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Arrêter de fumer… et devoir se défendre de l’avoir fait !

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Invité de l’émission “C à dire” sur France 5 à l’occasion de l’annonce récente de la baisse de vente de tabac, Loïc Josseran, le président d’Alliance contre le tabac s’est exprimé sur la vape. Au menu, des imprécisions et un discours peu ouvert à la vape, une désagréable sensation de retour vers le futur.

Mise à jour le 16 avril 2018 à 22:45 avec les résultats définitifs du sondage

Ce vendredi 6 avril, l’émission “C à dire” sur France 5 recevait Loïc Josseran, président d’Alliance contre le tabac. L’Alliance est une coalition d’une trentaine d’associations et personnalités engagées dans la lutte contre le tabagisme en France. Sa vocation est de faciliter les échanges et les expertises, au profit du renforcement du contrôle du tabac et de la promotion de la santé publique. M. Josseran était invité à l’occasion de l’annonce récente de la baisse de vente de tabac (baisse de vente aux buralistes… il ne s’agit pas ici de chiffres de consommation), et l’augmentation de vente des substituts nicotiniques. La vidéo de l’émission ici.

L’Australie, c’est loin

La première partie de l’interview portait sur cette baisse des ventes en France. L’occasion pour lui de nous comparer avec la situation de quelques autres autres pays, et même très loin, puisque le professeur nous emmène jusqu’en Australie. Il nous y annonce “une prévalence de tabagisme aux alentours de 5%“, grâce à un prix du paquet de cigarette “pas loin des 20€“.

Des chiffres loin de la réalité, comme on peut le lire ici, ou sachant que le prix du paquet le plus vendu (en Australie comme ailleurs) y est à un prix moyen de 16,31€, à ce jour. En réalité, le taux de prévalence tabagique des australiens serait bien plus proche des 12 à 15%, selon les chiffres publiés et officiels, ou vers les 17%, s’ils n’en avaient exclu les aborigènes, population au tabagisme particulièrement élevé.

A noter aussi que l’île a pour singularité de mesurer cette prévalence à partir de 14 ans, (sachant qu’en France l’age moyen de la première cigarette est aux alentours, voire supérieur à 15 ans, âge à partir duquel le tabagisme y est d’ailleurs mesuré). Quelques artifices qui permettent donc à l’Australie d’annoncer des chiffres nettement inférieurs à la réalité, et qui ne peuvent en tout cas offrir qu’une comparaison faussée, avec d’autres pays. Mais l’Australie, c’est loin, tout le monde n’ira pas vérifier…

Et la Suède, alors ?

Beaucoup plus proche de nous, pourtant, et bien plus spectaculaire, il y avait pourtant la Suède, avec son taux de tabagisme actuel de 7% (et 5% de fumeurs quotidien). M. Josseran n’en parlera pas, soucieux de ne pas avoir à expliquer que là-haut, la baisse de consommation de tabac fumé s’est faite grâce à un produit à risques réduits… un autre produit du tabac. Un «tabac oral» et non fumé, le Snus, qui n’est autre qu’une forme évoluée de la chique de nos anciens.

Ce produit a été interdit de vente en Europe, dès 1992. Mais lors de son adhésion à l’UE en 1995, la Suède, pays du Dr. Karl Fagerström (bien connu des tabacologues), à posé pour condition de conserver ce produit, traditionnel chez eux. Ce qui les amène aujourd’hui au taux de tabagisme le plus bas des pays de l’OCDE, et cela avec des prix du tabac inférieurs aux nôtres (5,90€ par rapport à 8,00€ en Fr. à ce jour, toujours pour le même paquet évoqué plus haut). Pour poursuivre sur M. Fagerström, on pourra par ailleurs prendre ici connaissance du rapport « SNUS KOMISSIONNEN », commission dont il faisait partie. On y apprendra, entre autres choses intéressantes, que près de 33.000 vies par an auraient pu être épargnées en France, si le Snus n’y avait été interdit !

La vape, une porte d’entrée pour les jeunes ?

Mais revenons à notre interview, lorsque l’échange s’oriente vers le sujet de la vape. Un aspect pouvant peut-être cadrer avec la seconde partie des missions de l’Alliance, la «promotion de la santé publique». (A partir de 6:00, dans la vidéo).

Le président de l’Alliance commence par affirmer que le risque que la vape amène les jeunes à fumer, “est une réalité, ça a été montré à de nombreuses reprises“… Étonnant, alors qu’était évoquée plus tôt dans l’interview, la baisse du tabagisme observée par l’enquête ESCAPAD 2017. “On observe une baisse” chez les mineurs, et cela depuis l’enquête précédente en 2014, alors qu’auparavant “on était sur un plateau, depuis un certain temps“, explique Loïc Josseran. Baisse depuis 2014 qui curieusement, coïncide avec la période d’émergence de la vape !

Sur ce sujet, il pourrait peut-être consulter son secrétaire général au sein de l’Alliance, le Pr Dautzenberg, qui affirme que “la cigarette électronique ringardise” ou “dénormalise le tabac chez les jeunes“, et cela depuis 2014, en conclusion de ses enquêtes “Paris sans Tabac”. Bien avant le paquet neutre généralisé au 1er janvier 2017, qu’avance néanmoins M. Josseran comme explication à ce “début de dénormalisation” et baisse de consommation chez les mineurs.

La vape, seulement encadrée médicalement ?

Puis il poursuit : “Il est très certain que la cigarette électronique permet dans certains cas, à des fumeurs d’arrêter, mais à ce compte là, ils sont encadrés, ils sont pris en charge par des tabacologues. C’est quelque chose qui est fait de façon cadrée, de façon médicale, de façon sérieuse…“.

