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Recette pour une bonne e-cigarette : des médicaments, du tabac et un brevet

Le temps des grandes alliances est en marche : une société pharmaceutique s'associe avec l'inventeur de la cigarette électronique

Le temps des grandes alliances est arrivé : une société pharmaceutique s’associe avec l’inventeur de la cigarette électronique.

Le scénario se dessine de manière précise depuis maintenant quelques mois : l’industrie pharmaceutique est en passe de devenir le fournisseur officiel des cigarettes électroniques validées par l’État. Les différentes annonces en provenance de l’Union européenne et des ministères de la santé anglais ou français montrent que les autorités sont en train de tendre la main aux sociétés capables de produire une cigarette électronique de qualité pharmaceutique.

Je pense que personne n’est vraiment contre l’amélioration de la qualité des produits que nous consommons, mais les utilisateurs de cigarettes électroniques et de nombreux spécialistes en santé publique s’inquiètent de la baisse d’attractivité du produit auprès des fumeurs si cette orientation pharmaceutique venait à voir le jour.

En augmentant les coûts de production et en forçant les fabricants et les distributeurs à s’aligner sur un profil commercial particulier, la variété des produits aujourd’hui disponible pourrait drastiquement baisser. Or c’est bien cette variété qui est à l’origine de l’attractivité du produit. Les milliers de saveurs encore présentes sur le marché, les centaines de configurations rendues possibles dans les combinaisons batteries / atomiseurs font que l’ecig est aujourd’hui un produit efficace pour aider le fumeur à changer ses habitudes. Face à trois modèles différents et deux saveurs mentholées, le fumeur pourrait très vite rebrousser chemin. Voilà la crainte des experts.

Je laisse ce débat pharmaceutique de côté pour attirer votre attention sur une parution de presse toute particulière [1]. La source en premier lieu est assez curieuse, boursier.com, le site des personnes qui veulent s’enrichir via l’investissement dans des sociétés à gros capitaux.

Citigroup avait déjà émis la semaine dernière des avis très favorables [2] pour les investissements sur la British American Tobacco (lancement prochain de nouvelles cigarettes électroniques pharmaceutiques) et il est intéressant de constater que les analystes financiers s’intéressent dorénavant très sérieusement au produit.

La “dream team” de la cigarette électronique

Tout le monde connait le père de la cigarette électronique industrielle, Hon Lik, et l’histoire de sa société Ruyan SBT. Dépositaire du brevet d’invention de l’ecig, la société Ruyan s’est apparemment associée avec une autre société pharmaceutique, Veritas Biomed, dont le produit Puritane® semble être déjà prêt pour une distribution dans les pharmacies britanniques [3] même si le communiqué parle d’un produit de marque “Only One” dont je connais pas encore les propriétés.

Alors que les lois ne sont pas encore votées, le communiqué de presse de Veritas Biomed Healthcare est très clair : les deux sociétés semblent convaincues de la réalité pharmaceutique dans laquelle va bientôt devoir évoluer la cigarette électronique.

Pour se préparer à cette course à la réussite l’ancien Directeur Général de Pfizer, Andrew Tasker, est nommé aux commandes de l’entreprise, épaulé par l’ancien dirigeant de British American Tobacco, Manoj Ujoodha.

En résumé : l’inventeur de la cigarette électronique s’associe avec Big pharma sous l’expertise de Big Tobacco. La boucle est bouclée.

Ce qui me fait sourire quand je vois ces grosses entreprises investir des millions c’est que la dimension humaine, la réalité concrète du marché, faite par des personnes qui ont des gouts précis et des besoins précis, ne semble pas être prise en considération. Comment l’Ego-T est-elle devenue si populaire en 2011 ? Comment les clearomizers sont-ils apparus ? Pourquoi le Boba’s bounty est un des e-liquides les plus populaires aux États-Unis ?

Parce que les gens parlent et que les gens échangent leur expérience.

