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Traces de métaux dans la vapeur de certaines cigarettes électroniques : faut-il s’inquiéter ?

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Riccardo Polosa est le directeur de l’Institut de médecine interne et d’immunologie clinique de l’Université de Catane en Italie. Il répond aux interrogations de James Dunworth sur la présence de particules de métaux détectée dans la vapeur de certaines e-cigarettes.

Réponses avec le professeur Riccardo Polosa

Des traces de métaux dans la vapeur de certaines e-cigarettes : faut-il s'inquiéter ?

Des traces de métaux dans la vapeur de certaines e-cigarettes : faut-il s’inquiéter ?

James Dunworth (JD) : Des études récentes [1] ont fait état de taux plus élevés de chrome et de nickel dans la vapeur de certaines cigarettes électroniques. D’autres métaux comme le plomb et le zinc ont également été détectés mais à des taux moins élevés que dans les cigarettes traditionnelles. Les vapoteurs doivent-ils s’inquiéter de ces niveaux ?

RP : Non. Les résultats actuels montrent que les cigarettes électroniques sont largement moins nocives que les cigarettes de tabac. Premièrement, les taux de métaux décelés dans ces études sont bien inférieurs à la dose quotidienne maximale autorisée de médicaments inhalés, selon la Pharmacopée américaine.

Les vapoteurs devraient être plus préoccupés par l’air qu’ils respirent dans les villes polluées plutôt que de la vapeur de leurs e-cigarettes. R-Polosa

Deuxièmement, bien que les taux décelés dans les e-cigarettes puissent poser quelques risques résiduels, ces risques sont bien inférieurs à ceux posés par les cigarettes de tabac. Il faut garder en tête que la fumée de cigarette contient un cocktail de plus de 7000 substances toxiques dont plus de 40 substances cancérigènes reconnues et se focaliser sur des résidus n’a aucun effet bénéfique pour la santé si ce n’est de créer des titres alarmants dans la presse.

Troisièmement, en tenant compte des rapports issus des différentes agences de protection de l’environnement, les vapoteurs devraient être plus préoccupés par l’air qu’ils respirent dans les villes polluées plutôt que de la vapeur de leurs e-cigarettes !
Enfin, l’innovation de produits (nouveaux matériaux, mèches en coton, etc) minimisera à terme ces risques résiduels. [ndlr : d’autres études comme celle concernant la Vuse n’ont pas détecté de métaux]

JD : Les taux de métaux détectés dans les cigarettes électroniques sont bien en-deçà de la dose quotidienne maximale autorisée par la Pharmacopée américaine en termes de métaux lourds pour les médicaments inhalés – par exemple, l’exposition quotidienne maximale autorisée au plomb est de 5 microgrammes alors que les e-cigarettes n’en émettent que 0.000126 microgrammes par heure (en utilisation continue). Si tel est le cas, pourquoi autant d’inquiétude ?

RP : Décrire comme nocif les taux résiduels d’une certaine substance chimique est une tactique courante des journalistes, lobbyistes et même des gouvernements afin de pousser le public à la “chemophobie” (la peur des produits chimiques) qui alimente désormais en grande partie le débat sur les cigarettes électroniques. Bien entendu, associer un risque avec la présence de métaux ne signifie pas forcément que cela est dangereux.

De nombreux journalistes et lobbyistes exploitent cette ignorance à leur avantage lorsqu’ils veulent diaboliser quelque chose. -R. Polosa

C’est la dose qui fait le poison et, par conséquent, tout ce qui nous entoure peut être toxique à un certain niveau. Mais tout ce que nous touchons, voyons et sentons est constitué de produits chimiques et toutes ces choses réduites à leur nom chimique peuvent sembler sinistres lorsque des personnes peu habituées à la chimie y sont confrontées.

De nombreux journalistes et lobbyistes exploitent cette ignorance à leur avantage lorsqu’ils veulent diaboliser quelque chose et perpétuer cette ignorance.
Les lecteurs de ce site connaissent parfaitement cette tactique grâce à l’exemple du propylène glycol. Tout article qui veut dépeindre la cigarette électronique comme négative parvient à glisser dans son contenu le fait que le propylène glycol est un des constituants de l’antigel.

Bien entendu, le simple fait que le propylène glycol (ou tout autre produit chimique) puisse avoir des propriétés contre le gel ne le rend pas dangereux pour autant et, si l’on songe à quel point il est omniprésent, les craintes le concernant sont pour la plupart infondées. Il est présent en toute sécurité dans la fumée utilisée dans les théâtres et dans les inhalateurs pour l’asthme ainsi que dans une multitude d’autres produits de consommation très répandus (comme les lotions et le dentifrice).

JD : Est-ce que cela signifie que des doses plus élevées de métaux sont possibles dans les médicaments ?

RC : Les métaux en faible concentration peuvent être utilisés en tant qu’agent de conservation et de bactéricide dans les médicaments mais je ne possède pas de données comparatives pour pouvoir commenter là-dessus.

JD : Les métaux présents dans la vapeur passive représentent-ils une menace pour les non-fumeurs ?

RP : Tout le monde sait que la fumée passive contient des milliers de substances chimiques et peut nuire à la santé. Consommer une cigarette électronique dans un espace intérieur pourrait involontairement exposer les non-fumeurs à des résidus de nicotine mais pas à des produits de combustion spécifiques au tabac. Point.

JD : La directive européenne RoHS exige que la cigarette électronique et le cartomiseur soient testés pour toute trace de plomb. Comment se peut-il que le plomb, pour lequel on pensait qu’il composait une bonne partie de la cigarette électronique, soit présent dans la vapeur ? (J’ai également entendu dire que des cartomiseurs de mauvaise qualité furent utilisés dans une étude – est-ce vrai ?)

RP : Des résidus de plomb ont été découverts dans certaines vapeurs de cigarettes électroniques mais des taux similaires furent également décelés dans l’inhalateur Nicorette lors de la même étude. Le plomb présent dans la vapeur peut provenir de l’acier inoxydable de la bobine fabriquée à partir de l’acier ferritique bien moins cher qui contient moins de chrome et de nickel mais qui pourrait contenir du plomb.

De toute évidence, tenir les clients correctement informés, mettre en place des normes de sécurité et de qualité et innover le produit permettront à terme d’éliminer ces risques résiduels.

A l’avenir, des fonds de recherches spécifiques devront être alloués à cette fin.


[1] : Particulate Metals and Organic Compounds from Electronic and Tobacco-containing Cigarettes: Comparison of Emission Rates and Secondhand Exposure” by Saffari. A. et al. (2014). DOI: 10.1039/C4EM00415A

Traduit de l’anglais d’après l’article original Metals In ECigarette Vapour: An Interview With An Expert

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