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Qui sont les fumeurs français d’aujourd’hui ?

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Les fumeurs en France : qui sont-ils, et surtout, pourquoi fument-ils encore ? Question subsidiaire : comment la vape peut-elle aller les chercher et les convaincre ? C’est ce que nous nous sommes demandé à travers les données les plus récentes. Et nous avons peut-être levé un lièvre sur la croissance de la vape.

Tu veux mon doigt ?

Il va falloir poser une base avant de s’avancer plus loin dans les chiffres : comment les obtient-on ? Quelle est la façon dont on compte les fumeurs ? Évidemment, pour un sujet aussi sérieux, personne ne va accepter qu’on utilise la méthode du “doigt mouillé”, dont on rappelle la technique : on se met un doigt dans la bouche pour l’humecter de salive, puis on le met en l’air pour dire, selon la sensation perçue, depuis quel côté souffle le vent. Non, évidemment.

Pour compter les fumeurs, on procède de façon scientifique : on utilise le doigt mouillé, mais en tenant une boussole dans l’autre main, pour pouvoir dire précisément ce qu’on pense percevoir.

L’estimation du nombre de fumeurs commence toujours sur le terrain, au plus près de la population, avec de grandes enquêtes qui prennent le pouls des habitudes tabagiques. Des dizaines de milliers de personnes sont interrogées à partir d’un tirage aléatoire, puis leurs réponses sont soigneusement pondérées pour refléter la réalité démographique du pays.

À travers quelques questions standardisées, on reconstitue ainsi un portrait du tabagisme, tranche d’âge après tranche d’âge, région après région. Cette première photographie statistique fournit la proportion de fumeurs dans la population, une donnée simple en apparence, mais qui résulte d’une mécanique méthodique.

À partir de là, tout devient affaire d’arithmétique démographique. La prévalence mesurée sur le terrain est appliquée aux effectifs réels issus du recensement, ce qui transforme une proportion abstraite en un nombre concret de personnes. Le même raisonnement s’étend à chaque segment de population, qu’il s’agisse des hommes, des femmes, des jeunes adultes ou des habitants d’une région donnée. La statistique se fait alors plus précise, presque granulaire, en collant sans cesse à la réalité démographique disponible.

Mais lorsque l’on s’intéresse à de très petits territoires, le jeu statistique se complique. L’échantillon d’enquête n’est plus suffisamment dense pour produire des estimations solides, et l’on doit alors faire appel à des techniques plus sophistiquées. En France, par exemple, des modèles comme celui de Fay-Herriot permettent d’enrichir les données fragiles grâce à d’autres indicateurs issus du recensement ou de caractéristiques sociales locales. Ce travail d’ingénierie statistique donne naissance à des estimations fiables là où les enquêtes seules ne peuvent pas suffire.

À l’échelle mondiale, le défi passe au niveau supérieur, avec utilisation de modèles bayésiens, mais ce n’est plus le sujet.

Une comptabilisation fumeuse

Ce sont donc des méthodes sondagières, qui sont réfléchies, précises, créées et appliquées par des personnes compétentes, mais qui sont sujettes à l’erreur.

Et le modèle déclaratif en lui-même pose problème. Parce que les sujets peuvent mentir. Ils n’y ont pas intérêt, dans l’absolu, ça ne leur coûte ni ne leur rapporte rien. Mais un fumeur interrogé sur sa consommation de cigarettes pourra néanmoins travestir la réalité, pour ne pas décevoir un conjoint ou une conjointe, par exemple, ou pour se voiler la face sur sa dépendance réelle.

On en voit en boutique qui expliquent que “fumer trois cigarettes par jour, ça va. Des fois une de plus, exceptionnellement”, alors que, dans la réalité, ils achètent un paquet tous les deux jours. L’humain a naturellement tendance à se raconter des histoires pour se rassurer, mais il est obligé également de les raconter aux autres s’il veut qu’elles tiennent.

