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Des antivaccins aux antivape, la méthode Wakefield se porte bien

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On peut, au vu de nombreuses et régulières études scientifiques, se demander si il n’y aurait pas pléthore de candidats pour devenir le Andrew Wakefield de la vape. Il y a en effet de nombreuses similitudes entre tous ces personnages, et un pouvoir de nuisance au moins équivalent.

L’histoire sinistre d’Andrew Wakefield

En 1998, dans The Lancet, une des plus prestigieuses publications médicales au monde, le docteur Andrew Wakefield publiait une étude qui fit l’effet d’une bombe : certains vaccins étaient, affirmait-il, directement responsables de l’autisme chez les enfants.

Aussitôt, la communauté scientifique se saisit de cette étude alarmante et fit ce que tous les scientifiques font : vérifier. Quatre ans plus tard, aucune des nombreuses équipes qui, à maintes reprises avaient tenté de reproduire les même résultats dans les même conditions ne parvenait aux conclusions de Wakefield.

La presse avait largement diffusé les résultats de l’étude accusant les vaccins ROR (Rougeole-Oreillons-Rubéole) de l’autisme, créant un trouble chez les parents. Frappé par les conséquences de l’étude de Wakefield et troublé par l’absence de consensus scientifique, Brian Deer, un reporter du Sunday Times, mena une enquête et mis au jour des conflits d’intérêt financiers que Wakefield avait dissimulés.

La fausse chute de Wakefield

Le British General Medical Council, (GMC), ordre des médecins britanniques, fut saisi de plaintes et mena une enquête. Ils découvrirent que Wakefield, outre le fait que les résultats de son étude lui étaient bénéficiables financièrement,avait enfreint l’éthique médicale et pratiqué des expériences sur des patients autistes sans autorisation ni contrôle. Pire encore, ils démontrèrent sans conteste possible que Wakesfield avait truqué les résultats.

Les conséquences furent immédiates : le Lancet rétracta l’article, c’est à dire qu’en plus de le retirer, il le dénonça comme une fraude avérée. Le GMC radia Wakesfield, l’interdisant d’exercer la médecine, la sanction la plus grave pour un médecin. Brian Deer dénonça dans un article les pratiques de Wakesfield qui avait monté une société et sollicitait des investisseurs.

Les conséquences de l’étude de Wakesfield furent terrible : la vaccination contre la rougeole baissa fortement au royaume-uni, entraînant des épidémies et plusieurs décès. Selon les conclusions de l’étude truquée de Wakesfield se créèrent des mouvements « antivax », toujours actifs aujourd’hui.

Quand à Andrew Wakefield, il va bien, merci. Il parcours le monde en donnant des conférences à l’invitation de complotistes connus, il a écrit plusieurs livres antivax et prépare un film. Les milliers de morts qu’il a provoqué ne semblent pas peser sur sa conscience.

Un Wakefield de la vape ?

L’exemple d’Andrew Wakefield est édifiant pour la vape, à plus d’un titre.

Déjà, parce qu’il a fallu quatre ans pour que la communauté scientifique revienne sur sa fausse étude, alors qu’il y était sujet de vaccins, connus et maîtrisés depuis des années, qui font l’objet d’un consensus. Cela s’explique simplement : dès le début, les travaux de Wakefield ont été sujets à controverse, mais la démarche scientifique a poussé ses détracteurs à étudier, vérifier et essayer de reproduire ses expériences.

Évidemment, pour les études antivape, c’est plus rapide. Mais les méthodologies, les enjeux etc. Sont très différents.

L’affaire Wakefield portait sur une seule étude contestant un consensus médical. L’abondance des études antivape, même si elles sont toutes scrutées et analysées, ne laissent pas le temps à ceux qui les contestent d’établir un protocole et une série d’essais qui permettraient de les réfuter.

Imaginez une équipe scientifique qui débunke dans les règles de l’art une étude portant sur la vape : ils publieraient leurs travaux un an, deux ans plus tard ? Cela fait longtemps que l’étude incriminée aurait été oubliée et remplacée. Et, surtout, une longue argumentation scientifique rigoureuse fait moins vendre de presse qu’un titre choc.

Comme dit plus haut, les vaccins, à l’époque de l’étude de Wakefield, étaient connus, éprouvés et faisaient consensus. A côté, la vape, plus récente et considérée comme plus anecdotique, motive moins les troupes. D’autant qu’un chercheur démontrant de manière irréfutable l’innocuité de la vape y gagnera plus d’ennemis puissants que d’alliés fidèles.

Mais le plus inquiétant, au final, est ailleurs : si une seule étude, menée par Andrew Wakefield, largement démontée scientifiquement, fait qu’aujourd’hui encore, vingt ans après, des millions de personnes à travers le monde le croient, malgré les preuves irréfutables qu’ils ont tort et les sanctions qu’a encouru le faussaire, imaginez les dégâts sur l’opinion publique des dizaines d’études à charge sur la vape qui sortent chaque année. De quoi donner le vertige.

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