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France : « Industriels du vapotage, réveillez-vous ! », scande l’association antitabac DNF

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L’association Demain sera non-fumeur (DNF) accuse le rapport britannique affirmant que « vapoter est 95 % moins nocif que fumer » d’être une « escroquerie intellectuelle ». Mais l’analyse proposée repose sur une série d’erreurs méthodologiques : formulations inventées, confusions entre risques et coûts, et synonymes interprétés comme contradictoires.

Les 95 %, un chiffre aux origines discutables

Les associations antitabac de l’Hexagone sont actives. Après Contre-Feu le 18 mars 2026, c’est au tour de DNF (Demain sera non-fumeur) de prendre la parole aujourd’hui. L’association française se penche dans un article sur l’affirmation selon laquelle « vapoter est 95 % moins nocif que fumer », qu’elle qualifie d’« escroquerie intellectuelle ». Pour rappel, cette affirmation provient d’un rapport britannique, publié en 2015, dont nous avons déjà analysé les limites méthodologiques. Il faut dire que le chiffre de 95 % tire son origine d’un rapport qui a fait, et fait encore, l’objet de débats scientifiques.

D’abord, ce chiffre ne provient pas d’une recherche menée par l’agence de santé britannique elle-même, comme on peut régulièrement l’entendre, mais de ce qu’on appelle une « opinion d’experts », publiée en 2014. Au cœur du système de hiérarchie des preuves scientifiques, les opinions d’experts sont tout en bas de l’échelle, et pour une raison précise : il ne s’agit que d’une délibération collective entre plusieurs experts dans un domaine donné, qui rédigent par la suite un rapport. Une opinion d’experts, aussi appelée consensus, ne repose donc pas sur des données empiriques directes, mais sur une « simple discussion ».

Les opinions d’experts conservent néanmoins leur utilité. Elles peuvent aider à obtenir un éclairage sur des sujets encore peu abordés par la science et pour lesquels les données manquent. Et, en 2014, lorsque cette réunion a eu lieu, la recherche sur le vapotage n’en était qu’à ses balbutiements. Ce rapport a donc permis de mettre en lumière la moindre nocivité du vapotage par rapport au tabagisme et guider certaines politiques de santé publique. Et cette moindre nocivité a par la suite été confirmée par de véritables études, même si celle-ci était alors évaluée dans des proportions moindres. Par exemple, en 2021, une revue systématique sur le sujet a estimé que le vapotage devrait représenter environ 33 % des risques du tabagisme. « Une limite supérieure probable », selon les auteurs.

Ce n’est toutefois pas la méthodologie du chiffre qui est remise en question par DNF, mais plutôt l’interprétation mathématique du rapport lui-même. Et c’est bien dommage, puisqu’en voulant le critiquer, l’association interprète comme des contradictions ce qui ne sont que des formulations différentes du même message.

Quand l’accusation d’escroquerie repose sur des erreurs de calcul

L’article de Demain sera non-fumeur est présenté de la manière suivante : une citation tirée du rapport britannique qui affirme que vapoter est 95 % moins nocif que fumer, puis une analyse de la citation. Problème : l’analyse repose systématiquement sur des erreurs d’interprétation.

Une formulation imaginaire pour créer une contradiction

La citation du rapport :

« En résumé, les meilleures estimations montrent que les cigarettes électroniques sont 95 % moins nocives pour votre santé que les cigarettes ordinaires, et lorsqu’elles sont accompagnées d’un service d’aide à l’arrêt, elles aident la plupart des fumeurs à arrêter complètement le tabac. »

L’analyse de DNF :

« Dire que A est 95 % plus nocif que B, signifie : Nocivité de A=Nocivité de B×(1+0,95)
Dire que A est 95 % moins nocif que B, signifie : Nocivité e‑cigarette = 100 % – 95 % = 5 %.

