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Nous avons vu, dans un précédent article sur la religion, que l’ecig devrait par exemple être bannie en Islam si l’on s’en tient rigoureusement au Coran. Aujourd’hui, seconde question : la cigarette électronique peut elle être cascher ?

Comment la cigarette électronique peut-elle être appréhendée dans la religion juive ?

De quelle manière la cigarette électronique peut-elle être appréhendée dans la religion juive ?

Comme vous l’aurez sans doute compris à la lecture du précédent article, la religion, c’est compliqué. Nulle question ici de ces complications qui poussent les zélotes d’un dieu ou d’un autre à s’entre-tuer, non. Mais littéralement : si le fidèle se contente de faire ce que son guide spirituel lui conseille, tout va bien, mais dès lors qu’un curieux a idée de mettre le nez dans la théologie, tout se complique.

Aussi, comme pour les musulmans, le présent article n’a aucune prétention de présenter LA vérité, mais simplement une réponse claire et envisageable, basée sur quelques connaissances acquises, quelques recherches dans des livres de référence, et quelques questions posées à des religieux, qui ont eu la gentillesse d’y répondre.
Et aujourd’hui, ça va être très, très compliqué.

Le judaïsme, religion d’exégèse

Parmi les trois grandes religions monothéistes, si l’on considère que le catholicisme et le protestantisme n’en font qu’une (Ma-Cigarette.fr n’est pas le lieu idéal pour débattre des schismes), on pourrai classer la complexité des théologies comme suit : le catholicisme, c’est « que dirait Jésus ? », l’islam c’est « qu’est-ce que Mahomet ferait ? » et le judaïsme, c’est « allez me chercher de l’aspirine et du café. En grandes quantités. »

La religion juive est une religion basée sur l’exégèse, ou herméneutique, à savoir l’interprétation critique des textes. Ce à quoi on m’objectera qu’il existe une exégèse catholique et une exégèse islamique, mais de façon différente. Les chrétiens ont eu un Messie, Jésus, et les musulmans un Prophète, Mahomet, qui tous deux leur ont apporté une parole. L’exégèse, ou interprétation critique des textes, ne porte donc pas sur le fond, à savoir la parole de l’intermédiaire divin, mais sur ses sources, transcriptions et traductions.

Le Judaïsme n’a ni Messie, ni Prophète, pour synthétiser la parole divine. Être juif, ce n’est pas simplement avoir une religion et adhérer à ses textes, c’est faire partie d’un peuple, et adhérer aux coutumes, lois, rites et codes, qui ne sont pas tous spécifiquement religieux, comme l’explique Daniel Boyarin dans « La Partition du judaïsme et du christianisme » (éditions Cerf).

Les livres sacrés juifs sur lesquels est basée la loi religieuse, dite mosaïque, de Moïse, que les croyants doivent respecter, sont donc l’ensemble Tanakh constitué de la Torah, des Nevi’im et des Ketouvim. Et tout le travail des théologiens juifs est de déterminer, sur ces textes, ce qu’il faut ou non faire. Une partie est simple et clairement exprimée, comme par exemple la nourriture kascher. Une autre est largement plus complexe, et a contribué à créer une science, l’herméneutique théologique. Et tout peut constamment être remis en question.

Tout cela pour dire que, pour répondre à la question de savoir si la cigarette électronique peut être kascher, ça va pas être simple.

Juif orthodoxe

Cette souplesse théologique relative permet aujourd’hui la coexistence d’une société juive séculaire et d’une société juive orthodoxe. Pour simplifier, les juifs séculaires vivent pleinement dans le siècle, cherchant dans toutes ses composantes une possibilité d’utilisation kascher. Le juif orthodoxe se tient à une interprétation rigoriste du Talmud, et considère que si l’on doit se poser la question du kascher, c’est que l’objet ne l’est pas.
En somme, un juif orthodoxe n’autorisera pas la cigarette électronique pour une raison simple : elle contient de la nicotine, qui est, selon la façon dont elle est absorbée, un poison. Le juif orthodoxe considère que l’utiliser, c’est courir sciemment un danger, même relatif et incertain, et il est interdit à un juif de se mettre en danger, sauf si c’est pour le bien commun.

Un juif avec une conception orthodoxe de la religion s’interdira donc formellement de consommer une cigarette électronique, mais, dans l’absolu, cela ne pose aucun souci, puisqu’il ne consommera pas non plus de cigarette « classique » contenant du tabac. Nul besoin de substitutif.

Même motif, même punition pour les vapoteuses sans nicotine : ne pouvant s’assurer que les composants sont tous kascher, le juif orthodoxe s’abstiendra toujours plutôt que de prendre le risque.

Juif séculaire

Pour le juif séculaire, la question est un peu plus complexe. Théoriquement, il peut consommer une e-cigarette, à condition que celle-ci soit kascher.

Mais, me demanderez-vous, qu’est-ce qu’une cigarette kascher ? C’est simple : un aliment kascher ne doit pas contenir de produits interdits, ni avoir été en contact avec eux, ni avoir été en contact avec des matières prohibées. En substance, un e-liquide kascher ne doit contenir ni avoir été en contact avec du porc, ne doit pas non plus contenir ou avoir été en contact avec des cochenilles, et ne doit pas enfreindre les règles des mélanges interdits. Ainsi, par exemple, il serait impossible à un e-liquide d’être kascher si il comprenait une partie animale (gélatine, ou autre) et une partie lactée (dans l’arôme par exemple) : « Tu ne feras point cuire un chevreau dans le lait de sa mère. » est interprété comme l’interdiction de mélanger produits carnés et lactés.

En revanche, le liquide peut contenir une petite dose d’alcool, à condition qu’il ne soit pas hamets. En somme, il est possible d’utiliser, avec mesure, de l’alcool qui ne soit pas issu de la fermentation de blé, d’orge, d’avoine, d’épeautre, de seigle.

Enfin, une question posée est celle de la nicotine. La réponse est simple : si il est considéré que la nicotine vaporisée par la e-cig est inoffensive (comme tendent à le prouver des études américaines) alors, sa consommation est autorisée, à condition que le croyant en fasse usage de façon à ne pas se mettre en danger. Porter des gants lors du remplissage du réservoir est ainsi fortement recommandé.

Si néanmoins l’on considère qu’il y a un danger avéré à consommer de la nicotine, alors son usage est prohibé, et la consommation d’un liquide kascher sans nicotine recommandé.
Pour conclure, une citation du rabbi Rav Azriel Cohen-Arazi « Il y aurait pas mal de raisons d’autoriser ».

Un groupe a récemment développé une offre d’e-cigarette avec trois gammes de produit ayant obtenu le casherout, la certification kascher aux Etats-Unis. Le grand rabbinat d’Israël, de tendance orthodoxe, a critiqué cette gamme, estimant que le rôle d’un rabbin n’était pas d’encourager à la consommation d’e-cigarette.

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