendre son inhalateur d’huiles essentielles pour arrêter de fumer. Encore faut-il qu’ils résistent aux vérifications.
Un produit qui soulève de nombreuses questions
Capture d’écran tirée du site officiel de Breez.
Les réseaux sociaux sont pleins de belles promesses sur tous les sujets. L’arrêt du tabagisme, ou du vapotage, n’échappe pas à la règle. Par le passé, notre rédaction s’était déjà penchée sur plusieurs outils présentés comme des aides pour arrêter de fumer : le bracelet Glame, la paille métallique Sasillia, le pod MyMoodz, les cigarettes Oui’Garette, ou encore la paille en bois My Pipo. Aujourd’hui, nous portons notre intérêt sur Breez, ou Breezstick, un inhalateur d’huiles essentielles qui promet une « transition douce vers une vie sans tabac ».
Certaines de ses publications sponsorisées sur les réseaux sociaux mettent en avant les risques du vapotage, ou remettent en question l’utilité des patchs de nicotine : « Vapoter c’est accepter d’inhaler des métaux lourds. Les patchs c’est accepter d’être encore plus dépendant à la nicotine. Et si y’avait une troisième voie ? »
Alors, Breez, une révolution pour arrêter de fumer ?
Capture d’écran d’une des nombreuses publicités achetées par Breez sur les réseaux sociaux. Celle-ci est diffusée sur Facebook, Instagram, et Threads.
Comme pour les produits précédemment analysés, la réponse à cette question est non. Mais avant d’entrer dans les explications scientifiques, attardons-nous sur les nombreux indices qui montrent qu’il s’agit d’un produit particulièrement suspect.
Capture d’écran du site officiel de Breez, qui parle d’une « transition douce vers une vie sans tabac ».
Des chiffres qui changent selon les pages
Premier élément, les chiffres annoncés sur le site officiel changent selon les pages. Par exemple, la page d’accueil annonce plus de 30 000 utilisateurs, lorsque la description de la page de l’inhalateur, telle qu’elle apparaît sur Google, parle de 150 000 personnes. La page concernant les patchs sans nicotine, elle, ne parle plus que de 5 000 ex-fumeurs.
Capture d’écran de l’annuaire des entreprises du gouvernement français
Le registre des sociétés montre que l’entreprise derrière Breez (C&G Corporate) a été immatriculée le 30 septembre 2025, avec un capital de 1 000 € et aucun salarié. Ainsi, pour atteindre 150 000 personnes en 2025, comme le prétend le site internet, il aurait fallu servir plus de 1 500 personnes par jour pendant les trois derniers mois de l’année. Un chiffre qu’il paraît bien difficile d’atteindre pour une nouvelle entreprise, qui plus est sans aucun salarié.
Des allégations invérifiables
Breez revendique 73 % de réussite à 30 jours pour arrêter de fumer, sans méthode ni définition.
Dans l’essai de 20111 le plus proche du concept, des fumeurs sous patch de nicotine, bupropion et suivi comportemental cumulés affichaient 35 % d’abstinence à quatre semaines. Avec un inhalateur sans nicotine en plus, ce taux montait à 38 %, un écart non significatif. Breez prétend presque doubler ce score avec son seul inhalateur, sans nicotine, et sans accompagnement par un quelconque professionnel de santé.
Des avis clients suspects
À en croire les avis mis en avant sur le site internet, Breez serait miraculeux. Pourtant, une rapide lecture met en lumière plusieurs indices qui laissent penser à de faux avis. Par exemple, en date de rédaction de cet article, le 6 octobre 2026, « Louis.S » explique avoir décidé d’arrêter de fumer sans vouloir passer au vapotage. « lorsque j’ai vu une pub de Breez, je n’ai hésité (sic) ! Je fais semblant de fumer avec le breezstick et en plus c’est agréable. Tout le monde est bluffé au boulot…Et en plus, ce n’est pas interdit, contrairement au vapotage… » Un avis daté du 16 décembre 2026, soit plus de deux mois dans le futur.
Capture d’écran du site officiel de Breez, enregistrée le 6 octobre 2026. Cet avis est donc daté de deux mois dans le futur.
Dans le même esprit, soulignons que certains avis ont le problème inverse. Plusieurs sont datés des 11 et 17 août, du 1er, du 5 et du 10 septembre 2025. Des clients vantaient donc l’efficacité de Breez pour arrêter de fumer avant même que l’entreprise ne soit immatriculée !
Aucun laboratoire ni entrepôt en propre
Autre point à souligner : Breez met en avant sur son site internet des « laboratoires [qui] se trouvent en Bretagne » et des « entrepôts [qui] se situent dans le centre de la France ». Pourtant, ces derniers n’ont aucune existence sur l’attestation d’immatriculation au registre national des entreprises. Ces informations sont consultables sur le site de l’INPI.