Donc dans la première formulation, la cigarette n’est que 1,95 fois plus nocive, alors que dans la seconde, elle est 20 fois plus nocive. »

L’analyse de DNF pose problème dès le départ. L’association invente d’abord une formulation absente du rapport (95 % plus nocif), montre que cette formulation imaginaire donnerait un résultat différent, puis accuse le rapport d’être contradictoire. Le rapport dit clairement, et c’est visible dans l’extrait même que DNF a sélectionné, que A (la cigarette électronique) est 95 % moins nocif que B (le tabagisme).

L’interprétation correcte est donc 100 % – 95 % = 5 %. À aucun moment, le rapport britannique n’utilise de formulation « 95 % plus nocif ». Alors oui, si l’on prend deux chiffres et qu’on modifie des calculs, le résultat diffère. Or la formulation utilisée par DNF n’apparaît nulle part dans l’étude britannique originale1.

Appliquer un score de risque à des coûts sociaux

La citation du rapport :

« Un panel d’experts, utilisant une analyse multicritère (MCDA), a estimé que les cigarettes électroniques représentaient 4 % des dommages relatifs aux cigarettes au total (incluant les dommages sociaux), et 5 % des dommages pour les usagers, soit environ 95 % de risque en moins que le tabac fumé. »

L’analyse de DNF :

« Nouvelle bizarrerie.

La littérature nous informe régulièrement du coût des dommages sociaux du tabac (156 milliards) ainsi que du coût des traitements et de la prévention (17 milliards).
Il faudrait donc déduire des affirmations de l’Executive Summary que la cigarette électronique coûte à la Nation 6,24 milliards en dommages sociaux (4% de 156 Mrd€) et 850 millions en traitements et prévention (5% de 17Mrd€), soit 7,09 milliards au total.

Ainsi la deuxième formulation de « 95% moins dangereux » s’exprime ici en Mrd€ :
Le tabac coûte à la Nation 173 Mrd€ quand la cigarette électronique ne coûte que 7,09 Mrd€ ».

Mais la seule bizarrerie ici est de vouloir appliquer le chiffre de 5 % à des coûts économiques alors qu’il représente un score de risque relatif.

L’association confond un modèle théorique de risque multicritères (MCDA) avec des coûts sociaux réels observables. Le chiffre de 5 % provient d’une grille d’évaluation comparative portant sur 14 critères : mortalité, morbidité, dépendance, criminalité, dommages environnementaux, conflits familiaux, coûts économiques, etc. Les coûts économiques ne constituent qu’un seul de ces 14 critères, ils ne déterminent donc pas à eux seuls le score final.

DNF fait ensuite un calcul simpliste : coûts du vapotage = 5 % × coûts du tabac. Mais ce calcul ne peut pas fonctionner. Les coûts sociaux du tabagisme intègrent des éléments spécifiques : maladies à latence longue (cancers se développant après 20 ans, etc.), décès prématurés accumulés sur des décennies, coûts de fin de vie, pertes de productivité, etc.

Le vapotage, de par son caractère relativement récent, ne peut présenter le même profil de coûts. Appliquer mécaniquement un ratio de risque individuel du vapotage à des coûts sociaux agrégés du tabagisme revient à ignorer ces différences structurelles fondamentales.

Et le rapport de l’Anses, publié début 2026, le confirmait. L’agence expliquait, par exemple, que « le développement d’un cancer est un processus souvent long, progressif, et multifactoriel. Les données actuelles obtenues chez l’humain, issues d’études menées sur des durées d’exposition limitées (quelques mois à quelques années dans les études examinées), ne permettent pas d’évaluer ce risque [pour le vapotage]. »

Autrement dit, les risques de cancer liés au vapotage, dont les coûts représentent une part importante de la note sociale du tabagisme, restent totalement inconnus à l’heure actuelle. Difficile, dans ces conditions, d’appliquer les coûts du tabagisme au vapotage.

Une interprétation mathématique infondée

La citation du rapport :

«  Bien que vapoter ne soit probablement pas 100 % sûr, la plupart des produits chimiques responsables des maladies liées au tabagisme sont absents, et ceux qui sont présents posent un danger limité.

