Taxer le tabac à outrance et interdire la vape devait faire baisser la consommation de nicotine en Australie. C’est l’inverse qui s’est produit : selon une étude officielle publiée ce 3 juin, la consommation a bondi de 40 % en huit ans, avec 80 % de la nicotine désormais issue du marché noir.
L’échec de la politique antitabac australienne

Statistiquement, il était simple de relier cette diminution des dépenses des Australiens à l’augmentation des taxes. Cette diminution pouvait ensuite être interprétée comme une diminution de la consommation, et donc du nombre de fumeurs. Problème, en Australie, associations, médias et autres institutions n’ont eu de cesse de parler d’une explosion du marché noir. L’Australian Bureau of Statistics s’est donc retrouvé dans une situation inconfortable : ses chiffres officiels donnaient l’impression que les Australiens fumaient moins, alors que d’autres acteurs indiquaient que la consommation s’était simplement déplacée vers des marchés parallèles.
Pour combler ce déficit, l’ABS a mis au point une méthode expérimentale généralement utilisée pour estimer la consommation de drogues : s’intéresser aux eaux usées. Le principe est simple : des échantillons d’eaux usées sont prélevés dans différentes stations d’épuration, on en mesure la concentration de métabolites de nicotine qui s’y trouvent par le biais des urines, puis on rapporte cette concentration au nombre de personnes raccordées à cette station.
Là où l’Australian Bureau of Statistics a fait preuve d’innovation, c’est en croisant les concentrations retrouvées avec des données externes, notamment fiscales et commerciales, pour isoler la nicotine qui pourrait venir de produits du tabac légaux, et les autres. Résultat : après analyse d’échantillons prélevés dans 60 stations d’épuration couvrant 60 % de la population, 80 % de la nicotine consommée proviendrait de sources illicites selon les estimations de l’ABS.
Alors que la part des sources illicites dans la nicotine consommée en Australie était de 12 % en 2017, elle serait donc passée à 80 % en 2025. L’organisme officiel dédié au tabac illicite, le commissaire ITEC, estimait pour sa part ce chiffre à 50-60 % pour 2024-25, un écart que l’ABS explique par un périmètre plus large qui inclut l’ensemble des produits nicotinés. Les produits du vapotage sont d’ailleurs comptabilisés dans les produits illicites à cause du régime quasi prohibitif auquel ils sont soumis.
Alors que la consommation de tabac légal (en bleu) n’a cessé de diminuer depuis 2016, la consommation de tabac illégal (en orange) a fortement augmenté.
Si le bureau australien rappelle que ces données sont expérimentales et appelées à évoluer, elles font de l’Australie un cas d’école. La restriction drastique des alternatives légales au tabac combustible en parallèle d’une augmentation des taxes sur ce dernier conduit à un report massif de la consommation vers le marché noir. Qui plus est, en Australie, la consommation de nicotine a augmenté de 40 % entre 2017 et 2025, alors que la croissance démographique était de 14 % sur la même période. L’ABS souligne toutefois qu’il est impossible de savoir si cette augmentation reflète un accroissement du nombre de consommateurs ou les mêmes consommateurs qui consomment davantage. Quoi qu’il en soit, la politique antitabac australienne, aussi drastique soit-elle, n’a pas permis de ralentir la consommation de nicotine, bien au contraire.
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