Nous laissons 2025 et ses incertitudes derrière nous. L’interdiction des puffs a été appliquée, faisant émerger un marché noir et des produits contournant la loi. La chute spectaculaire du tabagisme quotidien chez les moins de 16 ans a été confirmée par l’étude ESPAD/ENCLAS. Les études scientifiques ont renforcé le rôle de réduction des risques de la vape, notamment via Cochrane. Mais le projet de loi de finances 2026 a semé le chaos en fin d’année. En 2026, on attend la révision de la TPD3 qui modifiera sûrement encore le cadre réglementaire du secteur. Le Vaping Post fait l’état des lieux de la vape en demandant à 10 personnalités marquantes du secteur ce qui les a marquées en 2025 et ce qu’elles attendent de cette nouvelle année.
- Bertrand Dautzenberg, professeur honoraire en pneumologie à Sorbonne Université, APHP et tabacologue à l’Institut Arthur Vernes Paris
- Dustin Dahlmann, président de l’Independent European Vape Alliance
- Gillian Golden, directrice générale de l’Independent British Vape Trade Association
- Jean Moiroud, président de la Fivape
- Jean-François Etter, professeur honoraire à la faculté de médecine de l’université de Genève, et Antoine Flahault, professeur de santé publique à l’Université Paris Cité et professeur honoraire à la faculté de médecine de l’université de Genève
- Serge Le Faurestier, secrétaire général et chargé de com’ de La Vape du Cœur
- Tim Phillips, directeur général d’ECigIntelligence, et Barnaby Page, directeur éditorial
Bertrand Dautzenberg, professeur honoraire en pneumologie à Sorbonne Université, APHP et tabacologue à l’Institut Arthur Vernes Paris
Quel(s) événement(s) retenez-vous de l’année 2025 ?
En 2025, l’enquête européenne ESPAD conduite chez les moins de 16 ans montre que la France est le pays d’Europe qui a connu la plus forte chute de consommation quotidienne de tabac dans cette tranche d’âge. Ils sont 5 fois moins nombreux qu’en 2015 à fumer tous les jours et le taux de tabagisme n’est qu’à 3,1 % à cet âge. De plus, cette étude laisse apparaître que le passage de l’expérimentation de la consommation quotidienne de tabac est aussi en régression. Cette étude ajoute une pierre de plus sur la montagne de données, qui montre que la vape est, depuis 10 ans, plus un concurrent qu’une porte d’entrée au tabac. Il est de moins en moins explicable que certains continuent à affirmer que la vape est une porte d’entrée alors que 5 fois moins de jeunes de moins de 16 ans commencent à fumer qu’il y a 10 ans.
Le meilleur de 2025 ?
La déclaration des effets indésirables de la vape reste à un niveau extrêmement faible au regard du risque de la cigarette, qui provoque des incendies et est associée une mortalité de 50 %. Quasiment plus personne ne conteste que la vape apparaît comme un produit utile au sevrage tabagique.
Le pire de 2025 ?
L’extension du DIY, souvent imposé aux vapoteurs débutants dans les boutiques, conduit à des erreurs incessantes des usagers qui ne savent pas me dire en consultation le dosage de nicotine qu’ils consomment. Mon souhait de tabacologue est que tous mes patients qui utilisent la vape pour l’arrêt du tabac utilisent des e-liquides dosés entre 17 et 20 mg/ml de sels de nicotine, afin qu’avec eux, je puisse déterminer ce qu’ils consomment.
Selon vous, comment évoluera la situation dans les 12 prochains mois ?
Aussi longtemps que l’e-cigarette est reconnue comme produit d’arrêt, que l’épidémiologie confirme que la vape est davantage concurrente que porte d’entrée, l’effet plus bénéfique que néfaste de la vape doit prévaloir. Ce n’est qu’après la fin du tabac que le rapport bénéfices/risques devra être réévalué, car le bénéfice de santé publique pourrait alors avoir disparu. La situation politique rend peu probable une évolution forte de la réglementation nationale de la vape en 2026. Logiquement, les lobbys cigarettiers veulent que la vape soit taxée comme un produit du tabac, mais certains lobbys de santé, sans prendre en compte le rapport risques/bénéfices des données scientifiques – en particulier épidémiologiques –, demandent que la vape soit traitée comme un produit néfaste à la santé.
Dustin Dahlmann, président de l’Independent European Vape Alliance (IEVA)
Quel(s) événement(s) retenez-vous de l’année 2025 ?