Et pour qui voudrait comprendre l’histoire de la bicyclette : “La cigarette électronique, c’est comme la bicyclette

En gros, le Pr. Josseran nous explique ici, que des vapoteurs qui s’arrêteraient grâce à la vape mais sans encadrement médical ou de tabacologues, ça n’existerait pas.

Un discours sur la même ligne que la Ministre de la santé, Agnès Buzyn, (à moins que ça ne soit Agnès Buzyn qui ait aligné son avis sur les conseils de certaines associations), qui n’a pas hésité à affirmer que “la vape ne permettait pas d’arrêter de fumer” ou “n’apporte pas du tout le bénéfice souhaité en terme d’arrêt du tabac“. Petit rappel ici.

L’idée m’est donc venue de sonder les vapoteurs ayant “totalement arrêté le tabac grâce à la vape” présents sur quelques groupes Facebook, notamment des groupes d’entraide tels que “Je Ne Fume Plus” ou “Vape Info Service”, en leur proposant les 2 options ci-après : 

Bien évidemment, les taux de modes d’arrêt ne refléteront ici que la réalité de vapoteurs présents sur les réseaux sociaux, pas plus. L’idée n’était d’ailleurs pas de mesurer des proportions exactes et représentatives de l’ensemble des vapoteurs en France. Mais elle était bien de démontrer que la vape pouvait être un moyen d’arrêt efficace pour ses utilisateurs, sans être obligatoirement “pris en charge par des tabacologues“.

Les résultats le confirment. Le sondage a été clôturé le dimanche 15 avril, après une semaine d’enregistrement des réponses. Ce sont au total 1031 vapoteurs qui ont répondu. 1005 déclarent avoir réussi à se libérer de leur tabagisme, grâce à la vape, SANS accompagnement médical (soit 97,4%), et 26 (2,6%), AVEC.

La vape permet donc, non seulement d’arrêter de fumer, mais y compris en dehors de tout contrôle médical !

 

Pour aller plus loin : le  sondage en ligne

Quelques liberté, avec l’avis sur la vape de sa propre association

A noter que plusieurs des affirmations du président de l’Alliance, lors de cette interview et sur la vape, divergent de l’avis publié en 2017 de cette même association, comme on peut le constater ci-dessous.

Pour aller plus loin : l’avis complet et en pdf

Certains médecins ouverts au dialogue

J’en profite pour préciser que je n’ai absolument rien contre les médecins ou divers professionnels de santé. J’ai même été à quelques reprises en consulter, lors de mes (trop) nombreuses tentatives d’arrêt durant 30 ans. Mais c’est pourtant en me débrouillant tout seul avec la vape que j’y suis enfin arrivé.

Rien non plus contre le fait que la vape puisse aussi être un moyen parmi d’autres, conseillé ou encadré par des professionnels de santé. C’est même avec plaisir que moi ou d’autres vapoteurs répondons à leurs sollicitations, et échangeons avec certains, de plus en plus nombreux, d’ailleurs. Qu’il s’agisse de les informer sur les aspects techniques, les produits et les bonnes pratiques, mais aussi pour leur permettre de mieux comprendre le phénomène, notamment l’émergence de l’auto-support, inédit dans le domaine de la lutte contre le tabagisme.

Pas de dialogue, avec d’autres

Mais peut-être qu’à un moment, il serait temps que certaines autorités de santé ou responsables d’associations cessent de nier l’apport que pourrait être celui de la vape, dans l’aide à l’arrêt pour les fumeurs, quitte à user de chiffres et arguments arrangés, pour arriver à leurs fins. Obstination à nier les évidence qui pousse même certains à mentir sciemment comme on peut l’entendre ici : « Produire des preuves contre la vape, même si elle sont fausse, ça m’est égal » !!!

A force d’entretenir le doute sur la vape par de tels discours, à voir reprises en boucle toutes fakenews par de nombreux médias, ils en arrivent à décourager, à dissuader des fumeurs d’adopter une solution qui pourrait les aider, voire, et c’est bien pire, à en renvoyer certains à la clope… Au moins là, plus aucun doute, ON SAIT ce qu’il y a dedans, et ON SAIT de quoi on risque de mourir !

Jusqu’à quand ?

Alors oui, il y a de la colère, chez les vapoteurs. Comment n’y aurait-il pas, après avoir tant espéré, tenté à de multiples reprises, cela durant de nombreuses années d’arrêter de fumer, d’avoir encaissé les échecs autant de fois, et n’avoir reçu en retour que stigmatisation et culpabilisation. Et le jour où ils réussissent à arrêter enfin, il faut en plus se voir nier jusqu’à notre existence ? Jusqu’à quand devra t-on subir cette humiliation ?

Pour conclure, et pour éviter de me voir qualifier, comme n’avait pas hésité à le faire la prédécesseure de M. Josseran à la tête de l’Alliance contre le tabac, Michèle Delaunay (tweet ci-dessous), de “lobbyiste de l’industrie“, je précise n’avoir aucun lien d’intérêt, ni actuel, ni passé avec la dite “industrie“.

Mon seul intérêt aujourd’hui est de défendre que tous moyens efficaces, vape ou autre, qui permettent aux fumeurs de se libérer de cette consommation de tabac fumé, puissent leur être le plus accessibles possible. Et cela, tout en arrêtant de n’user et de ne leur infliger que des seuls moyens de stigmatisation et de culpabilisation, totalement contre productifs. (Je ne le sais que trop, pour les avoir trop longtemps vécus et subis moi même, lorsque j’étais fumeur).

Cet article d’opinion n’engage que le point de vue de son auteur et ne représente pas forcément l’avis de la rédaction.

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