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De buraliste à boutique de vape, le grand virage de Jérôme Lenoir

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Jérôme Lenoir est en pleine transition : son bureau de tabac cesse son activité de vente de cigarettes, pour se consacrer exclusivement à la vape, qui y prenait d’ailleurs de plus en plus de place. Une curiosité ? Oui, mais qui a du sens et qui reste dans la continuité du parcours de ce commerçant atypique.

Lutter contre la désertification

Jérôme Lenoir

Le choix de Jérôme Lenoir de laisser tomber la carotte de buraliste pour devenir boutique de vape à part entière est audacieux et dénote dans l’univers des bureaux de tabac, qui s’accrochent à tout prix à la sauvegarde de leur profession. Mais, dans le cas de cet entrepreneur, la question importante pour comprendre n’est pas ce qu’il fait, mais pourquoi il le fait. Par exemple, pourquoi est-il devenu buraliste ?

“Rien ne me prédestinait à devenir buraliste, explique Jérôme Lenoir , j’étais commercial chez une grande marque de soda (la rouge et blanche, NDLR). Un jour, j’ai appris que le bureau de tabac de Montois-la-Montagne, un village dans lequel j’ai des attaches, allait fermer faute de repreneur. C’était le dernier commerce du village et un pilier du lien social entre ses habitants. Je n’ai pu m’y résoudre et j’ai tout laissé tomber pour le reprendre.”

Un véritable défi, reprendre un commerce dans un village de 2000 habitants à 40 kilomètres du Luxembourg. On pourrait croire que Jérôme Lenoir est un rêveur ou un inconscient, mais, en discutant avec lui, il n’est ni l’un ni l’autre. Il est à la tête du commerce depuis neuf ans.

La vape, une révolution

Le buraliste a découvert la vape il y a six ans et accroché immédiatement.

La vie s’écoule paisiblement jusqu’à l’arrivée de la vape. “J’ai accroché tout de suite, explique le futur ex-buraliste,  de tous les biens et services que je pouvais proposer dans mon bureau de tabac, c’est celui qui m’a le plus plu. C’était il y a 6 ans. Les modèles que l’on avait à l’époque n’étaient pas très performants, mais déjà laissaient entrevoir tout le potentiel de la vape.”

Selon lui, les kits et liquides destinés exclusivement aux buralistes sont à fuir.

Rapidement, il s’investit dans le produit, délaissant les modèles à destination des buralistes et creusant de son côté pour trouver des kits et liquides de qualité. “Les marques exclusivement destinées aux buralistes sont à fuir, pas adaptées du tout” souligne Jérôme Lenoir. Quelques marques bien connues en prennent pour leur grade.

Le client déçu de la vape qui rachète un paquet de cigarettes au buraliste est une légende : il va dans une boutique spécialisée.

Par contre, pour le buraliste, le client déçu de la vape qui rachète son paquet de cigarettes, c’est presque une légende “Je n’y crois pas du tout. Si un client achète un kit de vape, c’est qu’il est prêt à y passer. La plupart ont des exemples dans leur entourage de gens pour qui ça a marché. Le buraliste qui propose un mauvais kit à son client sera content, il aura fait sa vente, mais si il ne parvient pas à prouver sa compétence, il aura perdu son client. Celui-ci se tournera vers une boutique spécialisée.”

La vape des buralistes, une chimère

Pour Jérôme Lenoir, “les meilleurs liquides restent aux boutiques de vape”.

Au passage, il éreinte aussi les grandes marques de la vape qui déclinent leurs gammes vers les buralistes : “On a vu au Vapexpo des marques très connues et respectées des boutiques de vape proposer leurs liquides sous une autre marque pour les buralistes. Pas de chance, j’ai goûté les deux et ce n’est pas la même chose. Les meilleurs liquides restent aux boutiques de vape.”

Il n’a jamais fumé mais est devenu vapoteur pour pouvoir mieux conseiller ses clients.

Quand Jérôme Lenoir croit en la vape, ce n’est pas une posture. L’homme donne de sa personne : “Je n’ai jamais fumé, mais je suis devenu vapoteur, pour pouvoir mieux conseiller mes clients.” Il le souligne avec une pointe d’humour : “Bon, ça va, ce n’est pas désagréable.”

L’ancien buraliste va donc désormais exclusivement se consacrer à la vape : “Cette activité me passionne et a du sens. Le reste prenait de moins en moins de place, ça n’avait pas de sens de continuer”. Par “le reste”, entendez surtout les cigarettes.