Il y a parfois des tentatives de corrélation entre la consommation de tabac dans le pays et le nombre de fumeurs. Mais là aussi, il y a des failles : pour calculer la consommation de tabac, on considère… les ventes de tabac, auxquelles on ajoute un indice pondéré d’importations (légales de l’étranger).

D’emblée, cette corrélation ne permet pas d’estimer le nombre de fumeurs dans le pays. Le seul chiffre que cette méthode permet d’approximer, c’est le trafic.

L’empire des sens

Il est souvent lu sur les réseaux sociaux et pros de vape qu’il y a “des vapoteurs partout”, “où sont les fumeurs, il n’y a plus que des vapoteurs”, etc. C’est l’effet Baader‑Meinhof, ou “illusion de fréquence”.

L’illusion de fréquence désigne le fait d’avoir l’impression qu’un objet, une couleur, un concept (par exemple, les voitures vertes) apparaît soudain partout dès qu’on en a parlé ou qu’on y fait attention. En réalité, ces éléments étaient déjà présents, mais le cerveau les filtre moins et les “remonte” davantage à la conscience, ce qui donne l’impression d’une explosion de fréquence.​

L’effet Baader‑Meinhof est un nom populaire pour ce même phénomène de répétition perçue : on rencontre une information ou un objet une première fois, puis on a la sensation de le croiser partout juste après. C’est lié à la manière dont la mémoire récente et l’attention interagissent pour renforcer certaines perceptions au détriment d’autres.

Ce phénomène s’appuie sur des mécanismes proches de l’attention sélective et peut être renforcé par le biais de confirmation, qui pousse à remarquer surtout ce qui confirme ce qu’on a en tête. Par exemple, si vous êtes convaincu qu’il y a de plus en plus de voitures vertes, vous allez davantage repérer celles qui confirment cette idée et ignorer celles d’autres couleurs.

Pour se défaire de cette illusion, il suffit de trouver un grand restaurant (par la taille), et de se poster devant un jour de mariage, par exemple, ou juste un jour où il est complet et compte un certain nombre de groupes. Régulièrement, vous verrez sortir un groupe de consommateurs de nicotine. Il suffit de compter pour se rendre compte que le nombre de fumeurs est supérieur aux vapoteurs. Reste à voir maintenant ce que disent les données.

Qui sont les fumeurs ?

En 2024, environ un quart des adultes de 18 à 79 ans fument encore, dont un peu moins de 18 % quotidiennement, ce qui représente autour de 12 millions de personnes qui consomment du tabac, avec une majorité de fumeurs quotidiens. En dix ans, la France a perdu près de quatre millions de fumeurs quotidiens, ce qui constitue l’une des baisses les plus marquées d’Europe, mais le tabac reste responsable de plus de 75 000 décès chaque année, maintenant sa place parmi les premières causes de mortalité évitable.

L’explication est simple : le cancer, par exemple, ne se déclare pas immédiatement. Un ex-fumeur peut être atteint d’un cancer du fumeur dix, vingt, trente ans après avoir éteint sa dernière cigarette. C’est d’ailleurs le problème majeur qui se pose aux États : si le tabac disparaissait du jour au lendemain, les recettes fiscales cesseraient immédiatement. Toutefois, les coûts engendrés par la maladie courraient pendant des années, entraînant un déficit important.

Derrière ces chiffres globaux, les différences entre hommes et femmes restent nettes, même si elles se réduisent progressivement. En 2024, environ 26,8 % des hommes de 18 à 79 ans déclarent fumer, contre 21,5 % des femmes, ce qui signifie que les hommes demeurent plus nombreux à consommer du tabac. Pour le tabagisme quotidien, les écarts persistent, avec à peu près 19,7 % d’hommes fumeurs au quotidien contre 15,3 % de femmes, même si ces deux proportions ont diminué de manière significative depuis 2021.

Cette convergence progressive ne doit pas masquer des enjeux spécifiques : la littérature de santé publique insiste sur les risques particuliers pour les femmes, notamment pendant la grossesse, ainsi que sur certains cancers et pathologies cardiovasculaires dont la survenue tend à se rapprocher de celle observée chez les hommes à mesure que les comportements se rapprochent.