Trois événements majeurs ont marqué l’année 2025 : InterTabac à Dortmund, EVO NXT à Milan et le Global Vape Forum à Dubaï. Lors de nombreuses discussions avec les représentants du secteur international de la vape, plusieurs sujets essentiels ont été abordés : la réglementation des e-cigarettes, la taxation des e-liquides, les restrictions sur les arômes, ainsi que les futures législations comme la directive sur les accises du tabac, la directive sur les produits du tabac et le règlement européen sur les batteries. Les représentants de l’IEVA ont participé à des tables rondes d’experts, apportant un éclairage précieux sur les évolutions à venir du marché de la cigarette électronique. En parallèle de notre assemblée générale annuelle à Bruxelles, ces événements constituent d’excellentes plateformes d’échange et de réflexion avec nos membres.
Le meilleur de 2025 ?
Les preuves scientifiques en faveur de la réduction des risques se renforcent, et le potentiel des e-cigarettes dans le sevrage tabagique gagne en reconnaissance (revue Cochrane).
Le pire de 2025 ?
Les interdictions d’arômes ont provoqué une forte baisse des marchés dans plusieurs pays de l’UE, tandis que le commerce illicite a explosé. Ce n’est en aucun cas l’objectif d’une bonne réglementation.
Selon vous, comment évoluera la situation dans les 12 prochains mois ?
Plusieurs initiatives législatives clés se profilent pour 2026. Le processus de mise en œuvre de la directive sur les accises du tabac est déjà engagé, tandis qu’une révision de la directive sur les produits du tabac est également attendue – même si la publication d’un projet de texte l’an prochain est peu probable. Il est essentiel que ces réglementations s’appuient sur des données scientifiques solides et qu’une distinction claire soit faite entre le tabagisme et le vapotage, compte tenu du risque bien moindre que présentent les e-cigarettes. Des mesures mal orientées fragiliseraient les détaillants spécialisés et renforceraient le marché illicite. Notre objectif est de faire pleinement reconnaître le potentiel du vapotage dans la réduction du tabagisme en Europe, tout en évitant des mesures néfastes telles qu’une fiscalité excessive ou l’interdiction des arômes.
Gillian Golden, directrice générale de l’Independent British Vape Trade Association (IBVTA)
Quel(s) événement(s) retenez-vous de l’année 2025 ?
En 2025, la vape a une nouvelle fois servi de “punching-ball” médiatique. Elle a été associée au trafic de drogue, aux réseaux de criminalité organisée, et ces articles ont souvent servi de prétextes pour accélérer l’adoption de la Tobacco & Vapes Bill. Le traitement médiatique néglige généralement les faits et refuse la nuance. Résultat : l’image de la vape est encore dégradée, et de plus en plus de fumeurs croient à tort que la vape est au moins aussi nocive que la cigarette. Pourtant, à quelques mois de l’interdiction des vapes à usage unique (au Royaume-Uni, NDLR), les données issues des boutiques spécialisées indépendantes comme du réseau de proximité montrent une hausse des ventes de pods rechargeables par rapport aux dispositifs complets. Les consommateurs rechargent donc davantage leurs batteries au lieu de les jeter après usage. Sur le plan environnemental au moins, cette interdiction est un succès.
Le meilleur de 2025 ?
La réduction immédiate des déchets, grâce à l’efficacité de l’interdiction des vapes à usage unique.
Le pire de 2025 ?
La mauvaise couverture médiatique de cette même interdiction, avec des titres relayant à tort les propos de ceux qui affirment qu’“elle n’a pas fonctionné”.
Selon vous, comment évoluera la situation dans les 12 prochains mois ?
Je m’attends à une évolution majeure du secteur. Le droit d’accise sur les e-liquides entrera en vigueur en 2026 : les entreprises devront s’enregistrer auprès des autorités fiscales dès avril et apposer des timbres fiscaux sur tous les produits fabriqués ou importés au Royaume-Uni à partir d’octobre. Nous espérons que les efforts considérables fournis par les acteurs pour s’y préparer seront compensés par une application rapide de la loi envers ceux qui la contournent. La Tobacco & Vapes Bill pourrait être adoptée par le Parlement au début de l’année prochaine. Outre les mesures déjà prévues, une grande partie de la réglementation secondaire nécessitera des consultations publiques. L’IBVTA y répondra avec attention. Les décisions politiques concernant, par exemple, les arômes doivent impérativement reposer sur des données scientifiques, et non sur une opinion publique trop souvent façonnée par la panique médiatique et politique.
Jean Moiroud, président de la Fivape
Quel(s) événement(s) retenez-vous de l’année 2025 ?
