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Ce que l’affaire Benalla nous apprend sur la vape

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L’affaire Benalla, qui défraie actuellement la chronique, bien que très éloignée de la vape, met en lumière certaines croyances et comportements qui, appliquée à notre domaine, pourraient nuire au militantisme provape. Appel au pragmatisme, sus au complotisme !

“Moi, je dis qu’il existe une société secrète avec des ramifications dans le monde entier, qui complote pour répandre la rumeur qu‘il existe un complot universel.” Umberto Eco

Le complot qui cache le désert

Même les militants ont une vie en dehors de la vape. 

Les vapoteurs militants ne sont pas que des vapoteurs militants. Comprenez par là que l’immense majorité d’entre eux, loin d’un comportement obsessionnel malsain, ont d’autres centres d’intérêts et sont ouverts au monde autour d’eux, ne manquant pas de se faire une opinion sur des sujets parfois politiques. Certains d’entre eux, par exemple, sont opposés, de façon assez virulente, au président Macron.

C’est tout à fait leur droit, et l’objet du présent article n’est pas de prendre position en faveur ou défaveur de telle ou telle opinion.

Une histoire en or pour des opposants carrément méchants, jamais contents. 

Simplement, l’attitude des plus fervents anti-macronistes interroge, parce que loin de se satisfaire de l’affaire Benalla, ils y voient un complot destiné à masquer quelque chose de plus grave. Et il n’est pas question ici de cas isolé : c’est la majorité des commentaires que j’ai pu observer provenant de vapoteurs militants, parce qu’après tout, c’est un groupe qui nous intéresse quand même plus que les numismates. 

Journalistes de la presse aux ordres, garde à vous ! 

L’argument principal donné, c’est que, si ça sort « dans la presse aux ordres », c’est par volonté du pouvoir. Au vu des conséquences, le club sadomasochiste de Maîtresse sévère pourrait attaquer pour concurrence déloyale. 

L’affaire Benalla est elle un complot destiné à cacher quelque chose de plus grave ? Et bien, ce serait stupéfiant. En fait, cela semble impossible : tout simplement parce que toute la presse n’est jamais gagnée à une cause, et que si les journaux neutres ou d’opposition font leurs gros titres sur ce sujet, et que les journaux favorables n’en parlent pas, ces derniers prennent le statut d’organes de propagande dans l’esprit du public, ce qui équivaut à une mort à court terme. Allez dire à un journaliste de l’Humanité ou de Valeurs Actuelles qu’il est aux ordres, pour voir, puis, conseil, courez. Un peu d’exercice vous fera du bien. 

On a pu lire ici où là que l’affaire Benalla était aussi un moyen de détourner l’attention de la réforme constitutionnelle en cours. Sachant que ladite réforme a justement été renvoyée aux calendes grecques à cause le ladite affaire, on peut dire que c’est un fiasco, dans ce cas. Ou juste un fantasme. 

Mais en fait, si la presse en parle, c’est juste parce qu’elle ne peut pas faire autrement. 

La presse en parle, pas parce qu’elle a reçu des ordres, il n’existe personne d’assez puissant pour contrôler tous les journaux quelle que soit leur orientation politique, elle en parle parce qu’elle n’a pas le choix. Oui, on peut voir ici où là quelques journalistes acquis au pouvoir…. Euh, non, en fait, on ne les voit pas, c’est l’été, ils sont en vacances, coup de pot. 

Certains ont l’excuse de la jeunesse : il est vrai que, pour un vapoteur de moins de quarante ans, des affaires comme « Rainbow warrior » ou « tuerie d’Auriol » n’évoquent rien. Pourtant, l’affaire Benalla a l’envergure, en terme de portée politique, de ces deux histoires, qui devinrent des affaires d’état.

Rainbow Warrior, tuerie d’Auriol, il faut avoir une certaine culture politique pour se rendre compte de la portée de cette affaire. 

En un mot, les plus fervents anti-macronistes voient arriver une information inespérée, un scandale comme il ne s’en produit que tous les dix ans, et ils le balaient d’un revers de la main, sans en saisir une seule fois la portée, supposant que, si l’on en parle, cela cache quelque chose de plus grave. A ce stade, un esprit pragmatique va faire chauffer du pop-corn en attendant que quelqu’un se mette à parler de la Terre Plate. 

Du complotisme appliqué à la vape

Dans le militantisme provapotage aussi, la passion étouffe la raison. 

Si j’aborde ce sujet, c’est parce que cela peut tout simplement s’appliquer au militantisme provapotage : laisser la passion l’emporter sur la raison, ne pas savoir reconnaître une opportunité lorsqu’elle se présente, et sombrer dans le complotisme irrationnel.

On l’a bien vu lors de la visite d’une délégation Belge à Gaïatrend.