L’âge joue un rôle déterminant dans les profils de consommation. Les jeunes adultes restent très exposés, mais ce sont eux qui ont le plus réduit le tabac ces dernières années. De 2021 à 2024, la prévalence du tabagisme quotidien parmi les 18-29 ans a chuté d’environ 29 % à un peu moins de 19 %, soit une baisse d’une dizaine de points qui témoigne d’un changement réel de comportement dans cette tranche d’âge.

Les niveaux les plus élevés de tabagisme quotidien ne se situent plus tant chez les plus jeunes que chez les 30-49 ans, où la charge du tabac demeure très forte, notamment chez les hommes de 40 à 49 ans, dont plus d’un quart fument encore quotidiennement. À l’autre extrémité de la vie, les 60-75 ans présentent des prévalences plus faibles, phénomène qui s’explique en partie par des arrêts tardifs, mais aussi par la mortalité prématurée liée au tabac, qui “retire” mécaniquement une partie des plus gros fumeurs des statistiques.

Sociologie de la clope

Les enquêtes récentes montrent un gradient social très net : plus le niveau de diplôme et de revenus est bas, plus la probabilité de fumer est élevée, et cette relation se retrouve quasiment à chaque étage de la hiérarchie sociale. Les prévalences de tabagisme les plus fortes se concentrent chez les personnes sans diplôme ou ayant un niveau CAP-BEP, ainsi que parmi les chômeurs et les inactifs éloignés de l’emploi, pour qui le tabac joue souvent un rôle de régulation du stress.

Tabagisme et vapotage en France : quand la lutte contre les inégalités passe par la réduction des risques

À l’inverse, les cadres supérieurs, professions intellectuelles et diplômés du supérieur présentent des niveaux de tabagisme quotidien nettement plus bas, souvent autour de 10 % environ, ce qui confirme que le recul du tabac bénéficie d’abord aux catégories les plus favorisées, capables financièrement de se saisir plus tôt des dispositifs d’aide et sensibilisées à la vague “healthy”, perçue comme un luxe par les employés plus proches du salaire médian.

Pour les épidémiologistes, le tabac fonctionne ainsi comme un amplificateur d’inégalités sociales de santé, en concentrant une grande partie de la morbidité évitable dans les milieux populaires.

Cartographie du goudron

L’espace géographique ajoute une autre couche de contraste. Certaines régions françaises restent beaucoup plus marquées par le tabac que d’autres. Les analyses régionales montrent que les niveaux les plus élevés de tabagisme quotidien se situent en Provence-Alpes-Côte d’Azur, en Occitanie, dans le Grand Est et en Bourgogne-Franche-Comté, où les proportions de fumeurs quotidiens dépassent nettement la moyenne nationale.
En revanche, l’Île-de-France, l’Auvergne-Rhône-Alpes et les Pays de la Loire se situent dans le bas du tableau, avec des prévalences de fumeurs quotidiens autour de 15 à 16 %, c’est-à-dire plusieurs points en dessous des régions les plus fumeuses.

Ces écarts territoriaux recoupent en partie la structure sociale, le niveau de chômage, l’histoire industrielle et les politiques locales de prévention ou de contrôle de la vente, ce qui montre qu’il ne s’agit pas seulement d’une affaire de “culture locale” du tabac, mais d’un ensemble de conditions socio-économiques.

La vape et le tabac

En 2023, un peu plus de 8 % des adultes de 18 à 75 ans déclarent vapoter et 6,1 % le font quotidiennement, soit bien moins que le tabac. Le croisement tabac-vape montre qu’environ 4,8 % des adultes cumulent les deux produits, tabac et cigarette électronique, dont un noyau d’environ 2,1 % qui fument et vapotent quotidiennement, les vapofumeurs, alors que les autres combinent usage quotidien d’un produit et usage occasionnel de l’autre.

