Le vapotage est aujourd’hui l’un des outils de réduction du tabagisme les mieux documentés par la science. Les données françaises et internationales convergent depuis dix ans vers les mêmes conclusions. Pourtant les institutions, qui peinent à s’appuyer sur ces preuves pour construire des politiques de santé publique, ont encore beaucoup de mal à les intégrer dans leur réflexion. Ce décalage a un coût certain en fumeurs maintenus dans le tabac, conséquence de réglementations contraires à l’intérêt général.
Par Jean Moiroud, président de la Fivape
Le rapport d’évaluation de la TPD : un corpus scientifique ignoré

Ses sources : l’OMS et le rapport du SCHEER, deux instances ayant par le passé été hostiles à la vape. À aucun moment, ne sont mentionnés Cochrane, le Royal College of Physicians, Public Health England, Nicotine & Tobacco Research ou encore le Harm Reduction Journal. Ces exclusions questionnent, voire inquiètent : est-ce un choix éditorial qui assume de contredire frontalement l’état de la science la plus robuste sur le sujet ? Les propositions réglementaires du rapport sont classiques : interdiction des arômes, emballage neutre, etc. Un programme bien proche de celui que l’industrie du tabac pousse depuis des années dans les couloirs de Bruxelles…
Wu et al. (2025) : une revue des revues aux conclusions solides, irréfutables…
Paru dans la revue Addiction, le travail de Wu et al. (2025) – “Electronic cigarettes for smoking cessation : An overview of systematic reviews and evidence and gap map” – constitue une des synthèses probablement la plus complète à ce jour : une méta-revue des revues systématiques couvrant la littérature scientifique de 2015 à 2024. Son périmètre est considérable : elle intègre les méta-analyses Cochrane, les données de l’OHID (Office for Health Improvement and Disparities) britannique, et l’ensemble des revues systématiques publiées sur l’efficacité de la vape dans le sevrage tabagique sur la période. Ses conclusions sont solides, irréfutables… le vapotage est une aide plus efficace que les substituts nicotiniques classiques à l’arrêt du tabac. La revue identifie aussi précisément les zones d’incertitude scientifique (données à long terme, populations spécifiques, comparaisons interdispositifs) et c’est là toute son honnêteté : nommer ce qu’on ne sait pas encore, sans pour autant relativiser ce que l’on sait. Dans une approche scientifique rigoureuse, les lacunes sont des appels à la recherche et pas des prétextes à ignorer ce qui est établi, ni a fortiori à produire des recommandations réglementaires qui vont à l’encontre des données disponibles.
D’un côté une revue qui cartographie méthodiquement dix ans de littérature. De l’autre, un document institutionnel qui sélectionne ses sources pour confirmer ce qu’il avait décidé de conclure. L’un s’appelle de la science et l’autre ressemble à du lobbying habillé en expertise.
Femmes enceintes et vapotage, ce que l’ANSES dit enfin
Le rapport de l’ANSES de décembre 2025 contient une recommandation qui va aider les professionnels de santé à se positionner sur la vape : si la femme enceinte fumeuse ne parvient pas à arrêter avec un accompagnement professionnel et des substituts nicotiniques, la cigarette électronique peut être envisagée dans le cadre d’une réduction des risques. Les risques du vapotage sur la descendance sont à surveiller, mais ils sont forcément grandement moindres que ceux du tabac fumé.
En France, 54 % des femmes enceintes qui fument ne parviennent pas à arrêter pendant leur grossesse. L’injonction médicale a longtemps consisté à leur déconseiller la vape. L’association Sovape avait appréhendé le résultat : des rechutes vers le tabac. Le CNGOF avait publié en 2020 un avis recommandant l’arrêt du vapotage pendant la grossesse. Sovape l’avait contesté, montrant que ses effets étaient inverses aux objectifs. L’ANSES lui donne raison cinq ans plus tard.
Si déconseiller à une femme enceinte l’accès à la vape la fait retourner à la cigarette, l’injonction médicale n’a pas été prudente, elle a été dangereuse. Cette recommandation doit maintenant nourrir la formation des professionnels de santé.
Ce que la France sait et ne peut plus ignorer
La France dispose de deux corpus de données récents, et qui s’ajoutent aux précédents, produits par ses propres agences sanitaires et qui doivent permettre la tenue d’un débat éclairé sur la vape.
L’OFDT d’abord : le tabagisme quotidien des 16 ans est passé de 16 % en 2015 à 3,1 % en 2024, divisé par cinq en moins d’une décennie, pendant que le vapotage se développait. Les experts parlent d’effondrement du tabagisme chez les mineurs. Si la vape avait servi de porte d’entrée vers le tabagisme, comme l’affirme le rapport européen, ces chiffres seraient impossibles. L’effet passerelle n’existe pas dans les données françaises et c’est une excellente nouvelle.
Le rapport de l’ANSES ensuite, publié en décembre 2025. Ses conclusions sont claires : les effets sanitaires du vapotage sont, pour chaque critère étudié, d’un poids des preuves largement inférieur à ceux du tabac fumé. Sur les arômes, l’ANSES recommande d’éviter une taxation qui pourrait favoriser le report vers des produits “faits maison” et le développement d’un marché parallèle impossible à contrôler. Interdire les arômes ou surtaxer la vape, c’est pousser vers des produits moins sûrs et pas vers l’arrêt du tabac. La France a maintenant tous les arguments pour s’opposer aux conclusions de la Commission dans les négociations sur la prochaine TPD.
Rejoindre la Fivape, c’est rejoindre le camp de la science
Il ne suffit pas de disposer des bonnes données, il faut les porter là où les décisions se prennent. Avec ses propositions et ses référentiels scientifiques – ANSES, OFDT, Cochrane, etc. – la Fivape est forte d’arguments que ses adversaires ne peuvent pas balayer. Et avec ses adhérents, de plus en plus nombreux depuis l’épisode de l’article 23, elle représente une force que les décideurs ne peuvent plus ignorer.
Rejoindre la Fivape, c’est contribuer à ce que le débat sur la vape se tienne sur le terrain de la rationalité scientifique et s’assurer que la prochaine révision réglementaire intègre les données que Bruxelles n’a pas su intégrer. Il n’est jamais trop tard pour adhérer !
Le déni de science, un mécanisme politique inquiétant
Le vapotage n’est ni le premier, ni le dernier sujet à subir ce traitement. La dissociation entre l’état de la science et les positions des institutions politiques ou médiatiques est un phénomène documenté, qui traverse des domaines aussi différents que le changement climatique, les perturbateurs endocriniens ou les pesticides. Dans chacun de ces cas, le même mécanisme est à l’œuvre : un corpus scientifique solide qui s’oppose à des intérêts économiques ou idéologiques puissants et des institutions qui arbitrent entre les deux en fonction de contraintes qui n’ont souvent que peu à voir avec l’intérêt général.
Sur le changement climatique, les preuves s’accumulent depuis les années 1990. Les rapports du GIEC sont clairs depuis trente ans. Les politiques publiques avancent à un rythme désespérément lent alors que toutes les données poussent à des actions urgentes. Sur les pesticides, l’exemple du glyphosate est édifiant : des années de controverse institutionnelle, des études commandées et mécaniquement contestées, des agences qui se contredisent, pendant que les données épidémiologiques indépendantes s’accumulent. Sur les perturbateurs endocriniens, les avancées réglementaires ont mis des décennies à rattraper la science.
Dans le reste de l’actualité du vapotage













