Tout savoir sur le e-liquide au CBD

Sujet à polémique, le cannabidiol, que l’on appelle plus souvent “CBD”, pointe de plus en plus son nez dans les e-liquides mais traîne une mauvaise réputation. Le Laboratoire français du E-liquide (LFEL) a mené une étude bibliographique et des analyses d’émission pour en savoir plus. Le Dr Maud Mercury, directrice du laboratoire d’analyses du LFEL, et Jérémy Sorin, ingénieur en charge de l’étude, répondent à nos questions.

D’un point de vue analytique, l’identification et la caractérisation du CBD sont réalisées à l’aide de notre parc chromatographique. Pour les émissions de vapeur, nous nous sommes appuyés sur notre robot vapoteur U-SAV pour générer l’aérosol puis sur notre parc chromatographique pour l’analyse de sa composition.

Concernant l’étude bibliographique, je me suis servi de moteurs de recherche d’articles scientifiques. Et j’ai été surpris par l’ampleur des données disponibles. Je n’imaginais pas à quel point le CBD était étudié. Pour cette synthèse, je me suis appuyé sur une centaine de publications le concernant.

De quand datent les premières études sur le CBD ?

Le CBD a été découvert et isolé en 1940 par Adams et ses confrères, mais sa structure chimique n’a été déterminée qu’en 1963. Le nombre d’études sur le sujet explose dans les années 1990 puis dans les années 2000. Ceci pour deux raisons : la première est l’assouplissement des législations, notamment aux États-Unis, sur le cannabis et les cannabinoïdes. La seconde est la compréhension du mécanisme d’action des cannabinoïdes (système de récepteurs) qui a permis de montrer que le THC est loin d’être le seul cannabinoïde à posséder des propriétés pharmacologiques. Aujourd’hui, il y aurait une centaine de cannabinoïdes identifiés. Le THC et le CBD sont les plus étudiés car, historiquement, ce sont eux qui ont été découverts les premiers. Ce sont aussi les deux cannabinoïdes les plus présents dans Cannabis sativa L.

Quand ont été publiés les premiers articles sur la vaporisation du cannabis ?

Le CBD n’entraîne pas d’effets psychotropes.

Il existe dans la littérature des études portant sur la vaporisation du CBD à partir de la matière végétale elle-même. Cependant, nous ne les avons pas trouvées pertinentes car elles ne sont pas spécifiques au CBD seul. En revanche, nous avons lu des études récentes étudiant la vaporisation du CBD pur sous sa forme solide. La conclusion commune à ces études est que le CBD est tout à fait vaporisable sous cette forme et à des températures relativement faibles.

En quoi le CBD et le THC sont différents ?

Le CBD permet de réduire un état de stress ou d’anxiété.

Le CBD et le THC ont des structures chimiques très proches. Ils possèdent des propriétés pharmacologiques communes et très intéressantes, d’un point de vue thérapeutique, telles que des propriétés analgésiques ou encore anti-inflammatoires. Cependant, ils sont vraiment à distinguer sur les effets secondaires qu’ils engendrent ainsi que sur la finalité de leur consommation. En effet, le CBD, contrairement au THC, ne possède que très peu d’effets secondaires avérés. D’après nos lectures, nous n’en avons recensé que deux pour le CBD et plus d’une dizaine pour le THC. Mais la différence fondamentale entre ces deux molécules est que le CBD n’entraîne pas d’effets psychotropes. Par conséquent, sa consommation n’a absolument pas pour but de reproduire les effets euphoriques du THC et du cannabis mais d’avoir une action sur le bien-être de la personne.

Quels sont les effets du CBD ?

Le CBD possède de nombreux effets pharmacologiques, certains plus avérés que d’autres. Ceux que nous avons identifiés comme les plus intéressants portent sur les aspects anxiolytiques, antipsychotiques et analgésiques. C’est grâce à ces propriétés que le CBD permet de réduire un état de stress ou d’anxiété. Il est intéressant de noter que le CBD permet également de diminuer l’intensité des effets psychotropes du THC. Certaines études actuelles montrent que le CBD aiderait à une réduction des symptômes de manque liés à une addiction. Dans le cas du vaporisateur personnel, c’est évidemment une caractéristique très intéressante, si elle est avérée, du point de vue des sevrages tabagique et nicotinique. Enfin, le CBD possède également des propriétés sédatives, neuroprotectrices, antiépileptiques ou encore anti-dystoniques (troubles du tonus musculaire).