2025 est une année charnière pour la vape française indépendante. La vape prouve son efficacité redoutable face au tabac avec une baisse énorme du tabagisme chez les jeunes tandis que les pouvoirs publics décident sans concertation de tuer l’a vape avec l’article 23. La chute spectaculaire du tabagisme chez les jeunes, qui passe de 16 à 3,1 % est une preuve éclatante, factuelle, que la vape a ringardisé la cigarette et qu’elle est un rempart, pas une passerelle. Ce chiffre aurait dû clore le débat et consacrer la réduction des risques. Quel contraste avec le cynisme glacial de l’article 23 du PLF, déposé au mépris de cette réalité sanitaire. Au moment même où notre utilité en santé publique est démontrée, l’État dégaine un plan de démolition. 2025, c’est donc une charnière, un moment où la vérité se retrouve enterrée sous le cynisme et la désinformation.
Le meilleur de 2025 ?
La publication de l’enquête ESPAD/ENCLAS de l’OFDT, confirmant la chute spectaculaire du tabac chez les jeunes et débunkant l’effet passerelle une bonne fois pour toutes.
Le pire de 2025 ?
La destruction organisée de la vape indépendante au profit des acteurs du tabac par le budget du gouvernement Lecornu.
Selon vous, comment évoluera la situation dans les 12 prochains mois ?
Faire des prévisions pour 2026 est impossible. Car nous ne sommes pas face à une évolution, mais engagés dans une lutte à mort. Soit nous survivons, soit nous disparaissons. Le combat contre l’article 23 du PLF est vital. Si nous en réchappons, 2026 sera une bonne année avec une dynamique de mobilisation à exploiter pour éviter le pire cette fois au niveau européen. Si nous perdons la bataille, 2026 sera une année très, très compliquée. Une seule certitude, 2026 sera une année de combats, avec de nombreuses échéances, actions juridiques pour contrecarrer les plans de l’État et de l’Union européenne, lobbying, communication, mobilisation des vapoteurs. Une étape a été franchie avec l’article 23, nous devons devenir plus ambitieux et la profession doit rester soudée pour affronter la tempête.
Jean-François Etter (professeur honoraire à la faculté de médecine de l’université de Genève), Antoine Flahault (professeur de santé publique à l’Université Paris Cité et professeur honoraire à la faculté de médecine de l’université de Genève)
Antoine Flahault, à gauche, et Jean-François Etter, à droite
Quel(s) événement(s) retenez-vous de l’année 2025 ?
Un événement important a été l’inclusion de la cytisine dans la liste des médicaments essentiels de l’Organisation mondiale de la Santé. La cytisine est un insecticide naturel qui agit sur les récepteurs nicotiniques dans le cerveau. Elle est tout aussi efficace que la varénicline pour arrêter de fumer, mais elle a moins d’effets secondaires. Le produit est relativement bon marché, ce qui en facilite l’accès. La cytisine est utilisée depuis plus de 60 ans pour arrêter de fumer, elle est approuvée et disponible dans plusieurs pays de l’UE (Allemagne, Espagne, Autriche, pays de l’ancien bloc de l’Est) et au Royaume-Uni, mais pas en France ni en Suisse. Il est grand temps que la cytisine soit approuvée dans les pays où elle ne l’est pas encore.
Le meilleur de 2025 ?
En Suisse, la proportion de fumeurs quotidiens est passée de 12,7 à 11,1 % en un an, selon l’enquête Santé et Lifestyle menée par l’Office fédéral de la santé publique. Plusieurs raisons expliquent cette baisse, notamment le remplacement des cigarettes par de nouveaux produits contenant de la nicotine.
Le pire de 2025 ?
L’affirmation du commissaire européen à la Santé Olivér Várhelyi, qui a dit que les nouveaux produits du tabac et de la nicotine présentent des risques pour la santé comparables à ceux des produits traditionnels (combustibles). Il a ajouté que c’est la position officielle de la Commission européenne. Cette affirmation est bien sûr fausse, et elle sape le travail de l’Union européenne dans sa lutte contre la désinformation et en faveur d’une législation fondée sur les faits.
Selon vous, comment évoluera la situation dans les 12 prochains mois ?
Le secteur des produits nicotinés continuera à se distinguer par son caractère très innovant. De nouveaux produits ou de nouvelles variations de produits existants ne manqueront pas d’arriver sur le marché et de nous surprendre, car la concurrence, la multiplicité des fabricants, la nécessité de s’adapter à la réglementation (par exemple : interdiction des puffs), la profitabilité et la robustesse de la demande boostent l’innovation. La réglementation et la réaction des autorités pour protéger les jeunes devront s’adapter à la vitesse du changement dans ce secteur.
Serge Le Faurestier, secrétaire général et chargé de com’ de La Vape du Cœur
Quel(s) événement(s) retenez-vous de l’année 2025 ?
