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L’OMS met à jour sa position sur la cigarette électronique (mise à jour)

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L’OMS publie aujourd’hui un communiqué sous le titre “Ce que tout le monde devrait savoir sur les e-cigarettes“. Voici une première traduction de cette publication suivi de notre courte analyse.

Qu’est-ce que la cigarette électronique et comment fonctionne-t-elle ?

La cigarette électronique (e-cigarette) est un produit conçu pour délivrer à son utilisateur de la nicotine ou d’autres substances sous forme d’aérosol. L’utilisation d’e-cigarettes simule l’acte de fumer une cigarette classique sans la combustion de tabac.

Typiquement, les e-cigarettes sont composées d’une batterie rechargeable, d’une cartouche remplaçable contenant un liquide et d’un atomiseur électronique qui, une fois chauffé, transforme le contenu en un aérosol inhalé par l’utilisateur. Ce liquide contient 4 composants principaux : du propylène glycol et/ou du glycérol comme éléments de base pour la production de l’aérosol, des aromatisants et éventuellement de la nicotine.

Les cigarettes électroniques ressemblent souvent à des produits du tabac (par exemple à des cigarettes, cigares, cigarillos, pipes ou pipes à eau). Certaines peuvent aussi prendre la forme d’objets du quotidien tels que des stylos, des clés USB ou des dispositifs cylindriques ou rectangulaires plus larges.

Les e-cigarettes contiennent donc de la nicotine ?

Oui, la plupart d’entre-elles contiennent de la nicotine, une drogue qui engendre une dépendance. Les e-cigarettes contiennent et délivrent différents niveaux de nicotine, parfois identiques à ceux contenus dans les cigarettes de tabac.

Qu’est-ce que j’inhale exactement lorsque j’utilise une e-cigarette ?

A ce jour, environ 500 marques d’e-cigarettes sont disponibles mais seule une poignée d’entre-elles a été analysée. Un manque de connaissance sur la composition du mélange inhalé est lié au problème des normes de qualité. Cependant, des preuves suffisantes montrent que l’aérosol d’e-cigarettes n’est pas composé que de vapeur d’eau, comme l’affirme souvent l’industrie. Les textes publiés à cet égard font preuve d’une grande diversité au niveau de la concentration de substances toxiques et de nicotine produites par les e-cigarettes.

En règle générale, l’aérosol contient des composés cancérogènes (tels que le formaldéhyde) mais à des concentrations inférieures de un à deux ordres de grandeur à celle mesurée dans la fumée du tabac. Les e-cigarettes devraient donc être moins nocives que leurs homologues classiques. Quoi qu’il en soit, la concentration d’agents cancérogènes détectés dans certaines marques d’e-cigarettes analysées est aussi élevée que dans la fumée produite par certaines cigarettes.

En outre, le comportement de l’utilisateur – la durée des bouffées, la profondeur de l’inhalation et la fréquence de l’utilisation – peut influer sur l’absorption de la nicotine. Certains utilisateurs modifient leurs e-cigarettes afin d’altérer la délivrance de nicotine et/ou d’autres drogues. Les produits varient largement avec la facilité avec laquelle ils peuvent être transformés ou remplis avec des substances autres qu’une solution de nicotine.

Les cigarettes électroniques sont-elles plus sûres que les cigarettes et autres produits du tabac ?

Non, utiliser des e-cigarettes comporte certains risques pour la santé.

On connaît encore peu de choses de l’impact sur la santé de ces dispositifs devenus populaires ces 4-5 dernières années. Elles contiennent, certes, moins de substances toxiques et à des niveaux inférieurs que les cigarettes classiques. Elles sont donc susceptibles d’être moins toxiques, mais, personne ne sait cependant dans quelle proportion.

La nicotine peut affecter le développement du cerveau chez le fœtus et chez les adolescents, contribuer aux maladies cardiovasculaires et favoriser les tumeurs, en jouant un rôle dans les maladies malignes. Au Royaume-Uni et aux États-Unis des rapports indiquent que les cas d’empoisonnement à la nicotine ont augmenté de manière significative en parallèle de l’augmentation de l’utilisation des e-cigarettes.

Il existe des preuves que les toxines présentes dans la vapeur des cigarettes électroniques posent des risques pour la santé. Les effets à long terme, apparition de cancers ou autres maladies, ne seront connus de manière certaine que dans quelques années. Cependant il y a suffisamment de preuves que ces toxines sont préoccupantes pour les femmes enceintes qui utilisent ou qui sont exposées à la vapeur des e-cigarettes.

Quels sont les risques pour la santé liés à une utilisation d’e-cigarettes ?