Ajoutons par ailleurs que l’adresse du siège social qui est présentée sur le site internet est périmée. Ce dernier, qui était situé à Auxonne (21130), a été fermé le 18 mai 2026, soit près de cinq mois avant la rédaction de cet article. La nouvelle adresse déclarée est désormais située à Paris (75008), à l’adresse d’une société de domiciliation.
Notons également que les photos des deux fondateurs, « Camille » et « Guillaume », portent les noms « hf_20260319_174715_66602d76-7ebc-4239-958c-82798e9649ad.png » et « hf_20260319_174720_c7072600-27dc-415a-805d-77d400b81ddf.jpg ». Ce format est cohérent avec Higgsfield, un générateur d’images par IA.
L’image qui met en avant une livraison d’un produit Breez est encore plus parlante, puisqu’elle porte le nom « freepik__create-an-ultrarealistic-studio-photograph-inspire__86264_1.png ». Cette fois, le début du prompt donné à l’IA générative de Freepik est directement indiqué dans le nom du fichier créé.
Cette image mise en avant sur le site de Breez a été générée par l’intelligence artificielle, comme le montre le nom du fichier.
Des allégations thérapeutiques suspectes
En plus de tous les éléments ci-dessus, d’autres faits invitent à la plus grande prudence au sujet de Breez pour arrêter de fumer.
Le site internet met, par exemple, en avant le fait que le produit serait « approuvé en toxicologie », et qu’il aurait été validé « par un docteur en toxicologie à partir de nombreuses études scientifiques ».
L’étude dont il est question, disponible en intégralité et dont le nom contient d’ailleurs le terme « marketing », indique pourtant tout autre chose. Le document souligne s’être penché sur la sécurité de l’inhalation de trois huiles essentielles : citron, menthe poivrée, et orange douce, à partir de scénarios d’exposition, dont une analyse des émissions en laboratoire, réalisée « à la demande et en accord avec la société C&G CORPORATE ». Nous sommes donc loin d’une étude indépendante.
Et ses résultats indiquent uniquement qu’il est « possible de maitriser le risque dès lors que des dilutions en amont par le metteur sur le marché sont réalisées respectivement de 5 pour l’HE de citron de 17 pour l’HE de menthe poivrée et de 11 pour l’HE d’orange douce pour un usage d’1 goutte d’HE sur le dispositif / jour chez l’adulte selon les protocoles d’exposition explicités dans le rapport “MAJ CGC 19-12-2025 D23220 MAJ HE” ».
L’entreprise a-t-elle respecté ces dosages pour ses huiles essentielles ? Ce n’est indiqué nulle part. Breez avertit-elle que les consommateurs doivent se limiter à une goutte d’huile sur le dispositif chaque jour ? Pas tout le temps. Ces dosages sont pourtant les seuls qui ont été étudiés et pour lesquels il est « possible de maitriser le risque ».
La foire aux questions du site internet laisse d’ailleurs penser que les consommateurs pourraient utiliser une dose bien supérieure. Si Breez recommande bien d’utiliser « une goutte d’huile essentielle par jour sur le coton afin de garantir une utilisation maîtrisée et sans risque dans le cadre d’un usage normal », la marque explique plus bas que la durée d’un flacon « correspond à environ 1 mois d’utilisation dans le cadre d’un usage classique ». Or, un flacon de 5 ml contient au moins une centaine de gouttes, soit plus de 3 mois d’utilisation. Une incohérence de plus.
Quant à la validation par un docteur en toxicologie, aucune trace de ce dernier. Tout comme il n’y a aucune trace des « nombreuses études scientifiques » vantées par le fabricant.
Les réponses aux mêmes questions varient d’une page à l’autre. Sur cette partie du site, les recommandations d’une goutte par jour ont disparu.
Notons également que si la foire aux questions recommande l’utilisation d’une goutte par jour, cette recommandation diffère selon la page du site internet et l’emplacement de la foire aux questions. Sur une même page, Breez affirme qu’il n’y a « aucune limite, aucun risque de surdosage », puis recommande plus bas une seule goutte par jour.
Des certifications détournées
Breez vante également plusieurs de ses certifications. Par exemple, la marque explique être titulaire d’un certificat Ecocert. Si cette certification existe bel et bien, elle signifie uniquement que les huiles essentielles sont produites de manière biologique. Le logo Ecocert est pourtant affiché sur l’inhalateur lui-même, qui n’est absolument pas certifié et qui n’a rien de biologique. Et si cette certification prouve que les huiles sont bio, elle ne garantit absolument rien concernant l’éventuelle sécurité qu’il y aurait à les inhaler. Le tabac bio existe, et il n’en est pas moins cancérigène que le tabac non bio.
Des produits incohérents, voire dangereux
Si tous ces indices laissent planer de sérieux doutes sur l’efficacité de Breez pour arrêter de fumer, l’entreprise met en avant un autre produit : des « patchs sevrage ».
Sans nicotine, ils contiendraient de la valériane, de l’ashwagandha, du 5-HTP, et du magnésium. Des ingrédients qui se retrouveraient dans le corps par la voie transdermique.
