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Agnès Buzyn : comme au mauvais vieux temps

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La ministre de la santé, Agnès Buzyn, était ce matin sur France Inter, où elle a tenu des propos inadmissibles sur la vape. Si elle concède du bout des lèvres que celle-ci est moins toxique que le tabac, elle a en revanche perdu toute crédibilité avec une simple remarque indigne d’un responsable politique censé maîtriser ses dossiers.


Opinion

Et en même temps

L’interview d’Agnès Buzyn, sur France Inter, ce 14 février, par Léa Salamé et Nicolas Demorand, avait pourtant bien commencé. Et même lorsque le sujet du vapotage est arrivé sur la table, ce n’était pas si mal, au début.

Une des raisons pour lesquelles le vapotage a été soumis aux mêmes règles que la cigarette – notamment, pas le droit de vapoter dans les avions – c’est que cela pouvait être censé faire rentrer les jeunes dans le tabagisme et que cela pouvait être un début d’addiction au geste et à la nicotine … c’est ce que disent ces enquêtes. D’autres enquêtes, au contraire, notamment internationales, ne disent pas cela.” expliquait ainsi la Ministre de la santé.

Certes, cette réponse est typique du “et en même temps” courante dans le milieu politique, à savoir qu’elle permettait de flatter à la fois les adeptes de la théorie de la passerelle, et à la foi ses opposants.

Mais, patatras, voilà qu’Agnès Buzyn gâche tout. Non pas avec sa petite phrase sur la vape plaisir qui n’a d’intérêt qu’anecdotique, nous apprendre que la Ministre est plutôt incline au sevrage-punition. Mais cette sentence-ci : « Moi, je continue à être prudente sur le vapotage. On ne sait, à la fin, ce qu’est la toxicité de tous ces produits. Certains sont en vente sur Internet. On ne sait pas toujours ce qu’il y a dedans … » déclare benoîtement la plus haute autorité en France en matière de santé publique.

Qui révèle, à 8 heure 31, en direct à la radio, qu’elle parle d’un dossier important, la vape, qui a déjà été choisie par des millions d’européens pour arrêter de fumer avec succès (Eurobaromètre), et qu’elle n’y connaît absolument rien.

Agnès Buzyn se fiche de la vape

Parce que ce petit tronçon de phrase, là : On ne sait pas toujours ce qu’il y a dedans, c’est le discours d’une personne qui n’y connaît absolument rien sur la vape, discours subi par les vapoteurs chaque jour. Ce n’est certainement pas le discours d’une Ministre qui a à sa disposition les meilleurs experts et les études les plus pointues. Madame Buzyn, si il y a bien quelqu’un qui est censé savoir ce qu’il y a dedans, c’est vous.

“Les fabricants et importateurs doivent, 6 mois avant la mise sur le marché, soumettre un dossier de notification par marque et par type de produit à l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses).
Ce dossier doit contenir des informations sur les responsables de la mise sur le marché, la composition, les émissions, les données toxicologiques des ingrédients et des émissions, les composants et le processus de fabrication du produit.”

C’est ce qui est écrit sur le site Service Public Pro. C’est un portail tout ce qu’il y a de plus officiel qui renseigne tout un chacun sur les lois et règlements appliqués en France. Donc, non seulement l’ANSES, donc le gouvernement, donc vous, Madame Buzyn, est un passage obligé pour la commercialisation de tout liquide nicotiné vendu en France. Mais le dossier obligatoire contient la composition et la toxicologie de chaque composant utilisé pour chaque produit.

Dire ainsi “On ne sait pas ce qu’il y a dedans”, lorsqu’on est Ministre de la Santé, revient dès lors à dire que vous ignorez parfaitement la législation appliquée par votre propre ministère. C’est au mieux un mensonge éhonté, au pire, une incompétence flagrante.

Comme au mauvais vieux temps

Tout le monde semble s’être focalisé sur une phrase que vous avez dit un peu plus tard, lors de cette même émission, sur le fait que vaper ne doive pas devenir un plaisir. C’est une simple prise de position. En revanche, ces quelques mots “On ne sait pas toujours ce qu’il y a dedans” devraient normalement faire bondir les associations. Normalement.

On se croirait de retour dans un passé pas si lointain, où Marisol Touraine disait pis que pendre de la vape, comme Agnès Buzyn aujourd’hui, et snobait les associations, comme Agnès Buzyn aujourd’hui. Pourtant, même Madame Touraine, à la fin, avait mis de l’eau dans son vin, discutant avec les vapoteurs et choisissant de ne pas appliquer la TPD dans son interprétation la plus stricte. C’est comme si ces progrès n’avaient jamais eu lieu.

Verra-t-on demain Agnès Buzyn imiter sa prédécesseure ? Dans cette hypothèse, que de temps perdu, et donc de vies sacrifiées. Ou campera-t-elle sur ses positions, contre vents et marées, contre la volonté des vapoteurs, et surtout, elle médecin, contre la science, qui apporte jour après jour des preuves de l’efficacité de la vape dans la lutte contre le tabagisme ?

Il n’est pas question ici de mettre la Ministre seule en cause. Elle ne peut pas tout savoir, et c’est justement ce à quoi servent ses conseillers. Qui, manifestement, la conseillent mal. 

On pensera ce que l’on veut. Il n’empêche : si les vapoteurs, les associations, et les très nombreux médecins et chercheurs qui soutiennent la vape demandaient la démission de la Ministre de la santé, on aurait du mal à trouver quelqu’un pour dire aujourd’hui que c’est une réaction exagérée. 

Cet article d’opinion n’engage que le point de vue de son auteur et ne représente pas forcément l’avis de la rédaction.