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vapOclOpe, le phoenix de la vape

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Fondé en novembre 2011 par Vincent Schultz puis passé au statut de SARL en mai 2012 avec l’arrivée de Yann Wilpotte, vapOclOpe fut l’un des leaders des e-boutiques en France. Après un accident qui a failli coûter la vie à l’entreprise, vapOclOpe met tout en œuvre pour reprendre la place qu’il occupait avant la catastrophe.

Présentations

Yann Wilpotte et Vincent Schultz

Vincent Schultz : J’ai 46 ans. Avant de monter vapOclOpe, et même un peu après car pendant un moment j’ai cumulé les deux jobs, je travaillais chez Orange comme ingénieur système. J’ai longtemps bossé dans le domaine informatique à monter des architectures Web et autres. L’aventure a commencé un peu par hasard. J’ai fumé de l’adolescence jusqu’à 30 ans. Puis j’ai arrêté 5 ans. Comme beaucoup de fumeurs, j’ai replongé à l’occasion d’événements personnels. Puis, j’ai rencontré une personne qui “fumait” avec une machine bizarre et qui avait réduit sa consommation de tabac grâce à ça. L’objet m’a séduit et j’ai voulu l’essayer. J’ai commandé ma première cigarette électronique courant 2011, une eGo-T de Joyetech, et depuis je n’ai plus touché au tabac. J’ai tout de suite vu l’utilité pour les fumeurs et, comme j’avais un peu d’argent de côté, je me suis dit que ça serait une bonne idée de tenter quelque chose dans ce domaine. Au début, c’était pour payer la crèche de mon fils !

Yann Wilpotte : J’arrive bientôt au demi-siècle, dont 30 ans de tabagisme. Professionnellement, j’ai passé presque 20 ans dans le domaine de la formation professionnelle continue. En ce qui concerne le tabac, mes parents étaient de gros fumeurs (1 à 2 paquets par jour) et sont d’une génération où l’on fumait allégrement n’importe où. J’ai commencé la cigarette à 13 ans et suis rapidement arrivé à une consommation d’au moins 20 clopes par jour et ce, pendant plus de 30 ans. Aujourd’hui je ne fume plus, je vapote depuis 7 ans.

Quand et pourquoi avez-vous lancé cette boutique en ligne ?

W. : J’ai à peu près tout essayé pour arrêter de fumer, c’était une obsession. En 2010, j’ai découvert ce produit via un ami qui avait une cigalike Sedansa avec du liquide sans nicotine et je m’en suis procuré une. L’objet était amusant mais sans nicotine, ça ne marchait pas.

En cherchant sur le Web, je suis rapidement tombé sur les premières eGo de Joyetech et les liquides Dekang qui m’ont permis d’initier mon arrêt du tabac. Bluffé par l’efficacité de ce dispositif, j’ai converti un grand nombre de mes amis. Puis, j’ai envisagé de me lancer dans sa commercialisation car, au-delà de l’aspect mercantile, cette libération du tabac grâce à la vape a donné un sens sanitaire à ma démarche. Je souhaitais d’abord ouvrir un shop physique sur Bordeaux car j’étais, et je reste, persuadé que la boutique spécialisée est le meilleur endroit pour s’initier à la vape dans de bonnes conditions. En réalisant une étude de marché, j’ai découvert qu’une e-boutique venait de se créer en banlieue proche de Bordeaux. Curieux de découvrir ce shop, je m’y suis rendu et je me suis garé devant une maison individuelle… mais pas de boutique, ni d’entrepôt en vue ! Un petit autocollant apposé sur la boîte aux lettres a attiré mon regard : vapOclOpe. J’ai sonné et Vincent m’a ouvert.

Convaincu par ce produit, il m’a raconté qu’il avait initié cette activité sans trop y croire et pour arrondir ses fins de mois. Mais, l’activité avait très vite dépassé ses prévisions et il était en pleine remise en question. Quitter un job stable qui lui plaisait pour se lancer dans une telle aventure était risqué compte tenu de sa situation professionnelle et familiale. Il travaillait chez lui, avec sa compagne, et était sur le point de tout arrêter car le rythme des commandes était devenu insoutenable. Nous n’avions jamais été des chefs d’entreprise mais mon expérience de direction le rassurait. La confiance s’est rapidement installée entre nous et il m’a ouvert les portes de la société afin de lui apporter une nouvelle dimension. Je l’ai donc rejoint en septembre 2012 sans perdre de vue mon souhait initial : monter des boutiques physiques. Nous avons tout d’abord pris un petit local de 50 m² et recruté notre première salariée. Mais le développement de l’activité était exponentiel et nous avons rapidement déménagé dans un local de 200 m². À l’époque, nous recrutions 1 à 2 personnes tous les mois !