D’après le rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur les « inhalateurs électroniques de nicotine » publié en 2014, les principaux risques liés à l’utilisation d’e-cigarettes sont l’inhalation de nicotine et d’autres substances toxiques produites par ces produits, directement ou passivement.

1. La nicotine est le composant dépendogène du tabac. Elle peut avoir des effets nocifs pendant la grossesse et peut contribuer aux maladies cardiovasculaires. Bien que n’étant pas elle-même cancérogène, elle peut jouer le rôle de « promoteur de tumeur ». Il semble que la nicotine intervienne de façon fondamentale dans la biologie des maladies malignes ainsi que dans la neurodégénérescence. De plus, l’exposition du fœtus et de l’adolescent à la nicotine peut avoir des conséquences à long terme sur le développement du cerveau.

Outre l’inhalation, le principal risque sanitaire que présente l’exposition à la nicotine est une surdose par ingestion ou par contact cutané. Les utilisateurs remplissent eux-mêmes les cartouches d’e-cigarettes ; par conséquent, ce sont eux, et non pas les fabricants, qui gèrent la concentration de la nicotine. L’empoisonnement à la nicotine peut être dû soit au contact accidentel du liquide avec la peau de l’utilisateur ou à l’ingestion du liquide par des enfants. Les Etats-Unis et le Royaume-Uni ont déjà fait état d’une hausse phénoménale de cas d’empoisonnement à la nicotine, impliquant souvent des enfants.

2. Bien que les e-cigarettes soient moins nocives que les cigarettes traditionnelles, elles produisent plus que de la simple vapeur d’eau. Elles contiennent certains agents cancérogènes, tels que le formaldéhyde qui, dans le cas de certaines marques, atteint des concentrations proches de celles des cigarettes classiques. L’impact des e-cigarettes sur la santé n’a pas encore été déterminé.

3. Enfin, l’utilisation d’e-cigarettes augmente la concentration de nicotine et de fines particules dans l’air. Il n’existe aucune concentration sûre d’exposition aux particules fines pour l’entourage des vapoteurs et le risque pour la santé est multiplié par la hausse de la concentration.

Pour résumer, les preuves existantes montrent que l’utilisation d’e-cigarettes présente un danger grave pour les adolescents et les fœtus et accroit l’exposition des non-fumeurs et des tiers à la nicotine et à un certain nombre de substances toxiques. Cependant, l’exposition réduite à des substances toxiques des e-cigarettes bien réglementées, utilisées par des fumeurs adultes réguliers comme un moyen de remplacement complet des cigarettes à des chances d’être moins toxique pour le fumeur que les cigarettes classiques ou que d’autres produits du tabac brulés. L’importance de la réduction des risques est cependant encore inconnue.

Puis-je devenir dépendant aux e-cigarettes ?

Les e-cigarettes pourraient présenter un risque de dépendance à la nicotine et aux produits du tabac chez les adolescents et les non-fumeurs. Elles pourraient retarder la cessation tabagique ou même prévenir toute cessation.

Pour l’OMS les e-cigarettes sont-elles utiles ou nocives ?

Il est suffisamment établi que les cigarettes électroniques sont dangereuses pour les jeunes, les femmes enceintes et les personnes qui ne consomment pas de nicotine. Dans le même temps, les e-cigarettes sont susceptibles d’être moins toxiques que les cigarettes de tabac, pour les fumeurs adultes, si le contenu du produit est bien réglementé et si les fumeurs l’utilisent comme une substitution complète aux cigarettes. Mais pour cela, encore faudrait-il être certain que les cigarettes électroniques soient efficaces dans le sevrage tabagique, or il manque encore des preuves pour pouvoir l’affirmer.

Pour toutes ces raisons, l’OMS ne peut ni rejeter ni accepter l’utilisation des e-cigarettes à l’échelle mondiale sans autre preuve, et estime qu’une réglementation est nécessaire pour protéger à la fois le public contre les effets néfastes potentiels, et s’assurer que ces produits ne contribuent pas à l’épidémie du tabagisme.

Les e-cigarettes peuvent-elles m’aider à arrêter de fumer ?

Pour l’instant, les données recueillies ne sont pas concluantes. Etant donné l’incertitude qui plane sur l’innocuité et l’efficacité des e-cigarettes en tant qu’outil au sevrage tabagique, des études rigoureuses conduites par des organisations de recherches indépendantes qui ne sont pas affiliées à l’industrie de la cigarette électronique ou du tabac sont nécessaires. Dans les prochaines années, un solide dossier de preuves devrait être disponible qui permettra de tirer des conclusions définitives.