Le 14 octobre, la loi de finance 2026 a été dévoilée et toute la filière de la vape a pris un énorme coup de massue. Dans ce texte, la vape est assimilée à du tabac fumé. Ainsi, une taxe d’accise serait appliquée sur tous les e-liquides. Mais ce n’est pas tout. Les vape shops passeraient sous un statut comparable à celui de bureaux de tabac et la vente en ligne serait interdite. Cet article de loi, poussé par la direction générale de Santé, réduirait à néant 15 ans de lutte contre le tabac fumé grâce au vapotage. Avec ce nouveau statut, la vape devient un “produit à fumer” et serait donc traitée comme tel. L’avenir de la plupart des boutiques, qu’elles soient physiques ou en ligne, est gravement compromis. La survie même de La Vape du Cœur est en jeu. Comment proposer un “produit à fumer” à tous les professionnels de santé en France ? C’est la pire attaque depuis l’arrivée de la vape sur le marché. On peut dire que l’heure est grave.
Le meilleur de 2025 ?
Le succès de La Vape du Cœur ne se dément pas. Aujourd’hui, nous avons près de 300 partenaires de santé qui relayent le vapotage comme moyen de sevrage auprès de leurs patients. Si les politiques ne comprennent pas l’apport de la vape dans une stratégie d’arrêt du tabac, les pros de santé, si.
Le pire de 2025 ?
L’article 23 du PLF 2026, indubitablement. Nous sommes à un carrefour de notre histoire.
Selon vous, comment évoluera la situation dans les 12 prochains mois ?
J’ai les plus grandes craintes pour l’avenir du vapotage en France. Comment peut-on balayer de la sorte une avancée inédite dans la santé publique ? Le tabagisme a significativement reculé, et c’est clairement grâce à la vape. Le problème est que ce constat demeure obstinément occulté parmi les autorités de santé ainsi que certains groupes de pression. De notre côté, même si les professionnels de santé nous suivent avec enthousiasme, je ne vois pas comment nous pourrions encourager les patients à adopter un “produit à fumer” selon les lois de ce pays. En bref, équilibrer le budget de la France ne doit pas se faire au détriment de la santé publique. Et les premiers touchés seront les fumeurs en précarité.
Tim Phillips, directeur général d’ECigIntelligence, et Barnaby Page, directeur éditorial
Barnaby Page, à gauche, et Tim Phillips, à droite
Quel(s) événement(s) retenez-vous de l’année 2025 ?
La première année du second mandat du président Trump restera marquée par de nombreux bouleversements pour le secteur du vapotage — non seulement les droits de douane sur les produits chinois, mais aussi les changements au sein d’organismes comme la Food and Drug Administration (FDA) et les Centers for Disease Control (CDC). La FDA a d’ailleurs mené plusieurs opérations de contrôle d’envergure. Mais il est encore trop tôt pour mesurer pleinement l’impact à long terme de cette activité intense aux États-Unis. À l’échelle mondiale, la lutte contre le marché illicite s’est accélérée, et plusieurs pays ont évoqué la possibilité d’interdire totalement le vapotage. Globalement, le climat réglementaire international semble se durcir, même si les situations varient encore fortement selon les pays. En Europe, les propositions autour de la directive européenne sur la fiscalité du tabac (TTD) ont déjà suscité de vives réactions.
Le meilleur de 2025 ?
Ce n’est pas une bonne nouvelle pour les entreprises concernées, ni parfois pour les vapoteurs individuellement… mais pour le secteur dans son ensemble, le renforcement des contrôles contre les produits illicites est une évolution positive.
Le pire de 2025 ?
La déclaration de la commissaire européenne à la santé affirmant que le vapotage pourrait être encore plus nocif que le tabagisme. L’année 2025 a été marquée par de nombreux discours négatifs sur la vape et la nicotine en général, mais celui-ci en a sans doute été l’exemple le plus extrême.
Selon vous, comment évoluera la situation dans les 12 prochains mois ?
Nous prévoyons une intensification des actions de contrôle dans de nombreux pays – ce qui, en soi, n’est pas une mauvaise chose. En effet, la répression des produits illégaux et de ceux destinés aux mineurs peut améliorer la réputation du secteur, réduire la couverture médiatique négative, limiter le risque de régulations trop strictes et renforcer la confiance des fumeurs souhaitant passer à la vape. L’innovation continue sur les dispositifs devrait également soutenir la croissance du marché. Cependant, en 2026, le vapotage pourrait être confronté à une concurrence accrue des sachets de nicotine dans certains pays. Le lancement national potentiel d’Iqos aux États-Unis pourrait aussi offrir une alternative supplémentaire à la vape, même si cela reste incertain. En Europe, nous nous attendons à des avancées sur la révision de la directive sur les produits du tabac (TPD) et à de nouveaux développements concernant la TTD.
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