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Comment le phénomène des légendes urbaines s’applique à la vape, l’exemple des snuff movies

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Pourquoi le grand public croit-il les rumeurs malveillantes sur la vape, qui les entretient, pourquoi, est-ce que le mouvement peut perdurer ? Pour répondre à ces questions, on peut établir le parallèle avec les snuff movies, ces films censés montrer un meurtre non simulé devant la caméra : une légende urbaine dont très peu de gens remettent la réalité en cause, malgré sa faible plausibilité.

La faute à Charles Manson (encore)

Jouez à remplacer “snuff movies” par “maladies causées par la vape”.

Si la première partie de cet article vous semble éloigné de la vape, pratiquez une exercice très simple : pour chaque exemple donné ci-dessous, remplacez “snuff movies” par “maladies causées par la vape” et les autorités judiciaires par les autorités de santé. Vous verrez que vous éprouverez instantanément un sentiment de déjà-vu. 

Au début des années 70, un journaliste enquêtant sur la “famille” de Charles Manson a connaissance d’une rumeur : les membres de cette secte criminelle auraient filmé des sacrifices humains et enterrés les bandes dans le désert avant leur arrestation.

Un journaliste entend une histoire sur la Famille Manson, qui aurait filmé ses meurtres.

Bien que n’en ayant jamais vu aucun, n’ayant jamais rencontré quelqu’un qui en ait vu un, ni même obtenu un début d’aveu des membres de la Manson Family que ces films sont bien réels, ce journaliste part du principe que la rumeur est vraie. Dans le livre qu’il écrit suite à cette enquête, Ed Sanders, c’est son nom, y détaille ce qu’on verrait supposément sur ces bandes 8mm et les baptise snuff films, de l’anglais “moucher”, l’action d’éteindre une chandelle, en référence à la vie qui s’éteint sur l’écran.

Les “snuff movies” étaient nés.

Anecdotique dans l’histoire des méfaits de la Manson Family, la rumeur passe inaperçue des médias… Mais grandit doucement dans l’opinion publique. Le code Hays, un code de censure cinématographique très strict, a été aboli un peu avant, en 1963, ce qui a entraîné la légalisation du cinéma pornographique et la fin des snagg films, tout simplement les pornos clandestins.

La vraie fausse confirmation des autorités

Un policier colporte la rumeur de façon “officielle” dans une interview.

En 1975, un policier New-Yorkais déclare, dans une interview au New-York Times, que l’existence des snuff movies, où une victime est torturée et assassinée devant la caméra, ne fait aucun doute, même si, reconnaît il, ni lui, ni l’un de ses collègues n’en a directement vu un. Pas plus que ses indicateurs dans le milieu, qui lui ont simplement indiqué qu’ils connaissaient quelqu’un qui connaissait quelqu’un qui aurait croisé un inconnu qui en aurait vu un.

L’interview déclenche un séisme, à tel point que le FBI ouvre une enquête, confiant une équipe à un agent qui a fait ses preuves. Celui-ci investigue pendant six mois, à l’international, puisque Interpol est mis dans la boucle, et finit par rendre un rapport affirmant sans conteste que les snuff movies n’existent pas.

Le FBI ouvre une enquête et conclut que ces films n’existent pas. 

Ce rapport passe inaperçu, alors que, dans les cinémas et les tout nouveaux vidéo-clubs, des films d’horreur et des documentaires semi-bidonnés (la série des “Mondo”, les “Face à la Mort” etc.) donnent corps à ce mythe. Aujourd’hui encore, il est récurrent dans le cinéma, avec des films grand public, comme “8 mm” avec Nicolas Cage, ou plus undergroud, comme “A Serbian Film”

(Photos : “8 mm”, “Faces of Death” et “A Serbian film”, ou comment surfer sur une histoire en l’entretenant : le principe du putaclic)

Pire encore : la presse, suite à une fuite, informe le grand public que le FBI mène une enquête sur les snuffs, mais ne fait aucune mention, plusieurs mois plus tard, du rapport concluant à leur inexistence. Dans l’esprit de beaucoup, aujourd’hui, plus de quarante ans plus tard, le FBI enquête toujours sur l’affaire. 

La presse relate l’ouverture de l’enquête fédérale, mais pas ses conclusions. 

Aujourd’hui, la culture populaire considère que les snuff movies sont une réalité, alors que, du point de vue strictement policier, la vérité est que les snuff movies n’existent pas. La preuve en est que, depuis quasiment cinquante ans, toutes les polices du monde en cherchent un et n’en ont jamais trouvé. Ce qui est, pour toutes sortes de raisons, impossible.

Depuis 50 ans, la majorité des gens croient à l’existence des “snuff”.

Mais alors, pourquoi cette rumeur a perduré aussi longtemps, à tel point qu’elle est considérée comme une vérité ? Elle a profité du fait qu’elle remplissait un besoin.

Les racines d’une légende urbaine

D’abord, la légende des snuff films remplaçait dans l’esprit des gens le trafic sous le manteau de films pornographiques, légalisés entre temps. Entourés d’une aura d’interdit et de mystère, ils sont longtemps resté inaccessibles à la majorité du grand public.

La légalisation des films “x” jusqu’alors clandestins a ancré l’idée qu’ils avaient été remplacés par pire.

