Au Royaume-Uni, la marque NION lance des bandes de nicotine présentées comme une alternative aux sachets, eux-mêmes vantés comme une alternative au tabac. De quoi poser une question : une alternative a-t-elle besoin de sa propre alternative ?
Une histoire sans fin ?

NION vante aussi l’innovation de son produit, même si les bandes de nicotine ne sont pas nouvelles. D’autres marques en ont déjà commercialisé, comme Melta, Lost Mary ou le fabricant suédois Nicoccino.
Pour le lancement, plusieurs opérations promotionnelles sont prévues. Par exemple, une boîte de sachets de nicotine vide rapportée donne droit à un paquet de NION gratuit. Un tirage au sort est organisé pour faire gagner des dîners gastronomiques, et la marque distribue aussi des échantillons dans des bars, des clubs, des entreprises et dans la rue.
Ce produit pose toutefois une question : les sachets de nicotine sont souvent présentés comme une alternative au tabac, ou au vapotage. Désormais, les bandelettes sont présentées comme des alternatives aux sachets de nicotine. Mais une alternative a-t-elle besoin d’avoir, elle aussi, une alternative ? Et la réponse est plus complexe qu’elle n’en a l’air.
Une question d’équilibre
Du point de vue de certains gouvernements, la multiplication des produits contenant de la nicotine peut être perçue comme un danger. En France, par exemple, le décret n° 2025-898 du 5 septembre 2025 ayant entraîné l’interdiction des sachets de nicotine vise l’intégralité des produits à usage oral contenant de la nicotine, « notamment sous la forme de sachets portions ou de sachets poreux, pâte, billes, liquides, gomme à mâcher, pastilles, bandelettes ou toute combinaison de ces formes ». L’intention du décret est claire : au-delà d’interdire les sachets de nicotine, il est aussi question d’empêcher la vente de leurs alternatives. Et cette logique peut se comprendre. Après tout, lorsque le régulateur souhaite retirer un produit du marché, ce n’est pas pour qu’il soit remplacé le lendemain par un équivalent.
Les bandes de nicotine ouvrent aussi une autre question : jusqu’où ira-t-on ?
Si les sachets de nicotine sont présentés comme une alternative à d’autres produits, et que les bandes sont des alternatives aux sachets, ne peut-on pas s’attendre, un jour, à ce qu’un nouveau produit arrive sur le marché en se présentant comme une alternative aux bandes ? Un nouveau produit qui pourrait, plus tard, lui-même avoir une alternative, et ainsi de suite. Les pouvoirs publics ont pris cette éventualité en compte, et leur décret devrait empêcher cette potentielle prolifération de produits.
Mais cette logique a une faiblesse : elle ne fait aucune différence entre les usages. Elle traite de la même manière un fumeur qui troque ses cigarettes contre des sachets, et l’usager de sachets à qui l’on offre une bandelette dans un bar. Elle fait de la multiplication des produits le problème, alors que le vrai sujet est ce que chacun remplace. Répondre ainsi à la question « jusqu’où ira-t-on ? », par une interdiction générale, revient à renoncer à faire le tri.
Le problème n’est donc pas le nombre de formats, mais plutôt à qui ils s’adressent. Que les fumeurs aient un vaste choix pour remplacer le tabagisme par une alternative moins nocive est toujours une bonne chose. Qu’une bande remplace ensuite un sachet n’a rien de grave non plus. Mais tout l’équilibre à trouver est là : réussir à freiner la course aux nouveaux formats sans finir, comme en France, par interdire aussi ceux qui pourraient détourner les fumeurs de la cigarette.
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