A ce jour, aucune agence gouvernementale n’a encore évalué et approuvé une e-cigarette comme produit de cessation tabagique bien que l’Agence de réglementation des médicaments et des produits de santé au Royaume-Uni (MHRA : Medicines and Healthcare Products Regulatory Agency) est en train de réexaminer certains produits. Avant d’envisager les e-cigarettes comme une aide potentielle au sevrage tabagique, les fumeurs devraient être encouragés à utiliser une combinaison de traitements déjà approuvés. Quoi qu’il en soit, les experts suggèrent que des e-cigarettes réglementées de manière appropriée pourraient avoir un rôle à jouer dans le soutien de certains fumeurs pour qui les traitements de sevrage tabagique ont échoué ou pour ceux qui y ont été intolérants ou qui ont refusé d’utiliser des traitements conventionnels.

Quels produits devrais-je utiliser pour arrêter de fumer ?

Pour les adultes, l’OMS recommande des formes autorisées de thérapies de remplacement de la nicotine (TRN) : un dispositif thérapeutique de délivrance de nicotine produit dans le cadre de réglementations médicales rigoureuses en vue de complètement arrêter de fumer, muni d’instructions très claires quant au dosage, à la durée et à la méthode d’utilisation. La TRN (telle que la gomme à mâcher et les patches à la nicotine) délivre une dose de nicotine par voie cutanée ou par les muqueuses de la bouche, à une concentration nettement inférieure et à un rythme nettement plus lent que les cigarettes classiques, qui implique l’inhalation de nicotine dans les poumons.

Alors que la nicotine contenue dans les e-cigarettes ne présente pas d’autres risques pour les fumeurs adultes, les preuves quant à l’efficacité du dispositif comme outil d’aide au sevrage tabagique sont limitées et requièrent des recherches complémentaires.

L’utilisation d’e-cigarettes présente-t-elle un risque pour l’entourage ?

Aucune étude ne lie actuellement l’aérosol exhalé par les vapoteurs à des maladies bien précises mais il contient de la nicotine et des particules fines : les particules ultrafines auxquelles certaines substances toxiques sont rattachées. En outre, lorsqu’un vapoteur exhale cet aérosol dans un espace clos, le niveau naturel de particules fines et de nicotine augmente.

L’inhalation de nicotine par des non-fumeurs, des adolescents et des femmes enceintes ne conduit pas seulement à une dépendance mais a également été lié à certaines maladies cardiovasculaires chez les adultes. En outre, l’exposition du fœtus et de l’adolescent à la nicotine a des conséquences à long terme sur le développement du cerveau.

L’OMS affirme depuis longtemps qu’il n’y a pas de concentration sûre de particules fines ; par conséquent, la concentration devrait être réduite autant que possible, peu importe la source.

L’utilisation d’e-cigarettes est-elle une passerelle vers le tabagisme chez les jeunes ?

Etant donné que les jeunes constituent une part croissante des utilisateurs d’e-cigarettes, les expertes antitabac se montrent préoccupés par le fait que l’utilisation d’e-cigarettes puisse leur servir de passerelle pour devenir dépendants à la nicotine et à terme au tabac. Les textes publiés à ce sujet montrent que l’expérimentation des cigarettes électroniques par les adolescents a doublé entre 2008 et 2012. Une des raisons présumées pourrait être la grande diversité des arômes d’e-cigarettes (jusqu’à 8000 disponibles), y compris des aromatisants aux fruits, aux bonbons et aux boissons alcoolisées. Ceux-ci pourraient attirer les plus jeunes à expérimenter les e-cigarettes et à devenir par la suite dépendant à la nicotine.


Notre commentaire : Dans la forme, le titre de cette publication qui fait appel à des codes de la presse sensationnelle, pourra interpeller. Sur le fond l’OMS semble ici renouveler une fois de plus sa position frileuse et renforce dans ce communiqué son engagement vers une réglementation très stricte.

Des contradictions viennent cependant suggérer qu’une certaine évolution du discours est en marche. Exemple : à la question “Les e-cigarettes sont-elles plus sûres à utiliser que les cigarettes et d’autres produits du tabac ?” l’OMS répond “Non, utiliser des cigarettes électroniques comporte certains risques pour la santé“. Or plus loin dans le texte, on peut lire que “les cigarettes électroniques semblent être moins toxiques que les cigarettes conventionnelles“.

L’organisation comme à son habitude ne cite aucune référence scientifique pour venir illustrer ses propos. Or nous savons par exemple que l’hypothèse du sevrage tabagique se confirme de plus en plus. La méta-analyse Cochrane constituant probablement l’un des documents les plus crédibles en la matière. Même remarque concernant les théories de passerelle vers le tabagisme chez les jeunes que de nombreuses statistiques sont venues infirmer ces dernières années.

L’OMS encourage ainsi les pays concernés par l’e-cigarette à réglementer le produit afin d’en limiter son accessibilité et ralentir son développement. Le recul de la mortalité prématurée causée par le tabagisme attendra.

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