Il avait été précédemment estimé que les cigarettes électroniques sont environ 95 % plus sûres que le tabac fumé. Cette estimation paraît toujours raisonnable.  »

L’analyse de DNF :

« Cette formulation est plus facilement compréhensible. Cependant, quand elle situe le danger de la Vape à la valeur 100, elle ne situe celle de la cigarette à 195, ce qui ramène ce rapport à presque 1 pour 2.

Vapoter serait ainsi 2 fois moins dangereux que fumer. »

Là encore, l’analyse repose sur une incompréhension mathématique. « 95 % moins nocif » n’a jamais signifié que la vape était 100 % nocive et le tabac 195 % nocif. Cette interprétation ne correspond à aucune formulation présente dans le document original.

Confondre deux synonymes

La citation du rapport :

« Il est nécessaire de faire connaître l’estimation actuelle selon laquelle l’utilisation de cigarettes électroniques est environ 95 % plus sûre que fumer. »

L’analyse de DNF :

« Ainsi vapoter serait 2 fois plus sûr que fumer et non 2 fois moins dangereux : la notion de danger est écartée au profit de la notion de sécurité qui s’applique aussi bien à la Vape qu’au Tabac. »

Même erreur d’interprétation que précédemment. DNF semble croire que « 95 % plus sûr » et « 95 % moins dangereux » sont deux affirmations différentes. En réalité, ce sont des synonymes parfaits : dire qu’un produit est 95 % plus sûr revient exactement à dire qu’il est 95 % moins dangereux. Si le tabac possède une nocivité de 100, celle de la vape est de 5. Dans les deux cas, le rapport est de 1 à 20.

« Messieurs les Anglais, est-ce une mauvaise farce ou une vaste escroquerie intellectuelle ? », questionne alors DNF.

Il apparaît qu’il ne s’agit ni de l’un ni de l’autre, du côté britannique. En revanche, du côté de DNF… Prêter au rapport des formulations absentes du texte original, confondre risque relatif et coûts économiques absolus, et prétendre trouver des contradictions là où le rapport dit exactement la même chose avec des mots différents, soulève des questions sur la rigueur de cette analyse.

Si le rapport des 95 % peut être critiqué pour sa méthodologie légère, il paraît bien plus compliqué de lui reprocher la cohérence de son message. Du début à la fin, le rapport dit la même chose. À moins d’inventer des éléments pour tenter de faire croire l’inverse.

DNF se rattrape sur la fin

L’article de Demain sera non-fumeur, malgré ses nombreuses lacunes, présente toutefois une conclusion intéressante puisqu’elle interpelle directement l’industrie française du vapotage :

« Industriels du vapotage, réveillez vous !, s’exclame DNF. Votre entêtement à ne pas respecter les lois qui proscrivent la publicité et la propagande, directe et indirecte en faveur du vapotage est suicidaire. Cette attitude finira rapidement par contraindre le législateur à vous confondre avec les industriels du tabac dont vous adoptez souvent les méthodes agressives de marketing. »

L’association fait donc une distinction claire entre l’industrie française du vapotage, indépendante à 85 %, et celle du tabac. Une différenciation bienvenue alors que médias, pouvoirs publics, et associations antitabac, font généralement l’amalgame.

« Malheureusement, les sympathiques artisans de 2016 sont devenus des industriels que la notion de profit amène à employer les mêmes codes que l’industrie du tabac et même quelquefois à s’associer à eux.

Avez-vous aussi oublié toutes vos belles promesses pour en arriver aujourd’hui à proposer des produits dont le seul objectif est de plaire au plus jeunes pour les faire entrer dans l’addiction ? », conclut DNF.

Sources et références

1 David J. Nutt, Lawrence D. Phillips, David Balfour, H. Valerie Curran, Martin Dockrell, Jonathan Foulds, Karl Fagerström, Kgosi Letlape, Anders Milton, Riccardo Polosa, John Ramsey, David Sweanor; Estimating the Harms of Nicotine-Containing Products Using the MCDA Approach. Eur Addict Res 1 September 2014; 20 (5): 218–225. https://doi.org/10.1159/000360220.

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