Sauvés ! Enfin, après une longue période qui a failli précipiter le pays tout entier dans la ruine, la dévastation et la disette, après avoir frôlé l’apocalypse, enfin, l’embargo prend fin, la Nation tout entière va pouvoir respirer. Comment ça, quel pays ? Eh bien, Andorre, évidemment.
Non, pas Endor, Andorre
Quand les routes sont dans un état lamentable, les gens se plaignent. Mais quand on fait des travaux pour les rénover, les gens se plaignent aussi. C’est ce qui est arrivé récemment aux usagers de la RN20. Il faut dire que la route était très endommagée : un bout de montagne était tombé dessus.
La difficulté, dans cette situation, dépend de la montagne. Si les Monts d’Arrée, en Bretagne, vous tombent dessus, vous aurez quelques gravillons sur la chaussée, tout au plus, rien que Carglass ne puisse gérer. Par contre, si c’est un morceau de Pyrénées, les cailloux seront beaucoup plus gros, et l’impact considérablement plus large qu’une pièce de deux euros.
Et cela a plongé les Toulousains dans le plus grand désarroi. Parce que la vaillante route creusée à main d’homme sur les flancs escarpés de la montagne est la principale source d’approvisionnement de denrées essentielles : l’alcool et le tabac détaxés de la Principauté d’Andorre.
Comme l’expliquait un commentaire sous un article sur Facebook, « si tu achètes juste de l’alcool, avec le péage et le carburant, c’est peu rentable, mais si tu fumes, alors c’est jackpot ! ».
Cinq colonnes à la une
Et l’évènement est de taille, puisque cette réouverture a fait l’objet d’articles dans La Dépêche et sur Pyrénées FM, le tout à travers des reportages émouvants, qui expriment le plus grand soulagement des commerçants andorrans, qui sont souverains. Tellement, en fait, qu’on est soulagés pour eux, même si on n’est pas concernés.
Mais, comme d’habitude, loin de faire la belle unanimité que l’on attendrait, la nouvelle a engendré son lot de mécontents. Du côté français, les buralistes sont grognons. Ah, qu’ils sont pénibles.
Notez… Si on se met deux secondes à leur place, on se surprend assez rapidement à ronchonner aussi.
À l’origine, les taxes sur le tabac étaient destinées à décourager la consommation de cigarettes. Oui, « à l’origine », parce que, aujourd’hui, certains prétendent que lesdites taxes servent juste à remplir les caisses de l’État. Chacun est libre de ses opinions. D’autant que, d’expérience, il est très difficile, voire impossible, de démontrer aux tenants de cette théorie qu’ils ont tort.
Mais comme certains de nos voisins européens refusent obstinément d’augmenter les tarifs sur leurs cigarettes, et font barrage à une taxation européenne, évidemment, l’écart de prix se creuse. Ajoutez à cela la libre circulation des personnes, et vous obtenez un commerce frontalier où la sortie du dimanche consiste à aller à Andorre… en Andorre ? Enfin, là-bas, pour faire le plein, comme les Lorrains et Alsaciens vont au Luxembourg.
Au niveau du climat, c’est Andorre qui gagne.
La fête est finie
Donc, un frontalier s’en va faire le plein de tabac et d’alcool en acquittant ses taxes dans un pays étranger, alors que sa chimiothérapie et sa greffe de foie resteront à la charge de la France. Et, au passage, en laissant mourir des commerçants locaux, les buralistes, donc.
C’est de cela que La Dépêche se réjouit. Mon petit doigt me dit que, quand La Dépêche va se rappeler que les buralistes ne vendent pas que des cigarettes, mais proposent aussi d’autres produits, dont la presse quotidienne régionale, les réjouissances vont être considérablement abrégées.
Du coup, je comprends le mécontentement des buralistes. Leurs clients les laissent tomber, l’État les laisse tomber, l’Europe les laisse tomber et même la presse les laisse tomber.
C’est la luuuuuteu finaleuuuu !
Mais, chers amis buralistes, heureusement, l’article du vendredi est là pour vous rappeler que vous avez une solution radicale : vous aussi, laissez tomber. Plus précisément, la carotte, par terre, et les cigarettes, retour à l’expéditeur. À la place, ouvrez des vape shops. Sevrez vos clients. Là, vous allez voir que les Andorrans vont faire la tête, parce que la vape, en Espagne, c’est pas trop ça. Ni ailleurs en Europe, d’ailleurs. Ça va même embêter l’État.
Tenez, si vous le faites, je vous offre, personnellement, un abonnement gratuit au Vaping Post pour votre vape shop. Si ça, c’est pas un bon deal, alors je ne sais pas ce qu’est un bon deal. Quoi, c’est déjà le cas pour les boutiques de vape ? Peu importe, ça reste un excellent deal.
Et la prochaine fois que Contre-Feu, le CNCT, ou DNF viendront faire un tour dans votre boutique, offrez-leur un numéro de La Dépêche, celui où le journal fait l’éloge du commerce de tabac transfrontalier, pour lire dans le train du retour. Vous allez redécouvrir ce que « plaisir d’offrir » veut dire.
Dernière chose, amis toulousains : on dit pain au chocolat.










