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Les cellules oubliées de la dépendance : comment les astrocytes participeraient à l’addiction à la nicotine

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Une étude coréenne révèle le rôle insoupçonné des astrocytes, des cellules cérébrales longtemps négligées, dans le développement de la dépendance à la nicotine. Une découverte qui pourrait ouvrir de nouvelles pistes thérapeutiques.

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Pendant des décennies, les recherches sur l’addiction se sont presque uniquement focalisées sur le rôle des neurones dans ce phénomène. Jusqu’à présent, les astrocytes étaient simplement considérés comme des « supports » pour ces derniers. Mais la parution d’une nouvelle étude1 (recherche préclinique) dans la revue scientifique à comité de lecture, Acta Pharmaceutica Sinica B, pourrait changer la donne. Que sont exactement les astrocytes, et pourquoi cette nouvelle étude pourrait rebattre les cartes ? Éléments de réponse.

Les chefs d’orchestre silencieux

Découverts au XIXe siècle et baptisés ainsi à cause de leur forme étoilée (du grec astron, qui signifie « étoile »), les astrocytes constituent environ 50 % des cellules du cerveau humain. Ils font partie de la grande famille des cellules gliales, littéralement les « cellules colle » du cerveau. Un nom qui reflète la méconnaissance de leur fonction à l’époque de leur découverte.

Pendant plusieurs décennies, les astrocytes étaient considérés comme une sorte de personnel d’entretien pour les neurones. On pensait que leur rôle se limitait à maintenir les neurones en place, à leur fournir des nutriments, et à éliminer les déchets. Mais depuis une trentaine d’années, on sait désormais qu’un seul astrocyte est capable d’interagir avec environ 120 000 synapses (les points de connexion entre les neurones) chez les rongeurs. Ils régulent également, de manière active, la communication neuronale.

Concrètement, les astrocytes jouent plusieurs rôles essentiels. Ils captent les neurotransmetteurs en excès dans les synapses, régulent l’équilibre chimique du cerveau, et sont même capables d’influencer la force des connexions neuronales. Dans le cas du glutamate, le principal neurotransmetteur excitateur du cerveau, les astrocytes le recyclent en glutamine, qui est ensuite envoyée aux neurones. Et c’est précisément ce cycle que la nicotine perturberait, selon cette nouvelle étude.

Une cascade moléculaire révélée

Les auteurs de cette recherche, originaires des universités de Pusan et Kangwon (Corée du Sud), ont travaillé, à la fois sur des rats vivants, et sur des cultures de cellules astrocytaires. Leur méthode consistait à exposer les animaux à des doses répétées de nicotine pendant sept jours consécutifs. Une durée jugée suffisante pour observer les modifications neurobiologiques associées à la dépendance, sans pour autant arriver au stade d’une exposition chronique de longue durée.

En temps normal, lorsque la nicotine atteint les astrocytes, elle déclenche une série d’interactions complexes entre ions calcium, protéines et récepteurs cellulaires. Pour simplifier : cette cascade de réactions aboutit à l’activation d’une enzyme clé, la glutamine synthétase. Et sous l’effet répété d’une exposition à la nicotine, c’est l’ensemble de ce système qui s’emballerait.

Face à ce constat, les chercheurs ont mené plusieurs expériences. Et il se sont aperçus qu’en bloquant spécifiquement l’activité de cette enzyme chez les rats exposés à la nicotine, leur sensibilisation locomotrice, c’est-à-dire l’augmentation progressive de l’activité motrice qui reflète les modifications cérébrales liées à la dépendance, était significativement réduite. Les scientifiques ont également bloqué uniquement l’interaction entre la protéine et le récepteur responsables de l’activation de cette enzyme : résultat similaire, puisque ce blocage réduisait par ricochet l’activité de l’enzyme, et donc, là encore, la sensibilisation motrice. Et les résultats de leurs expériences sont loin d’être anodins, puisqu’après ce traitement, les mesures réalisées chez les rats dépendants étaient très proches de celles du groupe de contrôle. En d’autres termes, malgré une exposition répétée à la nicotine, les rats ne montraient presque plus les signes neurologiques typiques du développement d’une dépendance.

Vers de nouvelles pistes thérapeutiques ?

Si cette étude n’est pas la première à s’intéresser au système glutamatergique dans le cadre de la compréhension du phénomène de dépendance, elle permet de confirmer les résultats de recherches précédentes et, surtout, de prouver que les astrocytes représentent une véritable piste à explorer.

Les traitements actuels, comme la varénicline (Champix), le bupropion (Zyban), ou encore la cytisine (Tabex/Desmoxan), ciblent principalement les récepteurs nicotiniques des neurones, ou la recapture des neurotransmetteurs, avec des taux de succès très modeste. La découverte de nouveaux moyens efficaces pour lutter contre l’addiction, ou la dépendance, serait donc bienvenue.

Bien sûr, cette étude coréenne a été menée sur des rongeurs, et la transposition à l’humain nécessitera encore de nombreuses analyses. Mais, au-delà des applications médicales, elle rappelle une chose fondamentale : la dépendance n’est pas qu’une question de « volonté », mais bien un phénomène biologique complexe impliquant l’ensemble de l’architecture cérébrale, y compris des cellules négligées pendant longtemps, comme les astrocytes.

Sources et références

1 Yang, J. H., Sohn, S., Kim, S., Kim, J., Seo, S. Y., Kazmi, A., Woo, H., Wang, J. Q., & Choe, E. S. (2025). Glutamine synthetase in astrocytes of the caudate and putamen is responsible for locomotor sensitization after nicotine exposure. Acta Pharmaceutica Sinica B. Advance online publication. https://doi.org/10.1016/j.apsb.2025.09.038.

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