L’internet est un des foyers de cette dynamique sociale et que les industriels le veulent ou non, l’ecig est en grande partie issue de ce monde. Séduire des centaines de milliers de vapoteurs, batterie à tension variable en main et e-liquides faits maison, ne va pas être aussi facile …

Sources

[1] http://www.proactiveinvestors.co.uk/columns/broker-spotlight/13750/bats-to-smoke-e-cig-rivals-suggests-citigroup–13750.html
[2] http://www.boursier.com/actualites/news/biomed-healthcare-ltd-et-only-one-annoncent-la-creation-d-une-alliance-strategique-542272.html
[3] http://www.puritane.co.uk/
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  • Rien de neuf sous les tropiques, le pognons, le pognon et encore le pognon plutôt que les êtres humains. Honteux!

  • micka

    Je ne comprends pas, tu veux dire que l’ecigarette sera commercialisé qu’en pharmacie? Tous les magasins qu’on voit fleurir vont devoir fermer? chomage?

    • Non, à priori l’orientation pharmaceutique qui est en train d’être prise proposera une distribution en dehors des pharmacies (amendement 57 Directive) mais cela reste à confirmer (septembre, Parlement). Ce que je souligne ici c’est l’entrée sur le marché de l’industrie pharmaceutique avec l’utilisation du brevet Ruyan et de l’expertise de grands dirigeants du tabac. On mettait souvent en opposition les lobbys du tabac et ceux de l’industrie pharmaceutique, or les choses nous montrent que la barrière entre les deux est peut être plus mince qu’elle n’y parait.

  • Patrick Rvs

    “En résumé : l’inventeur de la cigarette électronique s’associe avec Big pharma sous l’expertise de Big Tobacco.”

    La façon simpliste à l’extrême dont vous considérez les choses est saisissante. Vous êtes censé informer le public ? Vous croyez vraiment en ce que vous écrivez ? Vous pensez vraiment que la réalité est aussi simple ?

    • Bonjour Patrick, cette vulgarisation a un sens. La cigarette électronique est un produit qui a connu son essor au travers d’une communauté, tout du moins c’est la manière dont je l’ai vécue. Cela fait quelques années que “les activistes” de l’ecig dont je fais humblement partie, craignent de voir le produit tomber dans les mains des mêmes personnes qui nous vendaient à l’époque du tabac ou des gris-gris pharmaceutiques pour arrêter de fumer. Une culture craintive (peut être simpliste et paranoïaque aussi) mélangée à un certain protectionnisme s’est depuis développée et mon discours reflète très certainement ce genre de sentiments.

      Les sources de cette information (biaisée par mon point de vue) sont citées en bas de l’article, à vous alors d’en faire votre propre interprétation, que je serais d’ailleurs heureux de lire.

    • capiomara

      Pas si simpliste et relativement simple : si Manoj Ujoodha est un ANCIEN de BAT, c’est bien Imperial Tobacco (SEITA en France, Tabacalera en Espagne, Reemstsma en Allemagne, etc) qui vient d’annoncer le rachat de Ruyan à la surprise quasi générale. Le marché va connaître des turbulences : des normes vont être définies, les petits pas sérieux qui bricolent des produits suspects vont disparaître, les sérieux vont valoriser leur travail et se faire racheter, comme les start-ups d’il y a quelques années. Big Tobacco est déjà en ordre de marche pour compenser ses pertes en vente de cigarettes conventionnelles. On va passer du disque vinyle au CD, de la photo argentique au numérique, bref, ce n’est pas LE progrès, mais l’e-progrès.

  • Randall

    Très intéressant. Je te rejoins sur l’analyse : les gagnants seront les plus innovants, sur le produit comme sur les façons de le commercialiser.

  • Kickblaster

    C’est toujours la même histoire qui se répète. La créativité issue de la base, piraté par des groupes monstrueux, financièrement parlant, pour revendre des sous-produits à la masse.