Le vapotage se concentre très largement chez les fumeurs actuels ou anciens, ce qui tend à démontrer que la cigarette électronique est utilisée avant tout comme outil de réduction ou de sortie du tabac, plutôt que comme porte d’entrée principale dans la nicotine pour des non-fumeurs. Les taux les plus élevés de vapotage quotidien se retrouvent chez les 25-34 ans, alors que le tabagisme reste davantage ancré dans la tranche 30-49 ans, ce qui illustre un décalage générationnel entre l’ancienne “norme” tabac et la nouvelle norme hybride tabac-vape ou vape seule.​

Il est courant d’entendre que les régions qui vapent le plus sont celles où on fume le moins, mais la géographie de la vape ne recoupe pas parfaitement celle du tabac. Toutefois, les mêmes travaux qui montrent que des régions comme la Bourgogne-Franche-Comté ou la région Paca sont en tête du tabagisme quotidien indiquent que la Bretagne et la Normandie se distinguent plutôt par leurs niveaux de vapotage, avec des proportions de vapoteurs quotidiens supérieures à la moyenne nationale et une prévalence tabagique inférieure par rapport au tissu socio-économique. Oui, la région parisienne fume moins que, par exemple, l’agglomération brestoise, mais la proportion de CSP+ à Paris est très supérieure à celle de Brest.

Les données de marché suggèrent qu’il existe aujourd’hui de l’ordre de 3 000 à 3 500 boutiques spécialisées de vape en France, avec une forte concentration dans les grandes agglomérations, l’Île-de-France et les grandes métropoles régionales, mais aussi dans certaines régions de l’Ouest où la vape est particulièrement répandue.

Les principales enseignes nationales se développent d’abord là où la densité de population et le potentiel commercial sont élevés, ainsi que là où le vivier de vapoteurs est déjà important, ce qui n’est pas toujours le cas dans les régions au tabagisme le plus massif.

Comment aller chercher les fumeurs

On observe ainsi un décalage : certaines régions très fumeuses restent relativement peu dotées en vape shops rapportés au nombre de fumeurs, alors que d’autres territoires où le tabac a davantage reculé, comme la Bretagne, voient se développer une véritable “culture de la réduction des risques” autour de la vape.​

Et c’est précisément là que le bât blesse le plus : la vape n’est plus conquérante. Alors que les premières boutiques de vape s’installaient forcément en territoire vierge, où tout le travail était à faire, les implantations plus récentes se sont faites où le terrain avait déjà été défriché et où le marché était existant.

Pire encore, la multiplication des boutiques peut s’avérer être un frein. Alors que, dans les premiers temps de la vape, les boutiques cherchaient à se bâtir une réputation d’efficacité au sevrage tabagique pour attirer les fumeurs, les implantations plus tardives jouent la corde de l’offre et des prix pour conquérir un marché existant plutôt que de créer le leur en cherchant à leur tour à convertir des fumeurs.

Parce que la question se pose : comment aller chercher les fumeurs qui restent ? En se posant les bonnes questions, peut-être : plutôt que “comment ?”, se demander “où ?”. Et, sans doute, revenir aux fondamentaux et à la mission première de la vape.

Sources et références

Santé publique France, “Forte baisse du tabagisme en France : en 10 ans, 4 millions de fumeurs quotidiens en moins”, communiqué de presse, 14 octobre 2025.
Santé publique France, rubrique “Tabac – Données”, mise à jour 2025.
Institut national du cancer, “Forte baisse du tabagisme en France : 4 millions de fumeurs quotidiens en moins en 10 ans”, actualité, 26 octobre 2025.
Vidal, “Près de 4 millions de fumeurs quotidiens de moins en 2024 qu’il y a 10 ans dans l’Hexagone”, article, 15 octobre 2025.
Medadom, “Réduction significative du tabagisme en France : bilan 2024”, article, 18 novembre 2025.
Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH), Santé publique France, “Analyse régionale du tabagisme quotidien des adultes en France”, n° 11, 31 octobre 2024.
France Assos Santé, “Tabagisme chez les femmes : des risques multiples pour leur santé”, article, 21 novembre 2024.
La Croix, “Tabagisme : quelles sont les régions de France où l’on fume le plus ?”, article, 27 mai 2024.

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