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USA : les images-chocs antitabac contre-productives chez certains ados

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Normalement destinées à les repousser, les images-chocs “gores” antitabac pourraient en réalité accroître l’intérêt des adolescents hésitants vis-à-vis de la cigarette.

Des images au mieux sans effet, dans un contexte gavé de publicité

Selon une récente étude parue dans la revue Nicotine et Tobacco Research [1], certains jeunes, confrontés aux images-chocs de dégâts causés par le tabagisme, montreraient davantage d’intérêt pour le tabac après y avoir été exposés, notamment chez ceux présentant un risque de fumer. Ces images n’auraient en revanche aucun effet sur les adolescents déterminés à ne jamais fumer.

Le test grandeur nature : de faux commerces remplis d’affiches publicitaires et de messages positifs pour les produits du tabac.

Menée dans un laboratoire répliquant, grandeur nature, un magasin de proximité tel qu’on les trouve aux États-Unis, l’étude cherchait à évaluer l’impact de l’environnement publicitaire au cours d’une séance de shopping. Ces types de commerces sont “inondés” d’affiches publicitaires pour les produits du tabac, de panneaux de promotions de prix et les rayonnages des produits du tabac sont bien en vue derrière les comptoirs de caisse.

Les chercheurs ont demandé à 441 adolescents de déambuler dans le magasin pour acheter quelques articles.  Ils étaient répartis au hasard dans l’une des quatre situations suivantes : présence ou non d’une affiche antitabac placée près des rayonnages de tabac et présence ou non d’une affiche antitabac près de la caisse. Environ 5% des participants avaient déclaré avoir déjà fumé et environ 20% étaient considérés à risque.

Privilégier des méthodes éprouvées

Images choc campagne antitabac FDA

Les 9 images-chocs de la campagne antitabac de la FDA

Au lieu de contrer la publicité positive sur le point de vente, les chercheurs ont observé qu’une affiche antitabac semble accroître la vulnérabilité des adolescents jugés à risque. Une conclusion inquiétante alors que l’affiche utilisée au cours de l’expérimentation est l’une des neuf que la FDA a choisies pour les paquets de cigarettes et ses affiches, pourtant considérée comme étant la plus efficace vis-à-vis des jeunes.

C’est ainsi que William Schadel, principal auteur de l’étude, appelle les décideurs à la prudence lorsqu’ils envisagent des campagnes d’affichage dans les établissements de vente au détail. Il ajoute : “Ce type d’action a besoin de recherches supplémentaires ou devrait être abandonné au profit de solutions aux résultats mieux démontrés.”

Le chercheur avance plusieurs hypothèses pour expliquer cette situation. Il est possible que “des adolescents à risque aient réagi de façon défensive aux affiches-chocs“, les amenant à minimiser les risques pour la santé décrits dans l’affiche. Il est aussi possible que “les affiches-chocs aient détourné l’attention des adolescents vers les zones où ils ont été exposés à des messages positifs pour le tabac.

Une étude de chercheurs indépendants 

C’est le premier réflexe à avoir lorsque l’on voit ce type d’études. L’industrie du tabac se démène de plusieurs années pour opposer le paquet neutre et ce type de message. L’équipe de chercheurs est-elle indépendante de cette industrie ?

La réponse est oui. Cette étude a reçu le soutien du National Cancer Institute et le Center for Tobacco Products de la FDA. Elle a été menée par le RAND Health, le plus important programme de recherche indépendant sur les politiques de santé aux États-Unis. La liste de ses soutiens et donateurs parle d’elle même.

Les conclusions de l’étude, malgré ces limitations, sont ainsi à prendre au sérieux.

L’attrait des ados pour le gore

Une autre possibilité, que William Shadel n’évoque pas mais qui pourrait aussi expliquer en partie l’effet contre-productif de ces affiches, est l’attirance des adolescents pour le “gore”, le morbide, comme en témoigne le succès des films d’horreur dans cette tranche de la population. Jean-Pierre Couteron, président de la Fédération Addiction évoquait notamment cet attrait lors d’une émission télévisée récente consacrée au tabagisme. 

 


[1] William G Shadel, Steven C Martino, Claude Setodji, Michael Dunbar, Daniela Kusuke, Serafina Lanna, Amanda Meyer; Placing Antismoking Graphic Warning Posters at Retail Point-of-Sale Locations Increases Some Adolescents’ Susceptibility to Future Smoking, Nicotine & Tobacco Research, , ntx239, https://doi.org/10.1093/ntr/ntx239
  • pierre rouzaud

    Le jeune est motivé par le goût du risque (t’es pas cap ) et attiré par l’interdit.Les images horribles n’ont eu aucune incidence sur la consommation :le vrai fumeur fume la clope et se moque du paquet ,l’enfant est attiré par le danger connu du tabagisme et authentifié par l’image horrible

  • Randall

    Une étude approfondie des facteurs influençant le tabagisme des jeunes avait été publiée en France en 2004 :Lydia Fernandez, Tabagisme et états métamotivationnels chez des adolescents lycéens
    Psychotropes, 2004/2 (Vol. 10)

    Le tabagisme des adolescents est associé à l’état d’opposition (EO).
    L’esprit de rébellion, le non-conformisme, l’attrait pour les conduites de transgression et les attitudes contestataires qui constituent des facteurs prédisposant au tabagisme ont un rapport évident avec l’(EO). Le tabagisme juvénile a également des liens avec les modalités de l’expérience humaine, les sentiments et valeurs centrales de l’(EO).
    Quand le jeune fume :
    * Il fait l’expérience des règles comme surtout restrictives car il les transgresse, il n’obéit pas aux conseils de ses parents, des enseignants, de la société… de ne pas fumer.
    * Il se sent en opposition avec les attentes de ses parents, de sa famille élargie, de ses éducateurs… car il fait ce que ces derniers lui interdisent de faire : fumer. Le niveau d’opposition de l’adolescent est donc élevé.
    Fumer pour l’adolescent correspond bien à la valeur centrale de l’état d’opposition : la liberté. En effet, en fumant, le jeune se sent rebelle, il pense acquérir de l’autonomie, de l’indépendance, car c’est lui qui décide de fumer, contre les désirs des autres personnes.
    […]
    Auparavant, les adolescents fumaient pour ressembler aux grands, maintenant ils fument pour s’affirmer en opposition au monde des adultes (parents, enseignants…) grandir devient de plus en plus une démarche de désengagement brutal vis-à-vis du monde parental, de la société. Fumer devient un acte de revendication, de contestation, de rébellion et de transgression. Pour Erickson (1950), l’opposition contenue dans le fait de fumer est liée au besoin du jeune pendant l’adolescence d’acquérir de l’autonomie, une nouvelle identité.

    Dans ces conditions, toute tentative pour “normaliser” la conduite des l’adolescent(e), la rendre conforme aux directives hygiénistes et réductrices de sa liberté ne fait que renforcer son attrait pour ce qui est interdit. Mais les zélotes anti-tabac n’ont que faire de ces considérations humaines…