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La cigarette électronique halal

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C’est fréquent aux Etats-unis, et disponible sur certaines marques en France : les e-liquides halal ou casher. Est-ce réellement crédible ? Doit-on vapoter du poisson le vendredi ? On vous dit tout. Aujourd’hui dans notre volet religion, l’Islam et la vape.

Cet article est la remise à jour complétée d’un texte paru initialement en 2014.

Avant-propos

Nous avons interrogé trois imams sur la position de la cigarette électronique dans la religion musulmane ?

Nous avons interrogé plusieurs imams sur la position de la cigarette électronique dans la religion musulmane …

Chacun est libre de croire ou ne pas croire. Le présent article est destiné aux vapoteurs croyants, aux curieux, ou à ceux qui ont dix minutes à tuer. Celles et ceux qui verraient l’occasion de tenir ici une tribune antireligieuse seront totalement hors-sujet et ne démontreront rien d’autre que leur talent pour se mêler de choses qui ne les regardent pas.

Cet article n’a pas prétention à se substituer aux autorités religieuses, ni à asséner quelque vérité spirituelle ou théologique. Pour l’établir, nous avons interrogés des officiants de la religion concernées. L’ensemble a valeur d’information générale, qui donnent des pistes de réflexion aux croyants intéressés, mais ne saurait en aucun cas se substituer à la parole plus spécifique d’un religieux pour celles et ceux qui veulent avoir une pratique parfaite.

Nous commençons par les musulmans, puisque ce sont les premiers en nombre à s’interroger sur les forums théologiques sur la e-cigarette, puis nous suivrons avec les juifs, et enfin catholiques et protestants clôtureront la série.

Une constante s’impose à nous : quelle que soit la religion concernée, la vape semble poser un problème théologique, à savoir la nature même de la vape, est-ce un objet de péché ou est-il destiné à la guérison ?

Les e-liquides halal ?

La question que l’on serait tenté de se poser, c’est « Est-ce que le e-liquides peuvent être halal ? » sur ceci, il faut distinguer trois points.

L’alcool, qui est autorisé. En effet, l’alcool est interdit en Islam, parce que « Le péché y est plus grand que l’utilité » Sourate 2 (La Vache) Verset 219 mais serait toléré si l’alcool était nécessaire à la conservation du liquide, et que le vapoteur n’avait pas d’autre choix, ou le vapait à son insu.

La question ici est délicate. L’Islam ne proscrit absolument pas l’alcool pour des usages autres que la boisson. Ainsi, un musulman peut désinfecter une coupure ou utiliser du gel hydroalcoolique sans se poser de questions. Ce qui est « haram », interdit, est le fait de l’ingérer.

La question posée ici est donc : est-ce que l’inhalation est une forme volontaire d’ingestion ? La réponse tendrait à être non, si l’alcool inhalé sous formes de vapeurs ne peut produire les mêmes effets que lorsqu’il est avalé. On ne peut être ivre en vapotant un liquide alcoolisé. C’est, un peu, la même chose que pour le parfum.

Ceci étant, l’e-liquide ne devrait pas avoir le goût de l’alcool. Il vaut mieux donc l’éviter : l’alcool reste « makruh », blâmable, s’il est vapé alors que d’autres alternatives existent.

Le porc, qui est interdit. Ce qui exclurait toute manière d’origine porcine qui entrerait dans la composition de l’e-liquide. Cela peut sembler surprenant, mais certains produits constituant la vape, sans contenir directement de matières d’origine animale, peuvent en nécessiter durant leur processus d’extraction, y compris des matières d’origine porcine.

Pour plus d’informations à ce propos, vous pouvez consulter notre dossier sur « la vape et le véganisme ».

Dossier : cigarette électronique et e-liquide végan

Autrement dit, dans une pratique stricte de l’Islam, il revient de vérifier scrupuleusement que l’on vape un produit soit certifié hallal, soit végan.

Enfin, la nicotine. Si l’on considère la nicotine contre un excitant, susceptible d’entraîner la mort, en somme, un poison, alors, elle est strictement interdite, un musulman devant préserver sa santé, elle serait donc « makruh », déconseillée.

Si en plus on considère que la nicotine entraîne une dépendance, alors elle est « haram », interdite, par la Sourate 2 (La Vache) Verset 195 « Et ne vous jetez pas par vos propres mains dans la destruction ».

On en conclurait un peu aisément que la vapote, de préférence avec un liquide sans alcool, obligatoirement sans porc et sans nicotine serait licite, donc « mubah », indifférent ?

Ce serait trop facile…

L’e-cigarette haram ?

Vous me direz « Il n’existe pas, et pour cause, d’avis sur la e-cigarette dans le Coran ». Bien entendu, c’est évident. Néanmoins, les musulmans ne doivent pas seulement se référer au Coran, mais aussi aux hadiths, à savoir les dits, approbations et actions du prophète Mahomet et aux « fatwa », c’est à dire les avis juridiques donné par un spécialiste de la loi islamique.

Le prophète étant considéré comme l’homme de référence de l’Islam, chaque musulman, en cas de doute, devrait donc se référer au Coran, la parole de Dieu, et aux hadiths, la parole du prophète, pour se demander, en substance, « que ferait Mahomet ? ».

En l’occurrence, il existe bien une réponse.

Le musulman ne doit pas, par ses actions, causer préjudice à son voisin. Même si le vapotage passif est inoffensif, d’autres éléments, la vapeur, l’odeur de certains liquides peuvent déranger ceux qui se trouvent en sa présence, et qui n’ont pas à subir cela. C’est véniel, mais bien réel.

