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Rencontre avec Eric Correia, président de la Communauté d’agglomération du Grand Guéret

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Depuis 2017, Eric Correia, homme politique divers gauche et infirmier anesthéstiste, se bat pour que la Creuse devienne un territoire d’expérimentation pour la production, la transformation et le conditionnement du cannabis à usage thérapeutique. Alors qu’il avait le soutien du président de la République, son projet patine aujourd’hui. Interview sans langue de bois.

Eric Correia, président de la Communauté d’agglomération du Grand Guéret

Chanvre industriel, chanvre de bien-être, cannabis thérapeutique… à chaque fois, c’est la Creuse que l’on cite. Pourquoi, selon vous ?

Il faut d’abord savoir qu’il y a 100 ans, la Creuse était le premier département producteur de chanvre en France. Et à l’époque, la France était le deuxième exportateur de chanvre au monde. Et le premier européen, en tout cas. Ensuite, en octobre 2017, j’ai fait la proposition auprès du président de la République de faire de la Creuse un territoire d’expérimentation pour la production, la transformation et le conditionnement du cannabis à usage thérapeutique. J’ai osé proposer ça. Au départ, ça a été compliqué, tout le monde s’est moqué de moi. J’ai dû expliquer pourquoi je prenais cette position-là d’un point de vue sanitaire. Moi, je suis soignant, infirmier anesthésiste réanimation, je connais très bien les produits antalgiques, notamment les opiacés, que j’utilise tous les jours dans mon métier. Et puis, je m’occupe aussi de patients qui ont des douleurs chroniques. Il y a 15-20 ans, un de mes patients qui a la sclérose en plaques m’a dit : “J’ai arrêté tous les médicaments. Je fume un pétard le matin, un pétard le soir et je vais beaucoup mieux. Je n’ai plus de douleur, j’ai pu reprendre le travail, une vie sociale, etc.” Effectivement, quand vous avez des témoignages comme ça et que vous êtes soucieux de vos patients, ça vous parle. Mais à l’époque, il n’y avait aucune publication sur le sujet. J’en ai trouvé une seule, sur un journal d’anesthésie anglais. J’ai dit à mon patient : “Continuez”, qu’est-ce que vous voulez dire ? Le seul souci, c’est qu’ils sont obligés d’être dans l’illégalité pour se soigner. Et ça, d’un point de vue déontologique et éthique, ça me pose un sérieux problème. Bon. Et puis, au fur et à mesure que le temps passe, des pays comme les États-Unis ou Israël commencent à s’ouvrir au cannabis thérapeutique. J’ai donc trouvé des publications et des témoignages de patients. Je me suis dit que nos patients avaient besoin de ces molécules-là. Je ne vois pas pourquoi on pourrait fabriquer des médicaments issus de l’opium, qui est une drogue extrêmement dure (il y a 150 à 200 morts par jour aux États-Unis à cause des opiacés) et qu’on ne pourrait pas en faire à partir du chanvre. Nous avons besoin de ces drogues-là [les opiacés, ndlr], bien évidemment, il n’y a aucun problème, et heureusement qu’on les a, notamment en anesthésie. Mais ce sont aussi des drogues très dangereuses. Alors je ne vois pas pourquoi on pourrait faire des médicaments à partir des opiacés et on ne pourrait pas en faire à partir du cannabis, parce que les patients en ont besoin. Après, il y a 4-5 ans, les Suisses ont commencé. Aujourd’hui, nous avons un bon retour de ce qu’ils peuvent faire dans la prescription de cannabis à usage thérapeutique. Pour quelles pathologies, de quelle manière, quel conditionnement, quelle forme galénique. J’ai regardé tout ça, et comme je suis élu de mon territoire, et comme je suis soucieux de la création d’emplois sur ce territoire, en 2017 j’ai proposé à Emmanuel Macron de faire de la Creuse un territoire d’expérimentation pour la production, la transformation et le conditionnement du cannabis à usage thérapeutique.

En échangeant avec divers acteurs du secteur, on remarque que le mot “cannabis”est mis de côté. On a l’impression que ça pose un point de communication par amalgame ou méconnaissance du sujet.

Moi, ça ne me cause pas de souci. Mais la plante a été tellement diabolisée qu’effectivement, dès qu’on dit “cannabis”, c’est connoté d’emblée “drogue”, “jeunes drogués”, parce qu’on assimile souvent ça aux jeunes, alors qu’il y a aussi beaucoup d’anciens qui fument. Moi aussi, on m’a dit d’utiliser le terme “chanvre” plutôt que “cannabis”. Au bout d’un moment, je me suis dit que ça suffisait. Il faut juste savoir qu’il y a plusieurs usages du cannabis, dont celui-ci.

On a l’impression qu’une partie de l’industrie du CBD aimerait voir disparaître la fleur séchée. Parce qu’elle fait craindre un retour de bâton juridique.

Ce que vous dites est certainement vrai. Je n’ai pas le même recul que vous, mais elle ne me cause pas de souci.