Quels sont ses effets négatifs ?

Le CBD a un effet irritant, un peu comme la nicotine. Cela peut être limitant dans le cadre du vapotage, selon la sensibilité de certaines personnes.

C’est une sensation de “hit” similaire à celui lié à la nicotine ?

Bien qu’il rappelle un peu le “throat hit” au niveau de sa localisation, l’effet dure plus longtemps avec le CBD, de 5 à 10 secondes.

Et l’autre effet négatif ?

Le CBD peut provoquer de légers effets de somnolence chez certaines personnes, sensibles à la molécule.

Ces effets dépendent de la concentration de CBD dans l’e-liquide. Existe-t-il une dose maximale légale ?

Aujourd’hui, il n’y a pas de limitation légale. La limite vient de la faisabilité de la formulation puisqu’à partir d’une certaine concentration, le CBD devient impossible à dissoudre dans l’e-liquide. D’ailleurs, il est difficilement soluble dans les fortes proportions de glycérine végétale.

Quel est l’intérêt d’utiliser le CBD en inhalation ?

Nous souhaitons mettre en évidence les propriétés thérapeutiques du CBD et ne pas l’amalgamer avec le THC et les fumeurs de cannabis.

L’intérêt est lié à sa biodisponibilité. Quand on inhale une molécule, le corps n’absorbe pas tout : une partie est expirée dans l’atmosphère, l’autre est dégradée avant l’absorption. La proportion de la molécule absorbée par le corps, rapportée à la quantité totale de la molécule consommée, est ce que l’on appelle la biodisponibilité. Concernant le CBD, lors d’une injection intraveineuse, la biodisponibilité est par définition de 100 % ; elle est d’environ 20 % par inhalation et 8 % en ingestion. L’inhalation offre donc une plus forte absorption de la molécule consommée que l’ingestion, ainsi qu’une transmission plus rapide des signaux sensoriels au cerveau (supérieure à celle d’une injection intraveineuse, par exemple). Enfin, le CBD s’allie plutôt bien à la vape, il se vaporise à des températures qui sont dans les ordres de grandeur que l’on peut atteindre avec un vaporisateur personnel.

Est-ce qu’il peut être conseillé dans un but de réduction des risques aux fumeurs de cannabis ?

Les produits actuels sur le marché sont effectivement très ciblés sur le consommateur de cannabis fumé. On peut notamment voir l’utilisation de “saveurs cannabis”, mais aussi un marketing très explicite, typé “cannabis” avec des feuilles vertes, etc. C’est une question très sensible sur laquelle il faut apporter une réponse claire. Personnellement, je pense que l’inhalation de CBD est utile pour des personnes qui ont des soucis d’anxiété, de stress, de nervosité ou de légers troubles du sommeil sans que ce soient des troubles pathologiques. Bref, il est important de différencier un usage médical d’un usage plutôt récréatif qui agit sur le bien-être général de la personne, qu’elle soit ou non consommatrice de cannabis fumé.

En résumé, nous souhaitons mettre en évidence les propriétés thérapeutiques du CBD et ne pas l’amalgamer avec le THC et les fumeurs de cannabis.

Du coup, que devrait répondre un vendeur d’e-liquide au CBD à un fumeur de cannabis qui veut switcher vers des e-liquides au CBD ?

On associe encore aujourd’hui le CBD à l’usage récréatif de cannabis fumé (donc du THC), alors que ce n’est pas la même finalité.

Il faudrait lui demander s’il est dans une logique d’arrêt ou de réduction de sa consommation et, dans ce cas, inhaler du CBD peut contribuer à l’aider à combattre l’anxiété et le stress dûs au manque, mais ce ne sera pas un produit miracle. Maintenant, si le client convoite les mêmes effets psychotropes que le THC en vapotant du CBD, il sera déçu puisque le CBD n’engendre pas d’effets psychotropes. Sur ce point, l’avis de la communauté scientifique est clair : le CBD n’a pas d’effets psychotropes.

Pourquoi le CBD est-il encore soupçonné d’être psychotrope ?

