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Non, les vapoteurs n’ont pas 56 % de risques en plus d’avoir une crise cardiaque

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Les vapoteurs ont-ils réellement plus de risques d’avoir une crise cardiaque ou d’être victimes d’un AVC ? Si l’on en croit les titres de presse des derniers jours, oui, indéniablement. Heureusement, lorsqu’on se documente un peu et prend le temps de lire correctement l’article responsable de tout ceci, on se rend rapidement compte que la vérité est bien différente…

Quand la presse ne sait pas lire

« Les vapoteurs ont 56 % de chances de plus d’avoir une crise cardiaque et 30 % de chances supplémentaires de subir un AVC », voilà la douce musique que l’on peut entendre depuis maintenant quelques jours dans bon nombre de média français et du monde. Une nouvelle que l’on doit à un récent communiqué de presse rédigé par l’American College of Cardiology (ACC), qui se base sur une étude qui n’a même pas encore été publiée.

Bien heureusement, comme souvent avec ce genre de déclarations alarmistes, la vérité est tout autre.

Que dit cette étude ?

Concrètement, l’étude dont il s’agit est baptisée Impact on Cardiovascular Outcomes among E-Cigarette Users: A review from National Health Interview Surveys, et a été réalisée par Mohinder Vindhyal, professeur adjoint à l’University of Kansas School of Medicine.

Selon le communiqué de l’ACC, elle indiquerait que « par rapport aux non-utilisateurs, les utilisateurs de cigarettes électroniques étaient 56 pour cent plus susceptibles d’avoir une crise cardiaque et 30 pour cent plus susceptibles de subir un AVC. La coronaropathie et les troubles circulatoires, y compris les caillots sanguins, étaient également beaucoup plus élevés chez les personnes dont le taux d’insuffisance coronarienne était de 10 % et de 44 %, respectivement. Ce groupe était également deux fois plus susceptible de souffrir de dépression, d’anxiété et d’autres problèmes émotionnels ».

Une information que s’est naturellement empressée de rapporter la presse généraliste dont la majorité, comme à son habitude, n’a pas jugé bon de creuser plus que ça. Petite pensée pour M6 qui en a notamment parlé dans un reportage vidéo à l’occasion de son émission Le 1945, avec au passage des images prises intelligemment au Vapexpo de Nantes où nous nous trouvions.

Les faits

Cependant, lorsqu’on choisit de s’intéresser d’un peu plus près audit communiqué de l’association, plusieurs éléments semblent importants à relever.

Pour le professeur Bertrand Dautzenberg par exemple, pneumologue à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, le premier concerne le fait que toute cette agitation médiatique n’a tout simplement pas lieu d’être. Il explique ainsi à notre rédaction que ce communiqué se base sur « une étude pas encore publiée, qui n’a été officiellement présentée nulle part et qui n’a donc pas encore été sujet à débat contradictoire ». Le spécialiste s’étonne d’ailleurs que l’American College of Cardiology « se mouille » pour un travail scientifique pas encore publié. Pour lui, ce procédé n’est d’ailleurs pas « une façon de faire de la bonne science ».

Et lorsqu’on l’interroge concernant les chiffres évoqués par le document, sa réponse est très claire. Il explique ainsi que cette étude « confirme simplement que les vapoteurs ayant participé sont d’anciens fumeurs » et que « c’est un point rassurant ». Il note également que selon les données de l’OMS, lorsqu’un un fumeur cesse sa consommation de tabac, « le risque de crise cardiaque diminue à 50 % à un an ».

Ainsi, « faire l’hypothèse que les vapoteurs utilisent en médiane l’e-cig depuis 1 an est très plausible et recouvre exactement le chiffre que cette étude donne, soit 34 % de sur-risque contre 65 % de plus chez les fumeurs. Ce papier confirme donc que les vapoteurs sont des anciens fumeurs… Ce qui n’est en rien une surprise » ajoute-t-il à notre rédaction.

Aucune causalité entre vape et maladies cardiovasculaires

Mais ce n’est pas tout.

Si l’on prend soin de lire le communiqué dans son intégralité, quelques lignes après avoir annoncé que les vapoteurs sont plus susceptibles que les non-vapoteurs d’avoir des crises cardiaques et autres AVC, voici ce que note l’American College of Cardiology :

« Il y a certaines limites. Par exemple, la conception de l’étude ne permet pas aux chercheurs d’établir la causalité [entre la vape et ces problèmes de santé] ».

Oui, vous avez bien lu, la conception de l’étude ne permet pas aux chercheurs d’établir la causalité. En d’autres termes, cette étude ne prouve à aucun moment que la vape est responsable d’une augmentation des risques d’être victime d’une crise cardiaque ou d’un AVC.

De quoi réaliser que les journalistes ayant titré « Cigarette électronique: plus de risque de crise cardiaque, d’AVC et de dépression » ou encore « La cigarette électronique responsable de maladies cardiaque et de dépression ? », n’ont même pas pris le temps de lire l’intégralité de l’article sur lequel ils s’appuient afin de réaliser leur excellent travail…

Une étude similaire déjà contestée par le passé

Ce n’est malheureusement pas la première fois qu’une étude de ce genre est réalisée.

En effet, au mois d’octobre 2018, une autre recherche [1] mettait en avant le fait que l’utilisation d’un vaporisateur personnel pouvait être associée à un risque accru de maladies cardiovasculaires. Une étude qui avait d’ailleurs à l’époque été qualifiée de « bonne blague » par Konstantinos Farsalinos, chercheur au Centre de chirurgie cardiaque Onassis d’Athènes et à l’Université de Patras en Grèce, mais également l’un des auteurs les plus prolifiques dans le monde de la cigarette électronique.

Il expliquait ainsi, au travers de son blog, que les conclusions du travail scientifique étaient « tout simplement erronées » et constituaient « une faute professionnelle épidémiologique et de la désinformation ».

L’étude indiquait en effet que « l’usage quotidien d’une cigarette électronique, ajusté pour tenir compte du tabagisme conventionnel et d’autres facteurs de risque, est associé à un risque accru d’infarctus du myocarde », sans même avoir pris soin de se renseigner sur le moment où les participants avaient commencé à vapoter.

Dans de telles conditions, difficile en effet de démontrer que la vape est responsable de quelconques problèmes de santé, puisque si les participants ont commencé à utiliser un vaporisateur personnel après la déclaration de leur maladie, toutes les conclusions du travail s’effondrent. Il est alors bien plus simple de se contenter d’éviter la question afin de produire une étude à charge contre la vape…

La cigarette électronique est une méthode de réduction des risques pour le fumeur. Le tabagisme, responsable de 73 000 morts prématurées en France, est l’un des sujets de santé publique les plus sérieux. Oublier volontairement de contextualiser correctement l’usage de ce produit et contribuer à entretenir ou créer un alarmisme infondé à son sujet, est un comportement journalistique qui nous inquiétera toujours.


[1] Alzahrani, T, et al. “Association Between Electronic Cigarette Use and Myocardial Infarction.” Current Neurology and Neuroscience Reports., U.S. National Library of Medicine, Oct. 2018, www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/30166079.

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