La Ferme de Pigerolles fait beaucoup parler d’elle, pourtant elle brave un peu la loi en vendant des fleurs de CBD.

Mais ils ont raison ! C’est aussi comme ça qu’on fera avancer les choses ! Savez-vous comment on a testé les opiacés ? Pendant la Première Guerre mondiale, on en a administré aux soldats pour voir si ça calmait les douleurs, alors que c’était illégal.

Nous étions déjà prêts, de la production jusqu’au produit fini, dans le cadre des bonnes pratiques de fabrication du médicament. Ça fait plus d’un an !

Mais vous n’avez pas peur de les voir finir en garde à vue, ces gens-là ?

Eh bien, qu’ils [les forces de l’ordre, ndlr] essayent, nous serons là.

Concernant la refonte de l’arrêté du 22 août 1990, quels sont vos espoirs et de quel agenda parle-t-on ? 

Aujourd’hui, nous lançons l’expérimentation de cannabis thérapeutique avec du cannabis d’importation, c’est-à-dire que la France favorise la création d’emplois ailleurs que sur son territoire, ça suffit ! Moi, je suis pour le développement d’une filière économique, agricole et industrielle. Nous attendons ! Nous attendons avec impatience ! En septembre 2019, j’étais dans le cabinet d’Édouard Philippe pour présenter le projet de la Creuse, un projet complet ! Parce qu’il y a un laboratoire pharmaceutique à Guéret, qui sait transformer. Nous étions donc déjà prêts, de la production jusqu’au produit fini, dans le cadre des bonnes pratiques de fabrication du médicament. Ça fait plus d’un an ! Depuis, chaque semaine, Jean-Baptiste Moreau [rapporteur général de la mission d’information parlementaire sur la réglementation et l’impact des différents usages du cannabis et député LREM de la Creuse, ndlr] nous dit que l’apparition de la refonte de l’arrêté est imminente mais nous attendons toujours.

Vous avez des craintes sur son aboutissement ?

Bien sûr !

Crédit : Simon PAROUTY

Vous êtes proche de Jean-Baptiste Moreau sur ce sujet ? 

Oui, et quand je lui ai fait cette proposition en octobre 2017, il m’a envoyé un petit message me disant qu’il fallait que j’arrête de fumer. Bon… il se trouve que je ne fume pas, je suis asthmatique, mais j’ai vu l’effet bénéfique que ça a sur les patients. Je lui ai dit qu’il fallait qu’il arrête de prendre les choses à la légère et je lui ai expliqué les bienfaits d’un point de vue thérapeutique et les retombées économiques que cela pourrait engendrer. Jean-Baptiste a été assez rapidement convaincu et m’a soutenu dans cette bataille.

Le fait que la refonte de l’arrêté du 22 août 1990 soit repoussée est dû à la diabolisation du cannabis ?

Regardez le président de la République qui annonce en octobre 2019 sur BFM qu’après avoir donné l’autorisation sanitaire, il autoriserait des filières de production locale à La Réunion et en Creuse. Aujourd’hui, il n’y a toujours rien de fait. Dans le même temps, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, lui, par contre, met tout le monde [drogues de synthèse et cannabis, ndlr] dans le même panier sans chercher à comprendre. C’est compliqué aujourd’hui.

Il y a un énorme travail à faire sur la formation des vendeurs, ça c’est clair.

Vous pensez que la France pourra rattraper son retard par rapport à ses voisins ?

C’est une bonne question… Nous sommes un pays réactionnaire. Il ne faut pas oublier que chez nos voisins, qui ont pris de l’avance, ce sont des Français qui ont implanté l’industrie, un peu comme pour le vin en Californie ou en Argentine. Nous avons des ingénieurs agronomes qui ont de très bonnes formations, souvent avec des diplômes universitaires de génie génétique des plantes, qui sont partis au Portugal, au Canada ou ailleurs pour monter leurs sociétés. Dès que ce sera possible en France, je sais qu’il y en aura une partie qui reviendra. On pourra alors peut-être rattraper notre retard, mais il faut aller très vite.

De nombreuses boutiques de CBD sont en train de se créer sur le territoire. Comment percevez-vous l’emballement actuel pour le CBD en France ? Quels sont vos craintes et vos espoirs ?

Selon moi, les médicaments, ce qui relève du thérapeutique, c’est en pharmacie, point barre. Ce qui relève du bien-être peut être vendu dans les parapharmacies ou dans les boutiques spécialisées. Par contre, il y a un énorme travail à faire sur la formation des vendeurs, ça c’est clair. Aujourd’hui, il faut savoir que sur le cannabis, aux États-Unis, il faut suivre une formation universitaire de six mois.

Donc le monopole souhaité par les buralistes vous fait sourire ?

Oui, il faut rester sérieux… [sourire]

Selon vous, il faudrait créer une filière de formation spécialisée ?

C’est évident ! 

Crédit : Simon PAROUTY

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