Il y a un évènement marquant dans l’histoire de vapOclOpe. Pouvez-vous nous le raconter ?

“Nous n’avions plus rien à vendre, ni de local pour continuer notre activité. Beaucoup de larmes ont coulé”

W. Effectivement, en 2013, nous étions parmi les leaders historiques, au coude à coude avec Taklope, Le Petit Vapoteur et E-liquide-fr, mais nous avons subi un accident qui aurait pu nous faire disparaître définitivement. Le week-end du 9 juin 2013, un orage d’une grande violence s’est abattu sur notre bâtiment et 60 tonnes d’eau ont fait céder le toit en acier qui, nous ne l’avons su que bien plus tard, avait été mal conçu. Il s’est éventré et a dévasté l’intégralité de notre entreprise. Heureusement, il n’y a pas eu de blessé. Nous n’avions pas tout anticipé et nos assurances n’étaient pas à la hauteur de notre activité en croissance exponentielle. Bilan : nous n’avions plus rien à vendre, ni de local pour continuer notre activité. Beaucoup de larmes ont coulé.

Heureusement, Vincent Dans les Vapes, à qui nous devons d’être encore présents aujourd’hui, nous a proposé un espace de travail à louer dans son bâtiment afin que nous puissions tenter de redémarrer l’activité. Nous ne les remercierons jamais assez. Nos équipes ont travaillé nuit et jour pour remettre le site Web en état de fonctionnement, mais nous n’avions plus rien à vendre, tout était détruit et les délais de réapprovisionnement à cette époque étaient de plusieurs mois pour certains fabricants français qui ne pouvaient plus à répondre à la demande, idem pour les importations chinoises. Nous avons été absents du Web pendant 8 jours et avons mis plusieurs mois à recouvrer un stock digne de ce nom. Dans l’e-commerce, ça ne pardonne pas ! Comme nos confrères de l’époque étaient performants, nos clients se sont naturellement tournés vers eux et ils y sont restés pendant des années. Notre chiffre d’affaires a alors chuté dramatiquement. Nous avons dû licencier une grande partie de notre équipe et sommes repartis presque seuls. Cette épreuve a été terrible humainement, moralement et physiquement mais elle a été une vraie leçon d’humilité qui nous rappelle tous les jours que rien n’est jamais acquis.

Autre conséquence, les contrats des shops que nous avions ouverts en franchise ou en intégrées leur imposaient de se fournir presque exclusivement via notre centrale d’achat. Comme nous n’avions plus de stock et de gros problèmes de réapprovisionnement, nous avons rompu les contrats qui nous liaient à elles pour leur permettre de se réapprovisionner indépendamment de nous. Mais certaines n’ont pas survécu et nous le regrettons. Aujourd’hui, un nouveau réseau d’anciennes boutiques vapOclOpe se développe fortement sous l’impulsion d’un ancien franchisé qui a repris les rênes et propose un concept de grande qualité qui séduit un grand nombre d’entrepreneurs passionnés. Nous profitons de l’interview pour le féliciter et le remercier pour la confiance qu’il nous porte encore aujourd’hui.

Vaping Post : Quels sont aujourd’hui vos moyens techniques et humains ?

W : Nous avons peu à peu réintégré une grande partie de l’équipe dont nous avions été obligés de nous séparer. Nous occupons un local de 400 m² qui devient un peu étroit et dans lequel nous avons intégré un espace boutique. L’équipe est constituée de 11 personnes permanentes et de multiples prestataires de services externes spécialisés dans différents domaines du Web et de l’informatique. Mais nous pilotons tout en interne grâce à l’expertise en gestion de projet informatique de Vincent et mon intérêt inaltérable pour le service client. Nous nous sommes également dotés d’outils informatiques puissants et performants, de compétences humaines et d’une organisation structurée par services qui nous permettent d’envisager sereinement une croissance importante dans les mois à venir.

