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Des champignons hallucinogènes pour arrêter de fumer ?

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Une dose unique de psilocybine, substance hallucinogène contenue dans les champignons magiques, pourrait-elle faire mieux que les traitements aujourd’hui disponibles pour aider les fumeurs à arrêter ? C’est ce que suggère un essai pilote publié récemment par des chercheurs de l’université Johns Hopkins, qui ont comparé son efficacité à celle des patchs de nicotine.

Les traitements actuels peinent à convaincre

Arrêter de fumer n’est jamais simple. Preuve en est, les taux de sevrage tabagique, s’ils diffèrent selon les méthodes d’arrêt du tabac, restent très faibles. Sans aucune aide, un fumeur aurait entre 3 et 5 % de chances d’arrêter de fumer. Les patchs de nicotine feraient augmenter ce chiffre autour de 10 %, tandis que les médicaments oscillent entre 15 % pour le bupropion, 22 % pour la cytisine, et 25 % pour la varénicline. La cigarette électronique, de son côté, aurait une efficacité comparable à la varénicline selon une méta-analyse Cochrane1. En somme, un fumeur aurait, dans le meilleur des cas, une chance sur quatre de réussir à arrêter de fumer avec les méthodes actuellement disponibles. De faibles chiffres qui encouragent la recherche scientifique.

Il y a quelques jours, une équipe de quatre chercheurs de l’université Johns Hopkins (USA) a publié les résultats d’un essai pilote2 dont l’objectif était de comparer l’efficacité de la psilocybine face aux patchs de nicotine. La psilocybine est un agoniste des récepteurs sérotoninergiques 5-HT2A. Elle est la principale substance hallucinogène contenue dans les champignons de même catégorie.

Pour leur étude, les scientifiques ont recruté 82 fumeurs quotidiens, âgés de 21 à 80 ans, et fumant une moyenne de 15,6 cigarettes par jour. Par le passé, les participants avaient une moyenne de six tentatives d’arrêt tabagique. Deux groupes ont été formés parmi eux : 42 fumeurs ont été placés dans le groupe psilocybine, et 40 dans le groupe patch.

Tous ont suivi une thérapie cognitive et comportementale (TCC) durant 13 semaines :

  • Semaines 1 à 4 : visites préparatoires durant lesquels les participants ont travaillé sur leurs motivations pour arrêter de fumer, les inconvénients sanitaires et financiers du tabagisme, la tenue d’un journal, ou encore le développement de stratégies pour gérer l’envie et le sevrage. La date d’arrêt était fixée à la cinquième semaine ;
  • Semaine 5 : date cible d’arrêt. Un groupe a reçu des patchs de nicotine et l’autre une dose de psilocybine (30 mg/70 kg) ;
  • Semaines 5 à 13 : poursuite de la TCC en suivi post-arrêt, contact quotidien par téléphone ou SMS pour encourager la poursuite du sevrage tabagique durant une semaine après l’arrêt, visites hebdomadaires jusqu’à la semaine 7, puis toutes les deux semaines jusqu’à la semaine 13 ;
  • Visites de suivi à 3, 6 et 12 mois après la date d’arrêt.

Un taux d’abstinence quatre fois supérieur au patch…

Lors de la visite de contrôle à six mois, 10 % du groupe ayant reçu des patchs avait arrêté de fumer. Un chiffre qui coïncide avec la littérature scientifique existante pour ce substitut nicotinique. Ce chiffre grimpait à 40,5 % pour le groupe de la psilocybine.

Les auteurs notent que « les résultats de cette étude renforcent les preuves croissantes que le traitement psychédélique pourrait avoir une efficacité antiaddiction générale sur diverses drogues addictives. » Selon eux, cette efficacité pourrait venir de l’absence d’interaction entre la psilocybine et les récepteurs nicotiniques, qui agirait plutôt « via des systèmes psychologiques d’ordre supérieur, tels que des changements dans le concept de soi et une flexibilité psychologique accrue. »

… mais de sérieuses limitations

Malgré ses résultats encourageants, cette étude présente de nombreuses limites.

Tout d’abord, les participants savaient à quel groupe ils appartenaient, ce qui peut entraîner un effet d’expectative. L’échantillon est également petit, puisque cette recherche ne comptait que 82 participants.

Le groupe psilocybine a aussi été en contact 13h de plus avec les professionnels de santé que le groupe patch. Une différence qui s’explique par la durée de la séance de prise de la substance, qui a été de huit à neuf heures, ainsi que le “debriefing” qui a eu lieu le lendemain. Et ces 13 heures représentent un biais non contrôlé, puisqu’on ne sait pas quelle part des résultats vient du contact humain renforcé plutôt que de la molécule elle-même.

En plus d’être petit, l’échantillon était loin d’être représentatif de la population générale. 89 % des participants étaient blancs, avec un très haut niveau d’éducation, et, surtout, près de 65 % d’entre eux avaient déjà consommé des substances psychédéliques par le passé. De fait, ils pouvaient déjà être convaincus de l’intérêt de la psilocybine, ce qui amplifierait encore l’effet d’expectative.

Enfin, il convient de souligner que le patch de nicotine fait partie des traitements les moins efficaces pour arrêter de fumer. Comparer la psilocybine à la varénicline aurait probablement produit un avantage moins spectaculaire.

Prises isolément, toutes ces limites seraient gérables. Mais leur accumulation rend toute conclusion prématurée. Il s’agit donc de prendre cette nouvelle étude pour ce qu’elle est : un essai pilote, qui invite simplement à poursuivre la recherche sur l’intérêt de la psilocybine dans le cadre du sevrage tabagique.

Sources et références

1 Lindson N, Theodoulou A, Ordóñez-Mena JM, Fanshawe TR, Sutton AJ, Livingstone-Banks J, Hajizadeh A, Zhu S, Aveyard P, Freeman SC, Agrawal S, Hartmann-Boyce J. Pharmacological and electronic cigarette interventions for smoking cessation in adults: component network meta‐analyses. Cochrane Database of Systematic Reviews 2023, Issue 9. Art. No.: CD015226. DOI: 10.1002/14651858.CD015226.pub2.

2 Johnson, M. W., Naudé, G. P., Hendricks, P. S., & Garcia-Romeu, A. (2026). Psilocybin or Nicotine Patch for Smoking Cessation: A Pilot Randomized Clinical Trial. JAMA network open, 9(3), e260972. https://doi.org/10.1001/jamanetworkopen.2026.0972

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