Oui, on peut vivre de la vape dans un village de 2000 habitants.

Mais on peut vivre de la vape dans un village de 2000 habitants ? Jérôme Lenoir en tout cas, y arrive. “Non seulement j’arrive à en vivre, mais ça me laisse la possibilité d’ouvrir un second point de vente, c’est en cours à Jarny, et de créer un site Internet. Celui-ci est rentable dès sa première année de mise en service. Soyons clair, je ne vais pas devenir riche, mais en vivre, oui, c’est faisable” confie-t-il.

Adieu sans regrets à la carotte

Comment les autres buralistes prennent-ils la nouvelle ? “Certains applaudissent, d’autres ne comprennent pas.”

“Quand on a une vision globale comme la Confédération, on se plante globalement.”

Et Jérôme Lenoir ne fait aucun cadeau à ses anciens collègues, particulièrement à la Confédération des Buralistes : “Ils ont une vision globale, explique-t-il. Je crois que, quand on a une vision globale, globalement on se plante”.

Les buralistes ont cinq ans de retard sur la vape.

Pourtant les buralistes investissent le secteur de la vape, mais là encore, Jérôme Lenoir est plus que dubitatif : “Ils auraient dû s’y lancer il y a cinq ans. Le marché ne les a pas attendus, là il est trop tard. Beaucoup de buralistes n’arrivent pas à vendre de la vape à leurs clients, faute de formation éclairée. Il en est d’autres, trop rares, comme le tabac Vap’in de M. Steve Desumer à Sarreguemines ou le Vap’in de Pantin de Yacine qui sont devenus, à force d’investissement et de professionnalisme, des acteurs à part entière de la filière. Mais beaucoup de buralistes traditionnels ne s’investissent pas assez dans la vape.”

Tout l’inverse de l’ancien buraliste “j’aime par dessus tout discuter avec mes clients, apprendre à les connaître pour les conseiller au mieux. Certains passent juste dire bonjour, on reste discuter.”

Encore une fois, cette idée de lien social, qui est aussi possible à travers une boutique de vape.

Les heures sombres sont devant pour le tabac

Certains buralistes n’arrivent même plus à se nourrir tous les jours. 

Selon Jérôme Lenoir, la profession de buraliste doit s’attendre à vivre des heures encore plus difficiles, mais elle en porte pour partie la responsabilité : “Je connais des confrères qui sont en sérieuse difficulté, au point de ne pas pouvoir faire trois repas tous les jours, ils en sont à ce point”. Sans doute la proximité avec le Luxembourg ? “C’est un faux problème, ça. Même quand vous êtes au centre de la France, rien n’empêche les gens de s’organiser pour prendre sa voiture et aller chercher quarante kilos de tabac au Luxembourg, en Espagne, en Belgique… Ajoutez à cela les trafics, qui sont très bien organisés.”

Et il est vrai que tous les buralistes et leurs représentants interrogés, soulignent que le trafic de cigarettes représente aujourd’hui un volume conséquent du tabac fumé en France.

“Il y a 24 000 bureaux de tabac en France. Dans 5 ans, il en restera 10 000”

La réaction des buralistes, selon lui, n’est pas adéquate : “Ils ne se remettent pas en cause et ils comptent sur leurs syndicats pour résoudre la situation. Mais les syndicats de buralistes ne vont rien résoudre, c’est trop tard, ils n’en ont pas le pouvoir, et ça ne va pas dans le sens de l’Histoire. Pendant ce temps-là, la situation devient de plus en plus difficile pour les commerçants qui perdent des opportunités de se remettre en question. Il y a aujourd’hui 24 000 bureaux de tabac en France, selon moi, dans cinq ans, il en restera 10 000 au plus”.

Dont beaucoup auront disparu et auront manqué l’occasion de faire leur transition, à l’inverse de Jérôme Lenoir, dont il est vrai qu’il est un peu une exception : lui n’est pas devenu buraliste pour devenir buraliste. Mais, au final, est-il heureux aujourd’hui de laisser tomber la carotte ?

“Complètement ! J’ai le sentiment d’aider les gens. Je vois des clients qui viennent me voir, heureux d’être passé à la vape, et qui me disent qu’ils vont mieux. Quand j’étais buraliste, jamais je n’ai vu un client venir me voir pour me dire : ah, aujourd’hui ça va encore moins bien, c’est chouette !” se réjouit-t-il.

Le site de Jérôme Lenoir :  Tplv.fr

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