Problème : la peau est une barrière conçue pour limiter le passage des substances, et seules les molécules de petite taille, en dessous d’environ 500 daltons2, solubles dans les graisses et actives à faible dose, peuvent passer en quantité utile.
- La valériane et l’ashwagandha sont de simples extraits de plantes complexes pour lesquels il n’existe pas de données de passage cutané. L’organisme public américain chargé des médecines complémentaires, le NCCIH, juge d’ailleurs incohérentes les données sur la valériane pour le sommeil3.
- Le 5-HTP est une petite molécule, certes, mais elle est surtout très soluble dans l’eau et chargée électriquement. Il s’agit du profil inverse de ce qui traverse la peau.
- Le magnésium est quant à lui un ion, et une revue datée de 20174 conclut que l’absorption du magnésium par la peau n’est pas démontrée.
Autrement dit, aucune donnée ne montre que ces ingrédients traversent la peau en quantité utile. Sans parler des doses nécessaires pour qu’ils aient un effet potentiel. À ce sujet, Breez n’indique d’ailleurs aucun dosage.
Ajoutons que l’Anses déconseille l’utilisation de l’ashwagandha5 en complément alimentaire aux femmes enceintes et allaitantes, aux mineurs, et aux personnes souffrant de troubles thyroïdiens, hépatiques ou cardiaques, depuis 2024. Aucune contre-indication ni aucun avertissement ne sont présentés sur la page des patchs Breez.
Le 5-HTP, qui est un précurseur de la sérotonine, a aussi un risque d’interaction connu avec les antidépresseurs sérotoninergiques6 en cas d’ingestion par voie orale. Et là encore, aucune mise en garde n’est affichée. Santé Canada a d’ailleurs refusé de l’autoriser comme ingrédient alimentaire7, faute de données de sécurité suffisantes, et impose sur les produits qui en contiennent la mention « ne pas utiliser si vous prenez des antidépresseurs » [traduction].
Ce qui fonctionne vraiment
Breez s’appuie pourtant sur une réalité : le geste, le rituel de la pause, la main qui cherche la cigarette, etc., entretiennent l’envie de fumer. Mais le cœur de la dépendance reste la nicotine. Remplacer le geste sans elle, c’est traiter le symptôme le plus visible en laissant la cause intacte. L’essai de 2011 le montre bien : même ajouté à un traitement complet, l’inhalateur sans nicotine n’a rien changé de significatif.
Ironie de l’histoire, les publicités de Breez s’en prennent précisément à deux méthodes qui ont fait leurs preuves. En France, les substituts nicotiniques sont le traitement médicamenteux de première intention recommandé par la Haute Autorité de santé8. Et selon la revue Cochrane la plus récente9, la cigarette électronique avec nicotine aide davantage de fumeurs à arrêter durablement que les substituts nicotiniques. Avec des chiffres bien plus modestes que les 73 % revendiqués par Breez, certes, mais mesurés sur la durée, vérifiés biologiquement et confirmés par des dizaines d’essais cliniques.
Il n’existe pas de solution miracle pour arrêter de fumer, contrairement à ce que Breez laisse entendre. Et si votre objectif est le sevrage tabagique, nous ne pouvons que vous recommander de vous en tenir à des méthodes dont l’efficacité est reconnue.
Sources et références
1 Caponnetto, P., Cibella, F., Mancuso, S., Campagna, D., Arcidiacono, G., & Polosa, R. (2011). Effect of a nicotine-free inhalator as part of a smoking-cessation programme. European Respiratory Journal, 38(5), 1005–1011. https://doi.org/10.1183/09031936.00109610
2 Bos, J.D. and Meinardi, M.M.H.M. (2000), The 500 Dalton rule for the skin penetration of chemical compounds and drugs. Experimental Dermatology, 9: 165-169. https://doi.org/10.1034/j.1600-0625.2000.009003165.x
4 Gröber U, Werner T, Vormann J, Kisters K. Myth or Reality-Transdermal Magnesium? Nutrients. 2017 Jul 28;9(8):813. doi: 10.3390/nu9080813. PMID: 28788060; PMCID: PMC5579607.
5 Avis de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail relatif aux risques liés à l’utilisation des préparations de Withania somnifera (L.) Dunal dans les compléments alimentaires
6 Monographie 5-HTP, Gouvernement du Canada
7 Decision on 5-hydroxytryptophan (5-HTP) as a supplemental ingredient in foods, Gouvernement du Canada
8 Sevrage tabagique : des outils pour repérer et accompagner les patients, Haute Autorité de santé
9 Lindson N, Livingstone-Banks J, Butler AR, McRobbie H, Bullen CR, Hajek P, Wu AD, Begh R, Theodoulou A, Ma C, Notley C, Rigotti NA, Turner T, Fanshawe T, Hartmann-Boyce J. Electronic cigarettes for smoking cessation. Cochrane Database of Systematic Reviews 2026, Issue 8. Art. No.: CD010216. DOI: 10.1002/14651858.CD010216.pub11.
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