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Et si fumer avait toujours été notre destin ?

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Sommes-nous maîtres de nos choix, ou certaines décisions sont-elles tracées bien avant que nous les prenions ? Une étude récente bouleverse notre compréhension des addictions.

Fumer était-il écrit dans notre cerveau ?

Nous sommes tous différents. Nous ne nous ressemblons pas, nous pensons différemment, et nous aimons des choses variées. Pourtant, malgré toutes ces différences, vous, qui lisez cet article, et moi, avons quelque chose en commun : nous avons été fumeur. Qu’importe les raisons qui nous ont poussées à faire une place au tabagisme dans nos vies respectives, et qu’importe les épreuves que nous avons du traverser, et qui nous ont, peut-être, précipité vers l’allumage de la première clope, la finalité est la même, nous avons fumé.

Chacun d’entre nous a commencé à fumer pour des raisons qui lui sont propres. Qu’il s’agisse d’une accumulation de soucis contre laquelle nous avons pensé que la cigarette pourrait nous protéger, d’un simple essai lors d’une soirée entre amis, nous ayant finalement conduit vers une dépendance à la nicotine, ou toute autre raison, nous nous sommes mis à fumer. Parfois pendant quelques mois, parfois pendant des années, peut-être quelques cigarettes chaque semaine, peut-être plusieurs paquets chaque jour… Nous avons tous été fumeurs.

Et si notre cerveau portait en lui les indices de notre premier contact avec la cigarette, bien avant que nous l’ayons même envisagé ? Sommes-nous vraiment libres de nos décisions ? C’est en tout cas la question qui se pose à la lecture d’une nouvelle étude1 réalisée par une équipe de chercheurs américains, tous spécialisés dans le domaine de la psychiatrie et des sciences psychologiques.

Addiction et neurosciences, sommes-nous programmés pour fumer ?

À l’aide des données d’une autre étude en cours (Adolescent Brain and Cognitive Development), les spécialistes ont analysé les IRM de 9 804 enfants âgés de 8, 9 et 11 ans. Tous les petits participants ont été suivis sur une période de trois ans. Chaque année, ils avaient un rendez-vous présentiel avec des chercheurs, ainsi qu’un appel téléphonique tous les six mois. À chacun de ces rendez-vous, les enfants étaient questionnés sur leur consommation, ou non, de trois substances : l’alcool, la nicotine, et le cannabis.

Grâce à toutes ces informations, les auteurs de la recherche ont pu analyser s’il existait des similitudes entre le cerveau des enfants qui avaient consommé l’une de ces substances. Et de manière surprenante, il s’est avéré que oui. Les cerveaux des enfants ayant consommé présentaient des caractéristiques communes, notamment des différences dans la taille et l’épaisseur de certaines régions cérébrales.

Sur les 9 804 participants, 3 460 avaient consommé une ou plusieurs des substances contrôlées au cours des trois années de suivi. En moyenne, tous présentaient des caractéristiques neuroanatomiques distinctes par rapport à ceux qui n’avaient pas consommé quoi que ce soit. Ils avaient notamment certaines parties du cerveau qui étaient légèrement plus grandes, et l’épaisseur de certaines régions, légèrement plus petite. Par exemple, l’épaisseur de leur gyrus frontal moyen droit, qui fait partie du cortex préfrontal, endroit du cerveau particulièrement important pour le contrôle des impulsions et la prise de décision, était plus petite.

Nos choix sont-ils vraiment les nôtres ?

Cette recherche est particulièrement intéressante pour plusieurs raisons. D’abord, parce que beaucoup d’études précédentes, qui avaient observé ces différences, les avaient attribuées à la consommation de certaines substances. Autrement dit, certains chercheurs pensaient que, si le cerveau de leurs participants était différent, c’était à cause de la consommation de certaines substances. Mais cette étude, menée auprès d’enfants dont les IRM ont été faites avant la consommation desdites substances, démontre que ces différences existaient déjà. Partant de ce principe, tout s’inverse ! Si l’on pensait jusqu’à présent que la consommation de substance pouvait modifier certaines parties du cerveau, il s’avère que des phénomènes déjà présents pourraient finalement entraîner la consommation de ces substances. Cette découverte remet en question ce que l’on pensait savoir. Jusqu’ici, on croyait que la consommation modifiait la structure du cerveau. Aujourd’hui, il semblerait que certaines différences préexistent et pourraient finalement influencer l’envie d’expérimenter.

Les régions cérébrales impliquées sont tout aussi intéressantes. Le fait que certaines parties du cortex préfrontal, impliqué dans le contrôle des impulsions et la prise de décision, soient plus minces, avant même la consommation d’une quelconque substance, pourrait indiquer que certains enfants sont plus enclins à expérimenter des substances.

Bien sûr, tout ceci reste très théorique, notamment car cette étude présente de nombreuses limites. Par exemple, des recherches antérieures ont démontré que les risques de devenir fumeur étaient multipliés par certains facteurs, comme le fait d’appartenir à une famille dans laquelle se trouvent de nombreux fumeurs. Dans cette recherche, cette variable, ainsi que toutes les autres, n’a pas été incluse.

Néanmoins, cette étude ouvre potentiellement de nouvelles pistes à explorer dans la compréhension des mécanismes de l’addiction. Si notre cerveau influence nos comportements avant même que nous en ayons conscience, peut-on intervenir pour éviter certaines addictions ? Ou sommes-nous tous condamnés à suivre un chemin déjà tout tracé ?


1 Miller AP, Baranger DAA, Paul SE, et al. Neuroanatomical Variability and Substance Use Initiation in Late Childhood and Early Adolescence. JAMA Netw Open. 2024;7(12):e2452027. doi:10.1001/jamanetworkopen.2024.52027

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