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La méthode simple pour en finir avec la méthode simple

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On voit régulièrement passer sur les groupes Facebook de sevrage tabagique des questions sur le best-seller d’Allen Carr, « La méthode simple pour en finir avec la cigarette ». Qu’en est-il réellement de ce petit bouquin miracle ? La vérité est largement plus mitigée.

La méthode miracle

Allen Carr

En 1983 sort un livre, intitulé « The easy way to stop smoking ». Traduit dans de nombreuses langues, le livre s’est, depuis, vendu à 13 millions d’exemplaires, d’après son éditeur originel.

Et le livre a de quoi intriguer. Son auteur, Allen Carr, est un ancien expert comptable, gros fumeur, qui a arrêté le tabac à l’âge de 49 ans. Il explique, à travers ce texte, comment il s’y est pris, pourquoi c’est facile, et que tout le monde devrait y parvenir. Pour une promesse, c’est une sacrée promesse.

Allen Carr a fait fortune grâce à ce livre, puis les « centres Allen Carr » qui ont ouvert à sa suite, puis des méthodes sur la même base pour arrêter l’alcool, perdre du poids, avoir du succès ou encore prendre la vie du bon côté.

Ironie de l’histoire, Allen Carr est mort à 72 ans d’un cancer du poumon, hérité de ses années de tabagisme.

Tout cela est bel et bien bon, mais une question se pose : si la méthode Allen Carr est si efficace, pourquoi reste-t-il encore des fumeurs dans le monde ? Et surtout, si la méthode proposée dans ce bouquin est simple, pourquoi Allen Carr a-t-il ensuite ouvert des centres où sont proposés du coachings plutôt que des librairies pour vendre son livre ?

Une méthode faillible et incomplète

Le livre d’Allen Carr n’est en réalité pas exactement une méthode pour arrêter le tabac, du moins en lui-même. Si l’auteur explique comment il est parvenu et développe sa philosophie, la méthode Allen Carr est surtout appliquée dans les centres du même nom, où l’on propose un coaching. A titre onéreux, bien entendu.

C’est la première question : à quoi bon ces centres si le livre est censé suffire à lui-même, comme l’affirme pourtant sa publicité ? C’est un contresens, dès lors, d’affirmer que ce livre de poche dispense d’une consultation en tabacologie. Allen Carr propose plutôt une méthode alternative.

En réalité, et quoique les tenants de la méthode s’en défendent, ce n’est ni plus ni moins que la méthode Coué appliquée au tabagisme.

Émile Coué, psychologue et pharmacien, est l’auteur de la méthode Coué, première méthode de pensée positive, une forme d’autosuggestion. Si sa méthode est, depuis sa mort, contestée parce que trop légère, on met au crédit d’Émile Coué la découverte et l’expérimentation de l’effet placebo.

Et la méthode Allen Carr n’est ni plus ni moins que cela : s’auto-persuader que la cigarette ne sert à rien, n’apporte rien, qu’on n’en a ni besoin, ni envie. Ce qui peut sembler séduisant, à un gros détail près : Allen Carr ne prend pas en compte la dépendance physique. Pire, il en nie même l’existence.

Un manque de preuves patent

Il n’existe pas de preuves que la méthode Carr fonctionne bien. Enfin, ce n’est pas tout à fait exact : une étude, menée en Autriche, en 2006, annonce une réussite entre 40 et 55 %, mais qui ne porte que sur un échantillon de 357 participants, tous issus des sessions Allen Carr. Autrement dit, c’est l’efficacité supposée du coaching qui a été mesurée, pas celle de la méthode contenue dans le livre.

Une autre étude, cette fois-ci britannique, conclut au contraire qu’il n’y a pas de preuves d’efficacité de la méthode Allen Carr, que ce soit le livre ou le coaching. Le National Institute for Health and Clinical Excellence, organisme chargé de contrôler l’efficacité des traitements, a donc rangé la méthode Carr aux côtés de l’acupuncture et autres pseudo-sciences.

En France, c’est le Professeur Dautzenberg qui a écrit, en 2013, que la méthode Carr est plus « une série d’incantations qu’une méthode éprouvée ». Si le Pr Dautzenberg ne voit rien à redire aux méthodes de coaching proprement dites, il soulève une inquiétude largement partagée à propos des affirmations d’Allen Carr pour qui la dépendance physique n’existe pas.

Il est vrai que, dans les mises à jour de son livre, Allen Carr déconseille les substituts tabagiques, et, s’il avait vécu, aurait certainement fait partie des opposants à la vape. Autant, sans doute, par conviction que par souci de préserver son business plan.

La conclusion qu’en tire Bertrand Dautzenberg est claire et lapidaire : les médecins devraient déconseiller cette méthode aux fumeurs désireux d’arrêter.

Conclusion : Carr ou pas Carr ?

Si cette méthode peut servir à convaincre certaines personnes d’ouvrir un livre, c’est à priori son seul intérêt. Et, dans ce cas, nous ne saurions trop vous conseiller de vous tourner vers un libraire qui, pour le même prix, saura vous conseiller un ouvrage plus agréable d’un point de vue littéraire. Allen Carr n’écrit pas trop mal, mais il se répète beaucoup. Normal, c’est la base de sa méthode.

Pour le reste, le livre semble relativement inutile sans le coaching qui l’accompagne. Le problème est que la philosophie Allen Carr vous déconseillera les substituts nicotiniques alors qu’un tabacologue vous les prescrira si il l’estime nécessaire. Il n’y a pas grande différence entre la méthode Carr et le sevrage « à la volonté ». Il représente en outre un vrai problème dans son déni de la dépendance physique, qui est pourtant réelle et démontrée.

La méthode peut marcher chez certains fumeurs peu dépendants ou réceptifs à l’effet placebo. Il ne faut donc pas se laisser convaincre par les arguments du genre « je connais quelqu’un qui y est arrivé comme cela ». On ne connaît pas la problématique particulière de cette personne, et, surtout, nous ne sommes pas tous égaux face aux addictions.

L’efficacité de la méthode Carr est donc plus que sujette à débat. Force est de constater que l’on croise aujourd’hui plus de personnes qui ont arrêté grâce à des substituts, incluant la vape, que grâce à elle.

Sources

Site Allen Carr France

H. P. Hutter, H. Moshammer “Smoking Cessation at the Workplace: 1 Year Success of Short Seminars, International Archives of Occupational and Environmental Health”, 2006

“Evidence summary of non NHS-treatments”, National Institute for Health and Clinical Excellence,  

Pr Bertrand Dautzenberg, “Le tabagisme : de la Clinique au traitement”, Med’Com, 2010

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