Deuxième point, le musulman doit toujours être exemplaire en public du point de vue de l’Islam. Vapoter, s’il est vu par d’autres, peut semer le trouble à double titre : l’observateur n’a aucun moyen de savoir si le e-liquide du musulman contient ou non de la nicotine. Un observateur qui ne vérifierait pas pourrait qualifier le musulman d’hypocrite. D’autre part, l’ambiguïté du geste serait interprétée comme une incitation publique au péché, peu importe ce que contient l’e-cig.

Vapoter en public est donc haram, strictement interdit. (« Toute ma communauté est pardonnable sauf ceux qui pèchent en public » Boukhâry et Mouslim)

La seconde partie de la réponse est fournie par la Sourate 17 (L’Ascension) Verset 26 – 27 « Et ne gaspille pas indûment ! Certes les gaspilleurs sont les frères des diables, et le diable est très ingrat envers son Seigneur ».

L’e-cigarette sera considérée comme un gaspillage si elle est uniquement destinée au plaisir du vapoteur. Le seul cas où elle serait autorisée, c’est pour l’arrêt du tabac, à condition que le croyant l’utilise pour ce seul but, sans chercher autre chose que de l’efficacité, et qu’il cesse sitôt son sevrage accompli.

Les imams interrogés pour cet article et pour sa remise à jour, face aux observations de certains lecteurs, ont néanmoins précisé leur pensée : ce gaspillage est avéré si le musulman qui achète de la vape le fait au-dessus de ses moyens, qu’il prive sa famille ou rogne sur l’aumône aux pauvres. Comme nous l’a si bien dit, sur le ton de la plaisanterie, un imam parisien « En Arabe, radin se dit bikhil et prudent se dit hadhar. On ne peut pas confondre ».

Donc…

Donc, les vapoteurs musulmans, pour se conformer à leurs préceptes, doivent vapoter des e-liquides sans alcool, sans nicotine, sans produits issus du porc, seuls, dans une pièce ou nul ne pourrait les voir. Là, ils commettraient un pêché, mais qui pourrait leur être pardonné. Sauf s’ils commettent ce pêché en se disant que de toute façon, ils seraient pardonnés, ce qui reviendrait à traiter avec légèreté la miséricorde divine.

Pour faire simple, le vapotage est interdit en Islam, si on le pratique de façon rigoriste.

Mais, depuis la première version de cet article en 2014, certains imams ont revu leur position. L’avis qu’ils donnent est que la vape peut être utile en cas de sevrage tabagique. A condition qu’elle soit utilisée uniquement dans le but de se sevrer de la cigarette tabac, puisque cette dernière est plus nuisible, et que le musulman vapoteur ne continue pas de l’utiliser par plaisir ensuite.

La crédibilité des liquides halal

Il existe sur le marché quelques liquides certifiés halal. Le sont-ils réellement ?

Pour faire simple : le halal est une certification. Une société qui décréterait que son e-liquide est halal uniquement parce qu’elle n’utilise pas de porc dans sa fabrication se comporterait de manière abusive.

Pour faire certifier un liquide halal, il faut s’adresser à un organisme de certification halal, qui indiquera la marche à suivre. C’est une démarche volontaire et exigeante autant sur le processus de fabrication que sur la provenance des constituants.

Voilà pourquoi certains produits que l’on peut trouver en supermarché, et qui n’ont rien à voir avec la vape, n’arborent pas le label halal, même s’ils répondent, sur le papier, à toutes les exigences.

Vapoter durant le ramadan

Une autre question récurrente est : peut-on vapoter durant le ramadan ?

La réponse est sans ambiguïté : non. Et ce, quel que soit le côté dont on se place.

On peut en effet lire ici ou là que la vape serait interdite durant le ramadan si on est chiite, mais qu’elle serait tolérée si on est sunnite. D’un point de vue strictement théorique, c’est vrai.

Mais le propylène glycol contenu dans la vape assèche les muqueuses en retenant les molécules d’eau et requiert une hydratation régulière (raison pour laquelle on conseille aux vapoteurs de bien s’hydrater). Ce qui pose deux problèmes durant le ramadan. Le premier, cela peut placer le pratiquant dans une situation inconfortable et le détourner de l’objet du jeûne, à savoir un temps de détachement du monde matériel mis à profit pour réfléchir.

Et le second est que cette déshydratation, même légère, peut occasionner des soucis de santé au pratiquant. Or, se nuire à soi-même est interdit.

Rappelons que le ramadan n’est pas impératif. Il peut exister des dispenses, généralement d’ordre médical, pour les femmes enceintes, les personnes malades ou âgées pour lesquelles le jeûne pourrait être dommageable. Dans ce cas, le musulman peut le faire plus tard dans le temps ou trouver une solution alternative avec l’imam de sa moquée, comme l’aumône aux pauvres par exemple.

Conclusion

Vous étiez prévenus : il n’y a aucune réponse définitive dans le présent article. Si votre pratique se veut la plus rigoriste possible, c’est le plus simple : ne vapez pas, mais il est fort probable que, déjà, pour les mêmes rasions, vous ne vous êtes pas mis à la cigarette.

Dans le cas inverse, vous trouverez ici et auprès de l’imam de votre mosquée des éléments pour nourrir votre décision. N’oubliez pas que l’imam n’est qu’un homme, donc imparfait, et que son jugement n’est pas infaillible, et que le présent article est peu ou prou dans le même cas.

C’est donc à vous de vous forger votre conviction, in fine.

Pour aller plus loin

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16 réponses à La cigarette électronique halal