Une des principales raisons est que l’on associe encore aujourd’hui le CBD à l’usage récréatif de cannabis fumé (donc du THC), alors que ce n’est pas la même finalité. Là-dessus, il y a un énorme travail de pédagogie à faire, surtout en France où le sujet est encore tabou. Il va falloir expliquer et réexpliquer que ce n’est pas le CBD qui procure les effets psychotropes du cannabis mais bien le THC ; que les usages d’un e-liquide au CBD et du cannabis fumé sont différents et que leurs effets ne sont pas les mêmes. Enfin, la mode des feuilles de cannabis imprimées sur l’étiquette d’un e-liquide au CBD n’aide pas vraiment à la compréhension du sujet ! (sourire).

Est-ce qu’il peut être dangereux en inhalation ?

Hormis l’irritation et la somnolence, il n’y a pas de toxicité intrinsèque aux concentrations considérées. D’autant plus que les quantités contenues dans un e-liquide sont beaucoup plus faibles que les quantités mentionnées dans les études que nous avons pu consulter.

La molécule reste-t-elle stable à la chauffe ?

Il n’y a qu’une ou deux études qui le démontrent. Mais aux températures utilisées, on peut penser qu’elle est stable. Nous avons réalisé des tests avec notre robot vapoteur U-SAV dans des conditions plutôt extrêmes, proches du dry hit, et nous n’avons pas trouvé de produits de dégradation dans les émissions liées au CBD. Mais nous poursuivons les tests, dans différentes conditions, pour nous en assurer.

Peut-on devenir dépendant au CBD ?

On ne connaît ni le taux de CBD qui compose l’huile de chanvre enrichie au CBD, ni une éventuelle contamination en THC.

Plusieurs études liées à la dépendance au cannabis fumé montrent que le THC entraîne une libération de dopamine (hormone du plaisir et de la récompense), à l’instar de la nicotine. Ainsi, le consommateur de cannabis fumé associe les effets psychotropes du THC au plaisir engendré par la libération de dopamine. Il cherchera donc à reproduire ces effets pour, à nouveau, ressentir ce sentiment de plaisir. Dans le cas du CBD, il n’y a pas d’effets psychotropes, ni de génération de dopamine. Donc, le caractère addictif du CBD devrait être extrêmement limité.

On trouve plusieurs types d’e-liquides au CBD. Y en a-t-il qu’il faut privilégier ?

Il existe des e-liquides qui utilisent de la poudre de CBD, vendue par des fournisseurs qui garantissent la pureté et l’absence de THC, c’est aussi la matière première la plus utilisée. Mais on trouve également des liquides à l’huile de chanvre enrichie au CBD, un peu en France et beaucoup à l’étranger. C’est une huile extraite du cannabis, une solution visqueuse pouvant contenir du THC, du CBD, et quelques composés impropres à l’inhalation. Certains fabricants l’utilisent parce qu’elle est bien moins chère que du CBD pur. Le problème, outre les composés impropres à l’inhalation, c’est que l’on ne connaît ni le taux de CBD qui la compose, ni une éventuelle contamination en THC sans analyse chromatographique. Nous considérons que cette huile extraite du cannabis peut malheureusement décrédibiliser le fort potentiel de la molécule du CBD.

Comment faire la différence entre ces deux produits ?

Dans certains cas, cela peut se voir à l’œil : il y a clairement un centimètre d’huile au-dessus de la base PG/VG. Elle a aussi un goût caractéristique de résine de cannabis, là où le CBD pur n’a pas de goût. De plus, les e-liquides à l’huile de chanvre sont, en général, moins chers que les produits au CBD, et les mentions de taux ainsi que leurs unités de mesure présentes sur l’étiquette du produit sont souvent erronés.

L’origine du CBD doit-elle être mentionnée sur la fiole ?

Nous ne voyons pas d’utilité à associer CBD et nicotine car la finalité est différente.

Elle devrait l’être mais ce n’est malheureusement pas réglementé, donc non obligatoire. On conseille aux professionnels et aux consommateurs de choisir des e-liquides où l’origine du CBD est mentionnée. Ou alors de sélectionner des fabricants ou des distributeurs qui fournissent un certificat d’analyse mentionnant des informations de traçabilité et de pureté de CBD du lot de production relatif au flacon. L’utilisation de molécules à propriétés pharmacologiques est déjà assez problématique dans la cigarette électronique, autant montrer patte blanche lorsqu’on les utilise.

Y a-t-il un souci à l’associer à la nicotine ?