Rien à voir ? Et bien, justement, si. Il y a quelques jours, dans le Vaping Post, nous relations la visite d’une délégation d’un pays européen très sévère à l’égard du vapotage, dans une entreprise française très connue, afin d’améliorer leur connaissance de la vape dans le but de modifier leur législation.

Les vapoteurs militants les plus expérimentés ont vu là une ébauche d’ouverture : un gouvernement qui verrait sa position anti-vape de plus en plus intenable et qui chercherait à relâcher un peu la pression en s’appuyant sur l’expérience d’une entreprise reconnue et respectée non seulement dans le milieu du vapotage, mais au-delà, dans la sécurité alimentaire, notamment.

Les militants efficaces exploitent cet événement. 

Réaction de ces militants expérimentés, saluer le geste, le médiatiser pour que le gouvernement en question ne puisse pas se dédire, souligner le professionnalisme et la sécurité constante appliquée sur les chaînes de cette entreprise, pour que les émissaires ne puissent pas le contester ensuite. Bref, détecter l’ouverture et l’exploiter. S’attirer les faveurs du public, sur le thème « nous avions raison, le gouvernement a été vérifier nos affirmations et a pu le constater, bravo nous et bravo eux pour ce geste d’ouverture, encore insuffisant mais positif ».

Mais les militants complotistes se contentent de râler dans le vide. 

Quelques uns ont lu cette nouvelle de la façon suivante : un gouvernement corrompu par l’industrie du tabac a été rendre visite à un industriel lobbyiste afin que les deux puissent arranger un durcissement de la réglementation profitable aux deux parties.

Réaction de ces quelques-uns : râler, disséminer des théories complotistes, s’enfermer dans une attitude attentiste. Attirer uniquement des gens qui pensent comme eux et ruminer entre convaincus.

Bien sûr, les politiques jouent pour leur intérêt. Mais n’oublions pas que leur intérêt premier, celui dont découle tout le reste, c’est d’être élu. Si des politiques donnent des signes d’ouverture sur la vape, c’est peu-être parce qu’ils estiment que le poids du vote vapoteur n’est plus quantité négligeable. Pas parce qu’un lézard Franc-Illuminati l’a ordonné. 

Les vivants et les morts-nés

Si l’affaire Benalla éclate au grand jour, c’est parce qu’elle est énorme, et que le pays a une opposition efficace et une presse libre. 

Si l’affaire Benalla prospère, c’est parce que ce pays a, d’une part une presse libre pour parler de l’affaire et mettre la pression sur la presse, disons, un peu moins libre, et une classe politique cultivée sur son métier, qui est capable de reconnaître une potentielle affaire d’état quand elle en voit une et sait exactement quoi faire pour la faire durer. Le résultat, c’est que le gouvernement, aujourd’hui, se sent en danger.

Dès lors, si un phénomène d’une portée aussi considérable que la vape est en difficulté, il convient de se poser les bonnes questions. 

A une autre échelle, bien entendu, il existe suffisamment d’éléments dans l’actualité pour mettre la pression sur les antivape et les pousser à commettre de plus en plus d’impairs. Pour cela, il y a besoin de militants pragmatiques, assez au point pour reconnaître ces éléments lorsqu’ils se présentent et savoir comment les exploiter au mieux pour faire avancer leur cause en tapant aux bonnes portes.

La déclaration récente de l’American Cancer Society, qui fait son mea culpa sur la vape, posez-vous la question honnêtement : est-elle due au travail des militants provape qui ont bataillé ferme depuis des années, ou à un type derrière son clavier qui accuse depuis autant de temps Big Pharma d’être aux mains des Illuminatis ? 

Mais tant que subsistera, derrière les claviers, une majorité de complotistes qui, à chaque fois qu’un tel élément arrivera pile sous leur nez, se contenteront de le balayer d’un revers de la main en cherchant ce qui se cache derrière sous prétexte que tout est complot et donc, forcément, caché, la vape n’avancera pas.

Si, devant une évidence, plutôt que de l’exploiter, on cherche à savoir quel complot elle dissimule, alors c’est voué à l’échec. 

Un peu comme si, assis chez eux à midi, sans qu’ils n’aient rien demandé, on leur apportait leur plat préféré préparé à la perfection par un grand chef étoilé, et qu’ils le renvoyaient parce que la tête du serveur ne leur plaisait pas, avant de chercher qui avait essayé de les empoisonner.

Celui qui gagne, ce n’est pas celui qui se contente de dire que le politique est son ennemi. C’est celui qui apprend à devenir un politique. C’est un proverbe chinois millénaire qui le dit, je le sais, je viens juste de l’inventer. 

Cet article d’opinion n’engage que le point de vue de son auteur et ne représente pas forcément l’avis de la rédaction.

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