Lorsque les films X ont eu accès aux cinémas, passant du statut de légende (tout le monde en avait entendu parler, mais peu en avait vu, et toujours au risque de subir des foudres judiciaires) à celui de produit de consommation, cela libérait de l’espace pour une autre légende. Et quel tabou plus fort que le sexe que celui de la mort ? Lorsque la rumeur des snuffs films apparut, le grand public ne l’accueillis donc pas comme une histoire, mais comme une évidence.

Cette croyance servait les intérêts des groupes puritains antipornographie.

Ensuite, cette rumeur autour de l’existence des snuff movies servait les intérêts de groupes puritains opposés à la pornographie. Ce sont ces groupes qui ont contribué à maintenir sous pression les autorités, avec une série de campagnes, composées de pétitions pour que les autorités enquêtent et de déclarations choc à la presse.

Et les intérêts de l’état, qui y voyait un prétexte pour contrôler.

A la clé, le message “vous voyez, on autorise la pornographie, et on se retrouve avec les snuff”. Le fait que les snuff movies existent, d’ailleurs, n’avait aucune importance : ce qui importait, c’était que le public y croie, pour pouvoir le sensibiliser à des arguments précis.

Enfin, les autorités ont joué le jeu, tout simplement parce que cela leur offrait un bon prétexte pour aller voir ce qu’il se passait dans certains milieux.

Le raisonnement appliqué à la vape

Le public est habitué, depuis des années, à entendre dire que le tabac c’est mauvais, à juste titre, que l’addiction à la nicotine est un fléau, à moins juste titre, et à considérer que les fumeurs ont un vice, non pas qu’ils sont malades (si l’on considère, ce qui semble légitime, que l’addiction est une pathologie).

Le storytelling du tabac a été remplacé par les fantasmes sur la vape, qui remplit les vides.

Lorsque le tabac disparaît, à leur échelle, chez les fumeurs qu’ils connaissent, pour laisser place à la vape, cela laisse aussi place dans leur esprit pour une histoire. On leur racontait l’histoire (vraie) du tabac qui tue, maintenant, on leur raconte l’histoire non avérée de la vape qui tue, et l’espace libéré dans leur imaginaire est rempli d’une façon très confortable.

C’est encore appuyé par le fait que, pendant des années, ils ont pu observer des fumeurs incapables de se libérer du tabac, et soudain, basculer vers la vape, sans difficulté apparente. L’explication “c’est la même chose” est satisfaisante, de leur point de vue, puisque le fumeur, selon eux, remplace une addiction par une autre équivalente. C’est exactement le même processus pour les snuffs : si la pornographie, illégale, est légalisée, alors, les snuffs existent, puisque les gens qui en consomment sont accros à l’illégal et l’underground. Ici, l’interdit, c’est la nicotine. 

Pour les opposants et l’état, les raisons d’attaquer la vape sont identiques aux raisons de faire croire aux snuffs.

Pour les détracteurs, le raisonnement est encore plus facile à suivre, il procède des mêmes arguments : la vape légale, selon leurs arguments, c’est la porte d’entrée vers le tabac, des maladies connues ou inconnues, et surtout, c’est un phénomène qu’on ne maîtrise pas, puisqu’il est spontané, que les autorités n’y ont vu que du feu, c’est louche…

Enfin, pour l’état, c’est identique : la vape correspond à un phénomène spontané qu’elle n’a ni réglementé, ni taxé, ces accusations sont un bon prétexte pour qu’il aille y mettre son nez.

Une rumeur cinquantenaire

La vape a une chance : elle est concrète, donc on peut l’étudier.

La conclusion qu’il y a à tirer de tout cela est somme toute assez simple : la vape existe, elle est concrète, donc étudiable. A partir de ce constat, il est important de multiplier encore et encore les études, pour montrer son innocuité, ou sa moindre dangerosité, par rapport au tabac, si cela est avéré.

Ceci contrairement au phénomène snuffs movies, qui n’existe pas. Et essayez, pour voir, de démontrer que quelque chose qui reste au stade d’une idée n’existe pas. Plus haut dans cet article, nous avons écrit que les snuffs movies n’existent pas, sinon la police en aurait trouvé. Soyez honnête : combien d’entre vous ont commencé, sitôt cette phrase lue, à chercher des objections à ce raisonnement ?

La multiplication des études et leur diffusion sont nécessaires pour contrer les mythes. 

La multiplication des études sur la vape est donc nécessaire, parce que dans le cas inverse, c’est la croyance qui va s’imposer. Par exemple, sur les maladies qu’elle pourrait provoquer : même si dans cinquante ans, on n’a pas vu un seul malade, si le public y croit, c’est terminé, il sera impossible de lui démontrer que ce qu’il ne voit pas n’existe pas. Regardez les snuffs movies (façon de parler) : en cinquante ans, personne n’en a vu un, pourtant, très peu de personnes remettent leur existence en question.

Donc, la science pourra protéger la vape contre les croyances fausses ? Pas si simple : songez que aujourd’hui, il y a des gens, malgré toutes les preuves scientifiques, qui sont persuadés que la Terre est plate. La science ne pourra pas mettre la vape à l’abri de ceux qui y fantasment un danger, mais pourra les mettre en minorité. C’est mieux qu’un boulet à traîner cinquante ans. 

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