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Frites et verre à moutarde

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C’est l’article du vendredi. Celui qui essaie de faire rire les gens. Alors rions. Que la joie, l’allégresse, et la contraction soudaine des zygomatiques s’abattent brutalement sur vos foyers et les broient sous des « Ah ! Ah ! Ah ! » Irrépressibles.

Histoire Belge

Tout le monde connaît une histoire belge. Mais si : c’est une histoire française qui met en scène un belge généralement peu à son avantage.

Par exemple : C’est un belge qui marche en maillot de bain dans le désert. A un moment, il dit « Bon sang, quelle plage ! ».

Ou encore : Pourquoi il n’y a plus de sous-marins belges ? Parce qu’ils dorment la fenêtre ouverte.

Une dernière : Maggie De Block.

Non, à la réflexion, celle-là n’est pas drôle.

Les belges rient d’ailleurs de ces histoires belges, vous le saviez ? La blague qui marche le mieux là bas, c’est « pourquoi les français aiment les histoires belges ? Parce qu’il n’y a pas besoin d’être intelligent pour les comprendre ». D’ailleurs, les belges ne racontent pas des histoires françaises en miroir, ils racontent des histoires suisses.

Oui, c’est curieux : les belges et les suisses ne peuvent pas s’encadrer. Enfin, ils font semblant, ils aiment juste bien se taquiner. Parce que si ils ne pouvaient vraiment pas se sentir, c’est les français, au milieu, qui seraient bien embêtés.

Donc, les français racontent des histoires belges, les suisses racontent des histoires belges, les belges racontent des histoires suisses, et Maggie De Block raconte n’importe quoi.

Enfin, presque. La Ministre de la santé belge a déclaré concernant le décès d’un jeune homme de 19 ans, que « le lien avec la cigarette électronique est établi ». Cité par le Télégramme de Brest du vendredi 15 novembre 2019, page 2.

Ben je vais vous dire : elle a raison. Mais ça n’en est quand même pas une, de raison.

La vie selon Maggie

Tenez, ça me rappelle une anecdote de ma vie d’avant, quand j’étais dans les pompes funèbres. Nous avions été réquisitionnés… Oui, parce que la justice peut réquisitionner les pompes funèbres, je l’explique très bien dans… C’est peut-être pas le moment pour faire de la pub pour mon livre, notez.

On lit beaucoup, sur les réseaux sociaux, que quand quelqu’un boit n’importe quoi, accuser la vape reviendrait à accuser le verre. C’est vrai, et moi je l’ai vécu.

Nous avions été réquisitionnés pour un suicide. Ça arrivait souvent, et je peux vous dire qu’en quinze ans, j’en ai vu des moches, mais celui-là a calmé tout le monde. Mes collègues plus anciens. Les policiers, présents sur place, et qui eux aussi en avaient vu des moches. Même le médecin, qui lui non plus, n’avait pas vu que des choses sympathiques.

La femme avait décidé de mourir, c’était clair, et de mourir en souffrant, c’était clair aussi. Pourquoi, je ne l’ai jamais su. Je me pose la question, parfois, toutes ces années après, de ce qui a pu la décider à choisir cette voie.

Elle avait bu du déboucheur d’évier. De la soude caustique. Pas un peu, pas une gorgée : plusieurs verres. Elle avait rempli, manifestement plusieurs fois, un verre à moutarde de ce déboucheur de canalisations, et les avait bus, les uns après les autres. Et elle a continué à boire, même en souffrant le martyre, tant qu’elle a pu. Comment on le sait ? On le sait parce qu’à un moment, elle a mordu le verre tellement fort qu’il s’est cassé.

J’ai déjà entendu dire que se donner la mort de cette façon est physiologiquement impossible. Et bien, je connais un médecin, trois policiers et deux croque-morts qui peuvent témoigner du contraire.

Humour, humeur…

Maggie De Block aurait été là, elle aurait dit « le lien avec le verre à moutarde est établi » en parlant de ce décès.

Oh, je vous vois perplexe, vous vous demandez « on est vendredi, quand est-ce qu’il commence à nous faire marrer ? ». Et bien, la réponse, si vous n’avez pas aimé les histoires du début, c’est : jamais. Dans cet article, du moins. Parce que je n’ai envie ni de rire, ni de vous faire rire.

Un jeune de 19 ans est mort en Belgique, en vapant une saleté, devenant de facto le premier mort européen de l’acétate de vitamine E qui a déjà tué aux USA, et les politiques surfent avec cynisme sur son cadavre pour servir leur discours. L’intention est claire, ils vont s’attaquer à la vape, qui aurait été un moyen peut-être pour certains belges d’arrêter de fumer et de vivre plus longtemps. Il n’y a pas de quoi rire.

Si il y en a qui rigolent, ce sont les fabricants et les revendeurs de cette huile frelatée (à ne surtout pas confondre avec le CBD dans les règles de l’art, ce qui est une autre histoire) à qui une Ministre vient d’expliquer, indirectement, qu’on va leur fiche une paix royale.

Reste une famille, aujourd’hui, qui pleure ce jeune, indifférente à cette agitation. Il convient de penser à eux : le drame qu’ils vivent est atroce. Tout comme le seront les drames qui suivront, ceux vécus par les familles des morts qui suivront inévitablement, sacrifiés sur l’autel du cynisme.

Mais, et mon histoire, elle se termine comment ? Oh, la fin est décevante. La femme n’avait pas de famille proche, et, un matin, avant l’ouverture du cimetière, elle a été inhumée au carré commun, anciennement fosse commune. Elle doit toujours y être, même si le petit panneau de bois avec son nom écrit dessus est tombé depuis longtemps. Et puis rien, la vie a continué.

La morale, c’est que la vape aurait des leçons à prendre du lobby des verres à moutarde.

Cet article d’opinion n’engage que le point de vue de son auteur et ne représente pas forcément l’avis de la rédaction.

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