Une étude américaine affirme que vapoter en fumant triple le risque de cancer du poumon précoce. Mais cette recherche cas-témoins souffre de défauts rédhibitoires : aucune chronologie précise, des groupes aux profils radicalement différents, et une période de suivi de 8 ans pour une maladie qui met 20 à 30 ans à se déclarer.
- Une étude américaine conclut que vapoter en plus de fumer augmente les risques de cancers des poumons ;
- Les groupes formés par les chercheurs étaient très inégaux ;
- Le vapotage a été accusé de favoriser le cancer alors même que l’utilisation d’une cigarette électronique a pu démarrer après la survenue du cancer ;
- La recherche a été publiée dans une revue open-access fonctionnant sur un modèle pay-to-publish.
Un mois après l’Anses, une étude américaine affirme le contraire

Méthodologie
Les chercheurs ont utilisé les données de dossiers médicaux électroniques du Ohio State University Medical Center. Ils ont ensuite formé deux groupes : les « cas », qui sont 256 personnes âgées de moins de 50 ans, toutes atteintes d’un cancer du poumon. Et les « témoins », soit 2 921 personnes sans cancer.
Le groupe des cas contenait 7,8 % de vapo-fumeurs (qui vapotent et qui fument en même temps), 69,9 % de fumeurs exclusifs, et 22,3 % de non-fumeurs. Le groupe des témoins était quant à lui composé de 1,5 % de vapo-fumeurs, 37,8 % de fumeurs exclusifs, et 60,7 % de non-fumeurs. L’objectif des chercheurs était d’étudier le rôle du vapotage et du tabagisme dans le développement du cancer du poumon précoce.
Après plusieurs calculs, les auteurs ont conclu que « fumer en combinaison avec le vapotage augmente significativement le risque de cancer du poumon chez les adultes de moins de 50 ans ». Selon eux, ce risque serait même « près de trois fois plus élevé […] chez ceux qui combinent le vapotage et le tabagisme par rapport à ceux qui fument uniquement. »
Des biais méthodologiques majeurs
Cette étude souffre de nombreux écueils. D’abord, comme nous l’avons déjà précisé, une étude cas-témoin, de par son fonctionnement même, ne permet pas d’établir de causalité. Ce qui n’a pas empêché les chercheurs d’utiliser un vocabulaire causal tout au long de leurs explications.
Ensuite, la composition même des groupes pose problème. Alors que 77,7 % des « cas » souffrant d’un cancer consomment du tabac, ils ne sont que 39,3 % à fumer dans le groupe témoin. Les chercheurs ont donc comparé l’incidence de la survenue d’un cancer des poumons entre une population qui fume majoritairement, et l’autre pas. Rappelons tout de même que le tabagisme est responsable de 80 à 90 % des cancers des poumons.
Le groupe des « cas » comptait également 63 % de personnes atteintes d’une BPCO, contre seulement 18 % pour le groupe témoin. Autrement dit, non seulement il y avait beaucoup plus de fumeurs dans le groupe des cas que dans le groupe témoin, mais, en plus, ils étaient probablement de bien plus gros fumeurs, puisque la majorité d’entre eux souffrait d’une maladie liée au tabagisme.
Plus intéressant encore, les données provenant de dossiers médicaux électroniques, la chronologie du vapotage et du tabagisme n’était pas indiquée. Autrement dit, les doubles utilisateurs pourraient tout à fait être des fumeurs qui ont décidé de commencer à vapoter en réaction à leurs symptômes ou leur diagnostic. L’utilisation d’une cigarette électronique aurait donc pu démarrer après l’apparition du cancer.
Et comme si ce n’était pas suffisant, la période de suivi pour cette étude était de 2013 à 2021, soit huit ans… pour une pathologie, le cancer du poumon, qui met généralement 20 à 30 ans à se déclarer. Sans parler du fait que le vapotage grand public n’existait même pas il y a 20 ans, ce qui rend biologiquement impossible qu’il soit la cause primaire des cancers détectés.
La cigarette électronique serait donc capable de :
- Faire apparaître une maladie qui nécessite 20 ans à se déclarer, en seulement huit ans ;
- Être responsable de l’apparition d’un cancer qui s’est déclaré avant même d’avoir commencé à vapoter.
Des chercheurs visiblement contre la vape
Face à ces éléments, on comprend mieux que les auteurs, dès l’introduction de leur étude, semblaient un peu biaisés dans leur opinion. Ils décrivaient les produits du vapotage comme étant « commercialisés de manière agressive avec un goût, un design et des saveurs attrayants, tous conçus pour augmenter la fréquence d’utilisation et la dépendance. » Et n’hésitaient pas à citer les résultats de précédentes études qui concluaient que l’utilisation d’une cigarette électronique augmente les taux de BPCO, de maladies cardiovasculaires, d’AVC, et que l’aérosol du vapotage contient des composés « connus pour causer des dommages à l’ADN, un stress oxydatif et une inflammation chronique. »
Nul doute que cette nouvelle recherche sera bientôt citée dans d’autres études antivape. Les scientifiques malhonnêtes ayant la fâcheuse tendance à citer les travaux de leurs compères pour justifier les leurs.
Cette étude américaine a été publiée dans la revue Frontiers in Oncology, une revue open-access fonctionnant sur un modèle pay-to-publish où les auteurs paient pour être publiés. Ce modèle, bien que légal et largement répandu, est parfois critiqué pour créer un potentiel conflit d’intérêt entre rigueur éditoriale et rentabilité.
Sources et références
1 Anses. (2025). Évaluation des risques sanitaires liés aux produits du vapotage. Saisine 2023-AUTO-0023. Maisons-Alfort : Anses, 34 p. Télécharger le rapport
2 Bittoni MA, Carbone DP and Harris RE (2026) Vaping, smoking and risk of early onset lung cancer. Front. Oncol. 15:1741978. doi: 10.3389/fonc.2025.1741978
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