J’ignore quel mécanisme psychologique est en cours ici. Il paraît que des gens ont encore confiance en notre classe politique, ai-je un de ces (rares) phénomènes en face de moi ?
Mais non

C’est un homme simple, sympathique et chaleureux, et on est venu à se tutoyer au fil du temps. Bref, le bon gars, pas prise de tête. Jusqu’à maintenant.
“Mais non”, répond-il. Mais si. Je lui réexplique : l’article 23, le QR code sur le comptoir, ce que ça changerait pour la vape, pour lui, pour nous, pour tout. Toute la journée, j’ai expliqué, réexpliqué, convaincu. Comme l’aurait dit un ancien président de la République, les signatures, je suis allé les chercher avec les dents. Et ça a marché. Quand lui est arrivé, j’ai pensé que ce serait une formalité. “Mais non”, dit-il en secouant la tête. Il refuse obstinément, ne serait-ce que de m’écouter.
Mais non, je te dis
Pourquoi donc ? Est-il favorable à l’article 23 ? Pas du tout. “Mais non. C’est trop gros. Ils ne feront jamais ça.”
Mon cerveau, du moins la partie qui s’occupe de l’argumentation, se met en rideau. Comment ça, “Ils ne feront jamais ça ?”. “Ils” se sont donné la peine d’écrire un texte de loi et “ils” le présentent devant le Parlement pour qu’il soit voté. “Ils” ne vont pas le faire, “ils” sont en train de le faire, là, maintenant, tout de suite. “Mais non. C’est trop gros. Ça ne passera jamais.”
J’ignore quel mécanisme psychologique est en cours ici. Il paraît que des gens ont encore confiance en notre classe politique, ai-je un de ces (rares) phénomènes en face de moi ? Ou, a contrario, une sorte de phénomène de déni, “Ça va trop loin, je ne suis pas en capacité d’accepter ça.”
Quoi qu’il en soit, j’ai laissé tomber, il n’a pas signé. Il reviendra dans quinze jours, et ainsi de suite, jusqu’au jour où peut-être, il verra les conséquences de l’article 23 ou d’un autre. Là, il sera trop tard.
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