VapOclOpe en chiffres, ça donne quoi ?

W. : Disons que nous sommes dans les 6 ou 7 premiers sites français en chiffre d’affaires et surtout, en constante progression. Le sinistre que nous avons vécu nous a stoppés en plein vol et nous avons chuté vertigineusement jusqu’en avril 2015. Nous avions alors perdu 70 % de notre CA par rapport à 2013. Tout le monde nous pensait sur la fin, et nous aussi… Mais aujourd’hui, nous sommes parvenus à restructurer vapOclOpe et il reste encore de nombreux leviers de croissance à activer. Nous sommes très optimistes pour la suite et on espère retrouver en 2018 nos chiffres de 2013. De plus, le procès ayant suivi notre sinistre est en passe de se finaliser et pourrait bien déboucher sur une manne financière non négligeable qui nous permettrait d’accélérer encore notre ascension. Mais nous avons réussi à remonter la pente sans cela et nous en sommes plutôt fiers.

La région bordelaise semble particulièrement ouverte à la vape, vous confirmez ?

“Comment peut-on faire démarrer un primo-accédant avec du 3 mg et une résistance en 0,15 ohm ?”

W. : Je confirme ! Les “Vincent” (rires) (allusion à Vincent Cuisset de Vincent dans les Vapes et à Vincent Schultz de vapOclOpe, ndlr) entreprennent beaucoup dans la vape à Bordeaux. VDLV est une entreprise innovante et dynamique avec qui nous travaillons de manière très proche depuis quelques années. Ses dirigeants ont une approche professionnelle et qualitative et nous partageons, je crois, la même vision de la vape. Depuis plusieurs années, je côtoie Charly Pairaud (directeur adjoint de VDLV, ndlr) au bureau de la Fivape et nous ne comptons pas les heures passées ensemble à défendre les intérêts de la branche. Nous avions également monté ensemble un centre de formation spécialisé dans les métiers de la vape, Forvape, mais c’était un peu trop tôt à l’époque. D’ailleurs, la formation va très bientôt revenir sur le devant de la scène mais sous une forme un peu différente.

Vous qui êtes dans ce commerce depuis un certain temps, comment avez-vous vu évoluer le marché ?

W. : La vape est un des rares marchés qui n’a pas été imposé aux consommateurs. Le bouche-à-oreille et les réseaux sociaux ont conduit à sa démocratisation, mais c’est son efficacité qui a permis à la vape de ne pas être qu’un phénomène de mode. Les premiers professionnels ont connu des progressions extraordinaires jusqu’à l’explosion de la bulle en 2015. En effet, comme pour tous les marchés qui démarrent très (trop) vite, le développement de l’offre a dépassé la demande et 2015 a été une année particulièrement compliquée pour tous.

La désinformation régulière des médias et le manque de positionnement officiel ont laissé très longtemps planer le doute dans l’esprit des fumeurs et nous étions arrivés à un plafond de verre. L’aspect réglementaire de la transposition de la Directive européenne en France, bien que très contraignant, a tout de même eu un effet positif en rassurant les consommateurs qui n’avaient pas encore franchi le cap. Néanmoins, après une grosse année de flottement général, les voyants semblent au vert et nous sentons tous que l’activité est repartie à la hausse. Il y a néanmoins eu des effets pervers à ce développement. Les fabricants ont conçu des produits destinés aux anciens vapoteurs en recherche de “hit” avec des taux de nicotine très faibles. Ceci a conduit les fabricants à une course incohérente vers toujours plus de puissance et de “gros nuages” en oubliant les fumeurs. Comment peut-on faire démarrer un primo-accédant avec du 3 mg et une résistance en 0,15 ohm ? Sans compter l’image perturbante véhiculée par ce type de dispositif dans l’esprit des fumeurs !

Heureusement, la tendance commence à s’inverser. Personnellement, je pense que la compétence des vendeurs devra être regardée de très près. Ils doivent avant tout être des conseillers à l’écoute des clients car nous distribuons un produit sensible et technique et nos clients nécessitent une approche spécifique. Je crois que nous avons tous une responsabilité dans ce domaine d’activité et nous devons en avoir conscience. Sur le plan des e-liquides, il y a également eu une certaine dérive avec une surenchère de produits surchargés en arômes et il me semble que certains fabricants ont un peu oublié que, comme dans tous les domaines, le risque reste l’excès ! Excès d’arômes, excès de vapeur, excès de puissance.

