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C’est l’histoire d’un mythe, la Ferrari du non-fumeur

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Les infos et images que l’on voit circuler à droite, à gauche, sur l’économie réalisée en arrêtant la cigarette sont-elles exactes ? Le Vaping Post les a fact-checké pour vous. Et si arrêter le tabac ne vous rendra pas fabuleusement riche, il mettra quand même beaucoup de beurre dans les épinards.

C’est l’histoire d’un mec, normal, en Ferrari

Commençons par une petite blague (l’article sérieux commence après, on vous rassure) que vous connaissez déjà certainement : deux amis discutent, quand le premier s’allume une cigarette.

Le second lui dit « Tu dépenses combien en clopes chaque jour ?

– Dix euros

– Et tu fumes depuis combien de temps ?

– Huit ans.

– Et tu te rends compte qu’avec tout le fric que t’as dépensé en clopes, t’aurait pu t’acheter une Ferrari ? »

Le fumeur réfléchit un instant, et demande au premier :

«  – Et toi, tu fumes ?

– Ben non.

– Et alors, elle est où ta Ferrari ? »

C’est l’histoire d’un mec, normal, qui compte

D’après une image qui circule sur les réseaux sociaux, et divers calculs, un couple dépenserait 500 000 euros en cigarettes dans leur vie de fumeurs. L’équation est simple : 7,50 euros par jour, 235 euros par mois, 3000 euros par an, 6000 par couple, 500 000 par vie (sachant qu’en principe, on n’en a qu’une).

La vérité est un peu plus complexe, et un brin moins spectaculaire. A 8,40 euros le paquet de cigarettes aujourd’hui, le calcul, pour un fumeur qui en consomme un par jour, serait :

(8,40 x 365) x 60

Dans cette hypothèse, nous partons du principe qu’il fume un paquet par jour de ses 15 ans à ses 75 ans, âge auquel il s’écroule raide mort, si il a de la chance (de vivre jusque là). Ce qui nous donne une dépense de 183 960 euros. Le prix d’une maison coquette en province.

La Ferrari, on oublie, par contre, la marque de Maranello facturant 193 410 euros pour son entrée de gamme, la Portofino V8 (d’après l’Argus).

Mais différents éléments rentrent en compte qui ne sont pas considérés dans ce calcul. Par exemple, il est valable uniquement si le sujet commence à fumer aujourd’hui et que le prix de paquet n’augmente plus jamais. Hautement improbable.

Si il a commencé à fumer il y a 30 ans, par exemple, il payait son paquet quotidien 1,50 euros (en Francs à l’époque, soit 10 Francs). L’année prochaine à la même date, il le paiera plus de 10 euros.

Ceci se base aussi sur le fait qu’il fume un paquet par jour. Certains consomment moins, d’autre plus. D’après l’AFP, cité par DNF, le budget moyen d’un fumeur en France serait de 1020 euros par an, chiffre qui remonte à 2006.

Une étude plus récente citée par Economie Matin affirme que la consommation annuelle par français, lissée sur la population, est de 876 cigarettes par an. Là encore, difficile d’avoir un budget moyen réaliste : ceux-ci ne prennent en compte que les rentrées fiscales, et éludent la part de consommation sur les marchés parallèles, dont Buralistes en Colère affirme qu’elle se monte à 30 %.

C’est l’histoire d’un mec, normal, pauvre

Bref, au doigt mouillé, on peut avancer, et ceci n’est qu’une estimation, qu’un fumeur dépensera environ 60 000 euros durant sa vie en tabac, tout en rappelant aussitôt que ce chiffre n’a en vérité aucune valeur.

Le meilleur moyen est de calculer son budget à la semaine avant de le multiplier par 52, sachant que, le prix du tabac augmentant chaque année, il représentera un minimum.

Mais ce n’est pas fini : on ne compte que les frais liés à l’achat du paquet. Il y a tout ce qui est annexe. Premier poste, évident, les briquets ou allumettes. Et puis… Qui n’a jamais fait un trou sans son pantalon, sa jupe ou sa chemise préférée à cause d’un bout de mégot qui tombe ? Ou un siège de voiture ?

Puisqu’on parle de voitures, en occasion, une voiture qui sent le tabac se vendra moins bien qu’un véhicule qui sent le sapin désodorisant. Source, trois concessionnaires, qui ont répondu la même chose à notre question sans se concerter.

Ensuite, si vous aimez prendre soin de vous, les dégâts du tabac sur la peau et les cheveux nécessiteront l’usage de produits de beauté un peu plus performants, et en plus grandes quantités, pour masquer les dégâts. 

Enfin, et il est toujours bon de le rappeler, il y a les frais dont on n’aime pas trop parler. Un fumeur qui s’écroule à 50 ans victime d’un infarctus coûtera 3800 euros, en moyenne, en obsèques, sans compter la perte de revenus pour sa famille ensuite. Glauque ? Oui, mais réaliste.

C’est l’histoire d’un mec, normal, pas riche

Bon, mais arrêter de fumer se ressent sur le budget ? Oui. Incontestablement. Moins au début si l’on engage des frais pour sa défume (kit de vape, patchs…), mais sous quelques semaines, cela devrait commencer à porter ses fruits.

Une question taraude alors d’anciens fumeurs : où passe l’argent ? L’impression souvent ressentie est que l’arrêt du tabac n’augmente pas le pouvoir d’achat de façon flagrante. Pour faire simple, au bout d’un an d’arrêt du tabac, ils ne sont toujours pas partis en vacances aux Bahamas, et n’ont toujours pas une Aston Martin garée dans l’allée du garage.

Ceci s’explique simplement par la tension du budget. Le fumeur aura tendance à se priver pour payer sa dose quotidienne. Une fois ce poste budgétaire dégagé de la colonne charges, il est aussitôt réparti sur de multiples autres postes de fonctionnement du foyer.

Le petit dernier aura des baskets un peu plus chères pour la rentrée scolaire, la benjamine aura trois vestes pour aller au judo au lieu de deux, il y aura peut être un peu plus de courses dans le caddie du vendredi, on s’accordera plus facilement une pizza quand on a un petit coup de paresse pour préparer le repas, on réglera une petite dette ici où là… Et surtout, on trouvera beaucoup, beaucoup d’autres menus plaisirs à s’accorder, qui, mis bout à bout, représentent une somme. 

En un mot, l’économie réalisée sera partagée dans une amélioration du pouvoir d’achat, confortable, mais trop diluée pour être manifeste. La seule solution, pour la constater vraiment, serait de s’astreindre à mettre de côté, chaque jour, ce que le fumeur dépensait en cigarettes. Là, le résultat serait parlant. Et sympathique.

Quoi qu’il en soit, et quel que soit le mode de calcul, l’achat de cigarettes est, et restera, une dépense absurde. Pas seulement superflue, mais au-delà de ça : il s’agit de payer pour vous intoxiquer, volontairement.

Au final, peu importe qu’à la fin on s’offre une Ferrari, une Renault ou de meilleurs chaussures : dans tous les cas, ce sera de l’argent plus intelligemment utilisé.

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