Il n’y a pas de souci technique à le faire, mais nous n’en voyons pas l’utilité car la finalité est différente. Un vapoteur qui inhale un e-liquide nicotiné cherche en général un sevrage tabagique. Celui qui veut se détendre utilisera plutôt un e-liquide au CBD. Moi qui suis vapoteur, j’ai un clearomiseur dédié au CBD que j’utilise quand j’en ressens le besoin ou à des périodes bien spécifiques de la journée, typiquement le soir pour me détendre et à côté de ça, j’ai mon “all day” pour éviter de fumer des cigarettes. Enfin, nous n’avons pas trouvé de sources dans la littérature qui montre l’absence de synergie entre les deux molécules. La nicotine a des effets excitants, un peu comme la caféine, qui sont contraires aux effets recherchés avec le CBD. Pour le moment, à mon avis, il y a trop d’interrogations et peu d’intérêts à associer les deux.

Les effets du CBD sont-ils extrêmement différents entre un e-liquide dosé à 3 mg/ml et un autre dosé à 60 mg/ml ?

En termes d’effets, une notion entre en jeu : la subjectivité de perception d’une personne à l’autre. Un consommateur d’e-liquide en 60 mg/ml de CBD sur dripper peut ne pas percevoir d’effets alors qu’un autre vapoteur utilisant un clearomiseur standard peut percevoir des effets largement suffisants en consommant du 10 mg/ml. Comme avec le hit pour la nicotine, il n’y a pas de règle générale : cela dépend de la sensibilité de chacun, ainsi que d’une éventuelle habitude de consommation ou non de cannabinoïdes … Si une personne est peu sensible aux effets, on lui conseillera de garder plus longtemps la vapeur dans ses poumons, et d’inhaler des bouffées plus importantes afin d’augmenter la biodisponibilité de la molécule.

On voit des e-liquides en 100, 300, 600 mg de CBD, ne serait-il pas plus juste d’indiquer la concentration plutôt que la dose sur les fioles ?

Oui, l’étiquetage prête à confusion, notamment dans le secteur du vaporisateur personnel ayant historiquement rapporté les concentrations de molécules en mg par ml, comme la nicotine par exemple. Depuis leur arrivée sur le marché, les fabricants indiquent la quantité de CBD dans la fiole (en mg), comme l’étiquetage de comprimés à ingérer. Mais, dans le cas d’un e-liquide (solution), il faudrait parler en concentration volumique de CBD – donc 10 mg/ml, 30 mg/ml ou 60 mg/ml – qui permet une lecture et une compréhension plus simples pour le consommateur.

Que pensez-vous des cristaux de CBD à utiliser en DIY ?

Les mentalités doivent évoluer sur le CBD, dont le principal défaut est finalement d’être extrait de la plante Cannabis sativa L.

Au regard de la complexité et de certaines incompatibilités de la formulation du CBD avec d’autres molécules (essentiellement aromatiques), nous préconisons aux consommateurs tentés par le DIY de s’informer au préalable, via les forums, réseaux sociaux ou via les laboratoires R&D qui étudient ce sujet !

Quelles conclusions tirez-vous de votre étude et de vos analyses ?

Bien qu’ayant des structures chimiques similaires, le CBD est totalement différent du THC au niveau de son usage, de la finalité de sa consommation et des effets pharmacologiques recherchés (absence d’effets psychotropes pour le CBD)… De plus, la nature de la molécule et ses propriétés en vaporisation justifient l’apparition d’e-liquides au CBD tant le vaporisateur personnel apparaît adapté à la consommation de ce type de molécule. Il existe dans ce type de produit un spectre très large d’offres, mais toutes ne sont pas favorables à une utilisation en inhalation ; le consommateur doit donc rester vigilant quant à la sélection de ses produits.

Notre rôle en tant que centre de recherches est de responsabiliser les médias, d’informer les vendeurs et les consommateurs sur un sujet qui manque cruellement d’information scientifique vulgarisée et accessible au grand public. Les mentalités doivent évoluer sur le CBD, dont le principal défaut est finalement d’être extrait de la plante Cannabis sativa L. L’étude que nous allons publier très prochainement sur notre site devrait permettre d’apporter un éclairage objectif sur le sujet.

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Interview publiée dans PGVG magazine #22, novembre 2017. Merci à Jérémy Sorin  et Maud Mercury d’avoir bien voulu répondre à nos questions. Plus d’informations sur le LFEL : http://www.lfel.fr/fr/

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