Il ne faut pas perdre de vue que la vape n’est pas un produit neutre, il touche à notre santé. Mais le consommateur commence doucement à s’informer et n’achète plus les yeux fermés, c’est une très bonne chose. Alors tout n’est pas parfait, mais ça va dans le bon sens. Maintenant qu’il est réglementé, notre secteur se professionnalise peu à peu et il y a fort à parier que les acteurs de demain seront ceux qui auront été les plus professionnels, les plus sérieux et les plus proches de la santé des vapoteurs. Et nous comptons bien faire partie de ceux-là.

Aujourd’hui, des centaines de boutiques en ligne existent. Comment faites-vous pour vous démarquer ?

W. : En 2015, quand nous avons décidé de redémarrer, nous n’avions plus les moyens de proposer une gamme aussi étendue que certains de nos concurrents. Nous avions perdu beaucoup de clients, le marché stagnait, la publicité était en passe d’être interdite et nous étions de moins en moins visibles, surtout pour les nouveaux vapoteurs qui ne nous connaissaient pas. Il fallait donc que nous ayons une valeur ajoutée qualitative.

Nous sommes donc revenus aux fondamentaux et nous nous sommes centrés sur l’élément qui donne la direction et le sens de ce que nous faisons au quotidien : éloigner durablement le fumeur du tabac. Nous avons essayé de fonctionner sur Internet avec la même approche que dans une boutique physique. En passant du temps avec nos clients, en les accompagnant, en les rassurant, en les bichonnant… Nous avons entre 15 et 25 % de nouveaux clients tous les jours et très souvent, c’est grâce au bouche-à-oreille. C’est un recrutement plutôt atypique pour un commerce en ligne !

Nous avons également laissé un peu tomber les produits high end pour nous recentrer sur une offre plus “primo” et avons travaillé notre gamme de liquides pour répondre au plus grand nombre. Aujourd’hui, nous conservons évidemment cette approche centrée sur le client, qui est un peu notre sacerdoce, mais nous activons également les leviers indispensables à une meilleure visibilité sur le Web !

Comment percevez-vous la situation française sur la cigarette électronique ?

W. : La vape dérange mais ça, ce n’est pas un scoop ! Les batailles de ces dernières années pour une vape “libre et responsable” ne sont pas encore terminées mais le message commence à s’installer et la vape prend peu à peu sa place en France. Il y a encore beaucoup à faire mais un retour en arrière me semble improbable voire impossible aujourd’hui.

La France est loin d’être le pays le plus fermé en ce qui concerne les innovations et la santé, mais nous sommes lents à cause du principe de précaution. Avec la vape, nous sommes sur une autre posture, celle de la réduction des risques, et je crois que les mentalités changent peu à peu et ce, grâce à de nombreux acteurs, professionnels ou consommateurs.

Aujourd’hui, j’estime que la vape en France est majoritairement bien représentée, même si certains acteurs sont encore un peu “borderline”. Certains fabricants se sont auto-normalisés et les services sont en passe de suivre cet exemple. Les consommateurs se sont réunis en association, les professionnels en fédération interprofessionnelle et certains médecins de renom n’hésitent plus à défendre dans les médias ce merveilleux outil de rupture. Les perspectives de développement de ce secteur sont considérables et il y a fort à parier que de gros acteurs économiques n’ont pas encore dit leur dernier mot.

Quels sont, selon vous, les prochains challenges de la vape en France ?

W. : L’ère de la démocratisation était essentielle pour qu’elle puisse vivre, il fallait que le plus grand nombre puisse bénéficier de cet outil afin de prouver son efficacité. Maintenant il va falloir se perfectionner et se professionnaliser, à la fois sur le plan scientifique, industriel, médical mais également dans les services et les associations représentatives. La France peut se targuer de bénéficier d’experts, tant dans le domaine de la fabrication, de la santé, de l’addiction que du goût. Il ne nous manque plus qu’à nous responsabiliser les uns et les autres afin de légitimer nos métiers. Cela passera sans doute par de la formation et pourquoi pas par des certifications ou des diplômes. Ils nous amèneront une reconnaissance méritée et participeront à rassurer encore et toujours les consommateurs pour les accompagner dans leur combat contre le tabac.

 

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